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Faute !

Si y'en a que ça les démange...

2 min
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Il n'y a qu'une semaine de la langue française. Même si dans les discours politiques, c'est sa fête tous les jours.

Faute !
Faute ! Crédits : Ivan Kruk - Fotolia

Il est bon de vouloir faire rayonner la langue française. Mais faut-il encore savoir la manier. Ça commence par le respect de l’orthographe, de la grammaire, de la syntaxe, ce qui n’est plus tout à fait prioritaire pour nos responsables politiques.

Si on en croit certaines de leurs productions : communiqués, articles de blog, discours, ou messages postés sur les réseaux sociaux, ils ne se soucient plus tout à fait comme avant de l’image que renvoie au citoyen, à l’électeur, le non respect des règles de base de notre langue commune.

C’est Aurélie Filippetti il y a quelques mois, encore ministre de la culture, laissant passer un tweet incroyable sur son compte officiel, avec six fautes d’orthographe. C’est Luc Chatel, alors ministre de l’éducation, publiant un communiqué de presse, lors d’une rentrée scolaire, truffé d’accords désaccordés...

Najat Vallaud-Belkacem, Martine Aubry, Christian Estrosi et tant d’autres, de tous bords, se sont fait prendre. Michel Sapin, à l’Assemblée, a lui récemment tenté d’expliquer comment l’endettement de la France n’avait pas cessé... de "croisser". Et l’Élysée, même l’Élysée, sur son site internet, y va, ces dernières années, de sa contribution au musée des horreurs du participe passé.

Au regard des défis politiques auxquels nous sommes confrontés, et de la violence du monde dans lequel nous vivons, on peut juger bénins ces petits manquements. Certes. Mais ils sont signifiants.

Maltraiter le français peut-il relever d'un choix politique ?

Probablement. Il y a dans le discours politique aujourd’hui, des erreurs qui sont volontaires. Des affronts stylistiques qui sont pensés, et des outrages à la syntaxe qui sont encouragés. Comment Nicolas Sarkozy peut-il mieux faire la démonstration d’un “parler vrai”, proche des gens, qu’en adoptant les tics de langage les plus populaires ? : “Si y’en a que ça les démange d’augmenter les impôts”...

Comment François Hollande peut-il plus efficacement se montrer “président normal” qu’en prenant le risque d’improviser sans filet, quitte à se tromper lourdement, et régulièrement ? : “Des réformes, nous en avons faites”...

Puisqu’on les accuse d’être coupés du peuple, la tentation est grande, pour les politiques, de descendre d’un ou deux registres de langue. De se moquer sans le dire de règles jugées élitistes. De faire dans le populisme lexical.

Pourtant, et pas même dans le cas de Donald Trump, aux États-Unis (dont les discours sont fabriqués pour qu’un enfant de dix ans puisse les comprendre, comme l’a récemment démontré le Boston Globe, repris par Libération), on ne peut pas croire au manque de maîtrise : car quand le discours politique se transforme en publicité, la simplification est volontaire.

Ça montre, d'une part, comment les destinataires sont considérés.

Ça signifie, d'autre part, que si la langue est le produit d’une histoire et d’une culture, qu’il faut respecter, le reflet d’une vision du monde qui dit beaucoup de celui qui l’emploie, elle est surtout le support des idées qu’il veut faire passer. Des idées que manifestement, comme l’orthographe en pleine réforme, ou comme le code du travail en pleine réécriture, certains veulent simplifier.

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