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François Fillon, le 4 novembre 2016.

Sondages : on avait pourtant dit qu'on arrêtait

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La primaire de droite fait oublier les bonnes résolutions prises après l'élection-surprise de Donald Trump.

François Fillon, le 4 novembre 2016.
François Fillon, le 4 novembre 2016. Crédits : Fred Tanneau - AFP

Ce n’est pas si vieux. Souvenez-vous, il y a moins d'une semaine : ces éditoriaux prostrés, ces tribunes éplorées, ces autocritiques assumées. L'élection de Donald Trump a marqué un naufrage du journalisme, lisait-on. Un journalisme trop accro aux sondages, trop dépendant de ces courbes fallacieuses et de ces graphiques trompeurs qui plaçaient Hillary Clinton en tête. Jamais plus, c'était promis, les enquêtes d'opinion ne seraient considérées comme des boussoles. Et pour s'orienter sur la carte électorale, le journalisme allait revenir aux fondamentaux : l'enquête, l'enquête, l'enquête.

C'est donc animé d'une foi nouvelle dans l'humanité (et plus particulièrement dans sa sous-catégorie qu'on appelle les journalistes), qu'on a ouvert la presse ce matin. A côté de quelques commentaires - au ton étrangement très mesuré - sur Donald Trump, une palanquée d'articles sur la primaire de droite, assortis de... sondages.

Comme si la leçon Trump était déjà oubliée, ces études d'opinion occupent la "une", avec leurs verbes définitifs : Alain Juppé "s'effondre", François Fillon "s'envole". Tout cela bien sûr au présent de l'indicatif. Le phrasé journalistique, parfois si prompt à abuser du conditionnel, se montre ici très affirmatif. François Fillon, nous dit-on, rattrape son retard. La presse est aux sondages ce que le drogué est à sa dose : après cette fois, j’arrête.

Certes, il n'est pas question de renoncer à observer les dynamiques électorales. Mais les sondages pour une primaire ouverte, exercice inédit à droite, sont parmi les plus incertains. Notamment parce que corps électoral est impossible à prédire : y’aura-t-il un million, deux millions ou trois millions d'électeurs ? Personne n’en sait rien. Cela change évidemment tout ; le noyau dur des militants Les Républicains est plutôt sarkozyste, le ventre mou de la droite et du centre au sens large est plus volontiers juppéiste.

Il n’y a pas que la presse qui se contredit sur l’usage des sondages…

François Fillon n’aime pas les sondages ; ah ça, vous ne l'y prendrez pas ! Il l'affirmait encore avec fougue, en fin de semaine dernière, au micro de Stéphane Robert :

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Billet politique - François Fillon et les sondages

Mais ça, c’était avant. Depuis qu’un sondage, ce week-end, le donne en forte hausse, l'ancien premier ministre a remisé sa prudence au vestiaire. Hier, son compte facebook a d'ailleurs relayé l’un de ces sondages : "François Fillon fait un bon de 9 points", est-il écrit, avec trois flèches vers le haut. La cote est en hausse, la cohérence plutôt en baisse.

Ambivalent aussi, Jean-Luc Mélenchon fustige régulièrement le système "pourri qui s'intoxique aux sondages". Mais le candidat de la France insoumise ne rate jamais une occasion de relayer sur sa page les études d'opinion qui lui sont favorables. Comment résout-il cette contradiction ? Par la dérision. Il prend soin de donner un surnom aux sondages : il les appelle "des horoscopes".

Journalistes et responsables publics sont donc enfermés dans la même aporie : les sondages ne veulent rien dire sauf quand on décide que c'est l'inverse.

En politique, l’une des phrases les plus usées jusqu’à la corde, régulièrement prononcée les soirs de défaites, c’est « on ne doit plus faire de la politique comme avant ». Et en général, tout repart ensuite de plus belle. Cette fois-ci, on nous avait pourtant promis de ne plus faire de journalisme comme avant…

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  • Journaliste au service politique de la rédaction de France Culture
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