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Seul un député par groupe parlementaire est désormais autorisé à siéger lors des "Questions au gouvernement" hebdomadaires.

S'opposer en temps de pandémie

3 min
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En pleine crise du covid-19, le rôle des oppositions politiques est des plus malaisés. Critiquer trop durement, c'est être suspect de briser l'unité nationale. Ne rien dire, c'est laisser les coudées franches à l'exécutif. Un dilemme moral et électoral.

Seul un député par groupe parlementaire est désormais autorisé à siéger lors des "Questions au gouvernement" hebdomadaires.
Seul un député par groupe parlementaire est désormais autorisé à siéger lors des "Questions au gouvernement" hebdomadaires. Crédits : Yoann Valat - AFP

De cette période, quelques images resteront. Par exemple à Rome, la place Saint-Pierre, vide de tout le monde sauf du Pape.  

En France, l'hémicycle déserté à l'Assemblée nationale.  

Car désormais, pour limiter le risque sanitaire, seul un député par groupe parlementaire est autorisé à siéger aux Questions au gouvernement, ce rendez-vous hebdomadaire, habituellement bouillonnant, foisonnant, tendu.  

Pour des raisons de rapidité, la fabrique de la loi est largement délaissée au profit du décret, édicté par l'Exécutif.  

C'est dire à quel point le rôle de l'opposition parlementaire est malaisé en temps de crise sanitaire.  

Les espaces manquent d'ailleurs pour débattre.  

Hier soir, à l'Assemblée, la mission d'information sur la gestion de la crise du coronavirus (qui est censée contrôler les décisions prises) a été menée par vidéoconférence, avec une trentaine de participants.

Or, les membres de l'opposition n'ont quasiment pas eu la parole pendant la première heure de débat. Mais que voulez-vous faire ?

En temps normal, vous pourriez protester et quitter l'hémicycle avec fracas.  

Là, en l'occurrence, pour montrer votre courroux, vous pouvez, au maximum, vous déconnecter de cette conversation à trente. Pas grand-monde ne s'en apercevra.  

Et comment trouver le bon ton ?  

Frapper sans relâche contre le gouvernement, c'est être accusé de briser l'unité nationale, de vouloir profiter des malheurs du pays.  

Mais ne rien dire, c'est laisser les coudées franches à l'Exécutif, et renoncer à porter la voix des citoyens en colère.  

L'équilibre est donc subtil et mouvant. "Ni charognard, ni colombe" : voilà comment l'on peut résumer le défi pour l'opposition.

A chaque crise, cette question se pose pour les partis d'opposition...

Oui, car les crises sont des moments politiques paradoxaux : elles exacerbent l'exigence d'efficacité vis-à-vis de nos gouvernants... Mais elles ressoudent l'opinion publique avec eux.  

François Hollande l'avait vécu après les attentats ; de même, la cote de satisfaction d'Emmanuel Macron est en forte hausse depuis la crise du coronavirus - comme celle de Merkel, de Trump, de Johnson ou de Giuseppe Conte.  

Grisés par ce soutien, en temps de crise, les gouvernements sont tentés d'occulter l'opposition.

Comme si celle-ci était un boulet au pied dans la course contre l'épidémie.  

On le voit, ces jours-ci en Hongrie, en Israël, où les exécutifs se sont arrogés de super-pouvoirs sans garde-fous.

Rien à voir, pour l'instant, en France, même si le gouvernement par décrets déplace ces fameux garde-fous : lesquels ne sont plus tant au parlement... qu'au conseil d’État et au conseil constitutionnel.  

Et il y a là un risque... 

Car la délibération collective des députés et sénateurs est l'instrument le plus sûr d'une loi équilibrée et mûrie.  

On ne parle pas ici des chicaneries politiciennes, ni des polémiques stériles que nous évoquions hier, mais du débat, de la contre-proposition et de la maïeutique parlementaire.  

Sur les libertés publiques, par exemple. Ces prochains jours, la question se posera : où placer le curseur entre l'efficacité médicale et les droits individuels – on pense au traçage numérique des personnes malades, comme en Corée du Sud - ?

C'est un débat fondamental, où il n'y aura pas trop de toutes les sensibilités politiques pour en délibérer.   

Et puisque la métaphore de la guerre est à la mode, alors il nous faut revenir à 1914-18.

Clemenceau, avant de prendre les rênes du pays, fut un opposant implacable. Traquant les insuffisances, les inactions et les errements.  

Voici une citation extraite de l'Homme enchaîné, le journal dirigé par Clemenceau : 

"Il faut choisir entre l'aveuglement volontaire et la clairvoyance hardie, qui ne cherche le salut commun que dans la réparation des fautes constatées".  

Frédéric Says

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