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Tentative de coup politique pour quinquennat finissant

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Le "non" au Traité commercial transatlantique (Tafta) aurait dû être l'événement politique de la semaine. Et pourtant...

Pour la première fois, un gouvernement monte sur la barricade, et dit officiellement « stop » à la négociation du Tafta. La Tafta, ce traité transatlantique qui vise à harmoniser des milliers de normes commerciales et de barrières douanières, pour façonner un gigantesque marché unique occidental.

Et ce refus, c'est la France qui le porte. Encore hier soir, le responsable de la négociation côté français, le secrétaire d’Etat Matthias Fekl l’a réaffirmé, sabre au clair : continuer les négociations - jugées trop "déséquilibrées" - serait une "faute majeure" (propos tenus chez nos confrères de France Info). Voici donc une position tranchante, assumée, dans un quinquennat qui n'en n'a pas connu tant que cela.

Mais « pas de bol », pour reprendre l’expression de François Hollande sur le chômage : c’est Emmanuel Macron qui a monopolisé les écrans, les antennes, les journaux... notamment avec cette interview fleuve chez TF1 : 27 minutes au 20 heures ! Pas de bol donc… Et pourtant la rupture qu’opère la France mérite qu'on s'y arrête un peu...

Une rupture courageuse, mais favorisée par le contexte international ?

Il est toujours plus facile de claquer la porte à quelqu'un qui s'en va. Barack Obama est en fin de mandat. Affaibli. « Lame Duck » (canard boiteux), selon l'expression locale. Ses successeurs potentiels eux-même sont d'ailleurs très peu enclins à défendre le Tafta. Donald Trump affiche son hostilité ; Hillary Clinton sa méfiance.
Il faut ajouter à cela l'extrême tension économique et commerciale entre les deux côtés de l'Atlantique. On voit se dérouler ce qui ressemble à un véritable match, à coup de sanctions et d'amendes mutuelles : tout récemment, Apple condamné par la Commission européenne à verser 13 milliard d'euros à l'Irlande ; l'an dernier la banque française BNP  était mise à l’amende aux Etats-Unis, pour ne citer que ces exemples.

Certes, les partisans du Traité avaient pourtant rodé leur discours : officiellement, le Tafta devait permettre de doper la croissance ; officieusement, l’harmonisation des normes états-uniennes et européennes devait aussi permettre d'isoler  le géant économique chinois.

Signalons par ailleurs qu’il y a toujours en cours des négociations similaires entre l’Europe et le Canada. Le gouvernement français n’a pas dit qu’il comptait les arrêter.

Alors derrière ce coup d’éclat, il y a aussi des raisons plus franco-françaises…

Première raison : envoyer des signaux de gauche, dans cette dernière ligne droite d’un quinquennat qui en manqué. Le refus du Tafta rassemble largement ; de l'extrême-gauche aux socialistes, des communistes aux Verts. Il épouse la double méfiance culturelle de la gauche à l’égard du libre-échange et du partenaire américain. Ce refus permet aussi de cliver avec la droite, embarrassée sur la question, face à une opinion publique largement hostile.

Enfin, ce "niet" français a aussi l'avantage de boucler un quinquennat entamé, déjà, par un traité : le TSCG. Ce traité de stabilité budgétaire que François Hollande avait promis de renégocier durant sa campagne... et qu’il a finalement signé.

Dans les plans de l'Elysée, le refus du Tafta devait permettre, sinon d’effacer, du moins d’atténuer la "tache initiale" du TSCG sur le mandat de François Hollande. Las, le "non" de la France a été lui-même effacé des radars médiatiques par la démission d'un jeune ministre. Décidément, « pas de bol ».

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