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Un billet politique contre deux barils de lessive ?

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L'arrivée de la publicité commerciale à Radio France.

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Le décret autorisant l’arrivée de la publicité commerciale sur les antennes de Radio France a été publié ce matin au Journal Officiel, pour application immédiate. Et c’est un petit peu plus que la fin d’une époque (l’interdiction de la pub commerciale datait de 1987, il y a trente ans) : c’est la fin d’un principe, et d’une protection, qui permettaient, par exemple, au service public de la radio, dont fait partie France Culture, d’être totalement exonéré, par définition et a priori, de toute présomption de dépendance vis à vis des pouvoirs économiques.

Quand un organe de presse n’a pas besoin d’Apple pour boucler son budget, il peut envisager d’enquêter sur les conditions de travail dans les usines de Taïwan, par exemple. Et il est d’autant plus facile de parler du scandale Wolkswagen qu’on n’a pas besoin d’aider quiconque à vendre des voitures.

Bien sûr, le poison du soupçon ne va s’abattre du jour au lendemain sur les rédactions de Radio France à cause de ce décret, mais avec l’irruption de la publicité pour les lessives et les pneus, risque d’advenir une certaine forme de normalisation, de standardisation, du service public de la radio…

Et puis… Ça pose aussi quelques questions d’ordre politique

Rappelons tout d’abord que jusqu’à maintenant, les pubs autorisées sur les antennes de Radio France étaient limitées aux campagnes d’intérêt général, aux compagnies d’assurance, aux annonceurs publics, ou aux groupements d’annonceurs. Vous dire que la règle a été parfaitement et strictement respectée ces derniers temps, ce serait aller un peu vite. Discrètement, à la marge (en raison de la contraction du marché publicitaire), certains annonceurs “interdits” ont pu s’incruster, ici ou là : il faut bien faire tourner la boutique.

Et du coup, le prétexte de “sécurisation juridique” a été bien pratique pour le gouvernement dans cette affaire, qui a pris la plus facile des décisions : celle d’adapter la règle à la situation. C’est plus simple, bien souvent, que de réaffirmer ses principes. Autrement dit : c’est plus simple que de faire de la politique : il suffit de dire que la règle est vieillotte, qu’elle n’est plus adaptée, qu’elle est dépassée (ou que le code est trop épais) : tout le monde comprend alors qu’il vaut mieux en changer, quitte à s’asseoir sur quelques principes.

Du coup, l’arrivée de la pub, et la modification de l’identité des antennes publiques, la menace à terme d’un relèvement des seuils admis en terme de durée si jamais les financements publics venaient à baisser... tout cela est présenté comme une fatalité.

Ce n’est pas le premier renoncement de ce gouvernement à tenter d’agir sur la réalité en réaffirmant son positionnement politique. Ce n’est pas évidemment le plus visible, ni, de loin, le plus impactant dans la vie quotidienne des gens.

Mais on l’a compris : c’est pas demain que doit débuter la grande quinzaine du courage politique.

(note : aux termes de ce décret, les antennes de France Culture, France Musique, Fip, et Mouv' sont épargnées par l'arrivée de la publicité commerciale).

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