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Un parti politique doit-il rester neutre pendant une primaire ?

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En d'autres termes, l’arbitre du match a-t-il le droit de porter le maillot d’une des équipes ?

Jusqu’à présent, celui qui tenait l’appareil prenait une avance considérable sur ses concurrents. Le chef du parti disposait de la trésorerie, des troupes militantes, et il était quasi-automatiquement désigné candidat à la présidentielle. C’était même d’ailleurs l’élection à la tête du parti, qui faisait office de primaire.

Question nouvelle qui se pose avec la généralisation des primaires ouvertes à tous les électeurs, et non plus seulement aux militants. La question est moins simple qu’il n’y paraît.

D’où le fait que Nicolas Sarkozy en 2005, préfère quitter ses fonctions de ministre pour prendre la tête de l’UMP. D’où aussi par exemple, l’exécrable congrès PS de Rennes en 1990, ultra-violent entre Jospinistes et Fabiusiens, qui préparaient chacun l’après-Mitterrand…

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Laurent Fabius - Congrès de Rennes - Billet politique

Alors de quand date le tournant ? quand le parti a-t-il perdu sa place prépondérante, incontournable pour toute ambition présidentielle ? Il y eut d’abord Ségolène Royal, qui remporta la primaire de 2006 contre les caciques du PS.

Et puis surtout, en 2011, la primaire ouverte à gauche : François Hollande prouve alors qu’une victoire est possible sans le parti (il n’était plus à sa tête). Mieux : qu’une victoire est possible contre le parti, qui était alors dirigé par sa rivale Martine Aubry (même si elle s'était mise en retrait quelques semaines).

Allons plus loin : diriger un parti est devenu un boulet au pied. Avec la défiance massive à l’égard de tout ce qui touche à la politique, le patron de l’appareil est perçu au mieux comme un boutiquier partisan, au pire comme un apparatchik magouilleur, et les multiples scandales dans les votes internes (Copé-Fillon, ou Aubry-Royal) n’ont pas aidé à renouveler le genre.

Alors neutralité ou pas, quel choix ont fait les partis cette année ?

Il y a plusieurs cas de figures. On passe d’abord sur ces partis où l’appareil est une sorte de prolongement naturel des candidats, un de leurs organes greffés : le parti de gauche et Mélenchon, le FN et Le Pen. Pas de primaires, pas de problème.

Au PS, Jean-Christophe Cambadélis ne fait pas mystère qu’il roule pour François Hollande… « je n’ai pas fait vœu d’être juge de paix » se justifiait-il ce dimanche en privé devant des journalistes. Mais Cambadélis promet tout de même une aide financière à tous les candidats, et la mise à disposition du service d’ordre du parti... ça peut servir. 

A droite, c’est moins clair : officiellement, Nicolas Sarkozy s’est mis en retrait de la direction du parti Les Républicains, mais il a pris soin de laisser des fidèles aux postes-clés : notamment Laurent Wauquiez à la présidence par interim, et Christian Estrosi à la commission des investitures.

Certains candidats comme Nathalie Kosciusko-Morizet se plaignent d’ailleurs de ne pas avoir accès au fichier des adhérents. L’arbitre est en théorie neutre, mais toutes les équipes ne sont pas traitées de la même manière sur le terrain.

Et voilà donc la triste condition d'un parti politique au milieu des années 2010, comme l'a montré le politiste Rémi Lefebvre.

Le parti, amputé de la production des idées par les think tank et les écuries des candidats, dépouillé du choix des prétendants par la primaire ouverte, est confronté à cette aporie :

Ou bien il fait de la politique, c'est à dire qu'il prend parti pour un candidat en son sein, et il est soupçonné d'être peu équitable.
Ou bien il reste neutre, et passe pour une simple chambre d'enregistrement des résultats. Au mieux une coquille administrative chargée de distribuer des investitures et des éléments de langage. Les éléments de langage qui sont d'ailleurs souvent à la politique ce que la musique militaire est à la musique.

Chroniques
8H19
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L'Invité(e) des Matins (2ème partie)
L'invité des Matins (2ème partie) : Mardi 30 août 2016
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