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Une petite réactualisation de la maxime de Charles Pasqua

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À retrouver dans l'émission

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"Les promesses n'engagent que ceux qui les croient". Charles Pasqua n'est évidemment pas le seul à avoir théorisé cette pratique, mais la postérité lui a attribué cette pensée qui pourrait s'appliquer à beaucoup d'autres.

C'est désormais  une nouvelle forme de promesse qui a pris le dessus : le coup de menton. Non pas qu'elle soit nouvelle, mais elle devient systématique.

Fini les promesses positives, du type "0 SDF dans 5 ans", ou le plein emploi demain, plus personne n'y croit  - et les archives sont trop cruelles pour ceux qui s'y adonnent. Au lieu des promesses la main sur le cœur, voici le temps des menaces le doigt tendu.

Exemple : Manuel Valls, mâchoires serrées, qui veut mettre fin à la directive européenne sur les travailleurs détachés. Une menace sans doute justifiée, mais simpliste. Elle oublie volontairement le processus complexe de décision au sein de l'Union européenne. Elle omet aussi l'opposition farouche de onze pays, principalement de l'Est, à toute modification de cette règle.

La "posture du matamore" a ceci de rassurant qu'elle gomme la complexité, la lenteur de l'action publique, les centres de décisions pluriels, contradictoires, éclatés. Les exemples sont nombreux, en voici un qui remonte à 2005 :

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Nicolas Sarkozy : "le terme nettoyer au Kärcher est un terme qui s'impose".

Que se passa-t-il ensuite ? Rien, ou pas grand-chose. La mode du coup de menton est l'enfant dévoyé du fameux « volontarisme », c'est un peu le Soupalognon y crouton de la politique, vous savez dans Astérix, cet enfant qui saute sur place en arrêtant de respirer pour obtenir ce qu'il veut.

La menace, la posture, la désignation d'un ennemi participe de l'illusion d'un homme providentiel, dans un monde politique où rien ne semble plus possible.

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François Hollande : "mon véritable adversaire, c'est le monde de la finance".

La posture de la menace vise à aspirer une dose de radicalité présente dans la société française. Mais en intégrant cette colère au discours, elle accentue encore davantage la déception qui vient ensuite. Nicolas Sarkozy a d'ailleurs reconnu que la déclaration du "Karcher" n'avait pas été suivie d'effets majeurs (même s'il maintient le mot). Plus le politique a parlé fort, plus la désillusion est grande. Une sorte de griserie, d'ivresse politique, qui se traduit toujours le lendemain par une gueule de bois démocratique.

Prenez le Brexit : ceux qui ont manié la menace et le coup de menton, ceux qui ont promis de renverser la table, sont les mêmes qui désormais s'éclipsent, légèrement déconfits.

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