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L'expérience est-elle devenue une tare pour siéger au Palais-Bourbon ?

Va-t-on élire une assemblée d'"amateurs" ?

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Les adversaires du mouvement En Marche pointent l'inexpérience et l'impréparation des candidats macronistes.

L'expérience est-elle devenue une tare pour siéger au Palais-Bourbon ?
L'expérience est-elle devenue une tare pour siéger au Palais-Bourbon ? Crédits : Laurent Kalfala - AFP

C'est le risque pointé par les adversaires du mouvement En Marche : les nouveaux élus macronistes seraient inaptes à faire de bons députés. Issus de la société civile, ils seraient trop novices, trop naïfs, trop inexpérimentés.

Ces temps-ci, les pages des journaux régionaux regorgent de ces compte-rendus de meetings, où les barons locaux mettent en avant leur "expérience", revendiquent leur "connaissance du parlement", arguent que la fonction de député "ne s'improvise pas".

Est-ce l'argument du désespoir ? Sur les réseaux sociaux, on voit même fleurir des montages vidéos censés démontrer l'amateurisme des candidats En Marche. En voici un exemple :

(Montage d'un débat avec une candidate En Marche dans la région centre, posté par un internaute anonyme).

Le candidat socialiste local a aussi diffusé ces extraits sur Youtube, la musique et le générique en moins, pour mettre en lumière l'impréparation de sa rivale.

"Par les temps qui courent, une chèvre avec l'étiquette En Marche arriverait en tête", s'agaçait une cadre socialiste, il y a quelques jours, après les premiers résultats des Français de l'étranger. Ils ont tourné au plébiscite pour les candidats macronistes (avec certes une abstention de près de 80%). Y compris pour ceux que pas grand-monde ne connaissait.

Même Gérard Collomb, proche d'entre les proches du président, le reconnaît :

"Nous allons dépasser le seuil des 400 députés. Parfois des gens valables vont se faire battre par des gens de faible valeur, c'est triste, mais c'est comme ça". (propos cités par le Canard Enchaîné de cette semaine)

A écouter les uns et les autres, on a le sentiment que l'expérience est devenue une tare dans le monde politique de 2017. Dans tous les métiers, les recruteurs froncent les sourcils dès qu'un CV est trop court ("expérience insuffisante") ; en politique, désormais, c'est l'inverse. Gare à ceux qui revendiquent la longévité.

Cela dit, le fait de décrire les prétendants En Marche comme une armée d'amateurs qui bafouillent tient évidemment de la caricature de campagne. Des personnalités expérimentées sont en lice, dont une vingtaine de députés sortants. Ainsi que des anciens ministres, comme Marisol Touraine, soutenue tacitement par En Marche.

Par ailleurs, près de la moitié des candidats macronistes ont déjà exercé un mandat, d'après une enquête du Monde. D'autres, sans avoir été élus, sont passés par les cabinets ministériels ou des collectivités locales. En réalité, seul un tiers d'entre eux n'a aucun lien direct avec le monde politique.

Il n'empêche, compte tenu de la vague qui s'annonce, une large partie des nouveaux députés pourrait être assez peu autonomes, au moins au début. Surtout vis-à-vis d'un pouvoir exécutif, qui lui, n'est pas spécialement amateur...

Un pouvoir législatif trop faible ?

Par le passé, on a connu des chambres "bleu-horizon". Cette fois, ce sera peut-être une chambre "bleue-verticale". Des "bleus" soumis à la verticalité du pouvoir macroniste.

Ce risque existe. Il est lié à la fois aux circonstances (renouvellement, inexpérience...) et à la constitution, qui lie, dans les faits, l'élection des députés au résultat de la présidentielle. En particulier depuis l'instauration du quinquennat et du nouveau calendrier électoral décidé en 2002.

D'ailleurs - et c'est tout un symbole - l'un des premiers gestes demandés à la future assemblée sera précisément de se dessaisir d'une partie de son pouvoir (d'amendement, de débat...), en signant les ordonnances pour la réforme du code du travail.

Au-delà des polémiques de campagne, la mise en garde contre "l'amateurisme" de la future assemblée peut donc s'entendre. Mais l'argument est fragile : car les majorités composées de grands-professionnels-expérimentés, dans le passé, n'ont pas fait la preuve de leur plus-value et de leur réussite. Sinon "En marche" n'existerait pas.

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