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Vers une cyber-armée française ?

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L’opération Serval au Mali est l’illustration d’une opération militaire classique. Mais même dans son cadre, semble-t-il, des attaques informatiques viennent de viser des sites de Défense français. Et alors que les conflits dont les armes sont informatiques se multiplient, il est désormais question de la création officielle d’une cyber-armée française.
Il y a de nombreux militaires dans les allées du FIC, le Forum international de la cybersécurité, à Lille. L’un d’eux, le général Eric Bonnemaison , directeur adjoint des Affaires stratégiques au ministère de la Défense , a eu cette phrase ce lundi : "une clé USB défaillante peut faire plus de dégât qu’une bombe de 250 kg ". Ce que confirme un officier en poste au Kosovo il y a quelques années, quand les ordinateurs de l’état major multinational ont presque tous planté. Un virus dont on a jamais su l’origine… C’est ensuite l’offensive couplée en Géorgie de la Russie qui a provoqué l’étincelle chez les militaires français : attaque classique aviation et char, précédée d’un cyber brouillard très efficace pour paralyser les ordinateurs géorgiens.

Ces derniers mois, l’Etat major, à Paris, a multiplié les réunions confidentielles
La semaine dernière encore, il en était question à l’Ecole militaire, quelques mois après la publication du rapport Bockel et à quelques jours de la publication d’un nouveau livre blanc de la Défense. Y aura-t-il enfin la création d’une cyber-armée ? Dans les faits, elle est bien en cours de constitution. Avec déjà de nombreux bataillons mais aux effectifs que Jean-Marie Bockel lui-même a considéré insuffisants.

L’Agence nationale de sécurité des système d’information (ANSSI), qui dépend de Matignon, a des missions complétées par celles du Centre d’analyse en lutte informatique défensive (Calid). Des troupes de la Direction Générale de l'Armement seront bientôt renforcées en Bretagne par 200 spécialistes supplémentaires. Pendant que les officiers viennent eux de gagner une première chaire de cyberdéfense à Saint-Cyr (vidéo). Sans oublier les services de renseignement via notamment la Direction de la Protection et de la Sécurité de la Défense.

Hervé Schauer, l'un des principaux consultants en France dans ce secteur , fait partie du CLUSIF (Club de la Sécurité de l’Information Français).Une association de professionnels de la sécurisation de l'information en entreprise et dans le public dont le rapport annuel de référence vient de signaler 2012 comme un tournant dans la militarisation du cyberespace. Il explique pourquoi selon lui la France a besoin d'une cyber-armée :

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Fin décembre, l’information est passée quelque peu inaperçue : le ministère de la Défense a passé un premier partenariat avec EADS et ses principaux sous traitants français : des PME considérés comme sensibles mais qui n’ont pas forcément les moyens d’une sécurité suffisament efficace, en particulier dans le cyberespace.

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Certains tests d’intrusion effectués en France l’année dernière ont en effet montré des failles inquiétantes. Sans parler d’attaques qui ont fait mouche : Areva, Bercy, le site public de la DICOD, la direction de la communication de l’armée, le week end dernier, et même semble-t-il l'Elysée.

Les Etats-Unis et d'autres passent à une doctrine offensive Mais il y a eu pire, via les virus Stuxnet ou Flame. Sans oublier l’attaque de la compagnie pétrolière saoudienne Aramco l’été dernier qui a détruit les disques durs de 30.000 ordinateurs de la société ! Plusieurs pays ont donc déjà de longue date établi leur cyber-armée. Et les forces actives informatiques, et de plus en plus souvent revendiquées, se multiplient, comme en Iran et en Israël. Sous l'impulsion en particulier des Etats-Unis , qui bénéficieraient d'un budget équivalent à celui de la dissuasion nucléaire française et d'où sont venues très récemment plusieurs informations d'importance Eric Chaverou :

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Ancien d'Alcatel Thomson, François Paget fut le premier Français embauché au Labs de Mc Afee. Aujourd'hui, il fait de la veille technologique pour Mc Afee (désormais Groupe Intel) et évoque les premieres cyberguerres étatiques. Il voit clairement "l'ombre des Etats" derrière les dernières attaques en Iran et en Arabie Saoudite par exemple :

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Les Chinois ont aussi souvent été cités et on peut penser que les Indiens et les Pakistanais ne sont pas en reste. Un cocktail cyberexplosif pour des conflits déjà en cours selon Barbara Louis Sydney, chercheuse au CEIS, Compagnie Européenne d'intelligence stratégique, en cyber géopolitique :

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Reste maintenant à la France à fixer un véritable cap. Car comme l'expliquait récemment, dans Le Télégramme, le journaliste spécialisé Jean Guisnel : "Il lui manque encore une vraie doctrine en la matière, qui permettrait d'expliquer pourquoi elle choisit l'offensive alors qu'elle se défend si mal". En attendant sûrement du nouveau très bientôt, en particulier par le biais du prochain livre blanc de la Défense, l'officier général cyberdéfense français, le contre-amiral Arnaud Coustillière, vient de rappeler l’engagement de la France à participer au Centre d’excellence en cyberdéfense de l’Otan. Le CCDCOE basé à Tallinn, en Estonie, où il y a deux ans déjà était née la première cyber-armée de volontaires !

> Ecoutez en complément de ce reportage "Les Matins", sur l'armée française, avec pour invités l'historienne Catherine Durandin et le journaliste Jean-Dominique Merchet

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