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Alizée Agier, diabétique, sacrée championne du monde de karaté (68kg) le 8 novembre 2014, à Brême en Allemagne

Diabète : les traitements évoluent mais les préjugés demeurent

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A l’occasion de la journée mondiale du diabète, la fédération française des diabétiques lance ses états généraux. Un an de débats et de consultations pour améliorer le quotidien des patients. Et tenter de mettre, enfin, un terme à certaines idées reçues encore bien ancrées dans les esprits.

Alizée Agier, diabétique, sacrée championne du monde de karaté (68kg) le 8 novembre 2014, à Brême en Allemagne
Alizée Agier, diabétique, sacrée championne du monde de karaté (68kg) le 8 novembre 2014, à Brême en Allemagne Crédits : CARMEN JASPERSEN - AFP

La France compte aujourd'hui plus de 4 millions de diabétiques, dont 700 000 l'ignorent encore, et la maladie ne cesse de progresser ( 3% entre 2012 et 2014). Le coût de cette prise en charge par l'assurance maladie représente, à elle-seule, 19 milliards d'euros par an. 

Mais la vie quotidienne des patients, elle, ne s'améliore pas assez vite estime la  FFD (Fédération française des diabétiques). Elle lance ce mardi, à l'occasion de la journée mondiale de la maladie, les états généraux du diabète et des diabétiques. Un an pour consulter patients, médecins et chercheurs avec l'espoir de faire évoluer les mentalités. 

Les diabétiques victimes de discrimination professionnelle

Pompier, pilote de ligne, hôtesse de l'air ou encore contrôleur SNCF. Tous ces métiers sont, encore aujourd'hui, inaccessibles aux diabétiques de type 1, les patients dépendants à l'insuline. Difficile à croire, et la liste ne s'arrête pas là. Alizée Agier, 23 ans a ainsi dû renoncer à une carrière de policière. Elle est pourtant championne du monde de Karaté. 

J'avais passé tous les examens écrits et oraux. Lors de la visite médicale, tous les médecins estimaient que j'étais apte mais ils voulaient avoir l'accord d'un médecin général parisien. Pour lui, c'était un non catégorique, je ne pourrais pas rentrer dans la police nationale en étant diabétique.  

Une règle héritée du service militaire (supprimé en 1997), dont les diabétiques étaient exemptés d'office et d'une époque où ils étaient quasiment considérés comme des fous. En 1967, un professeur de médecine évoquait, par exemple, sur France Inter, "les folies" d'un malade pour décrire une crise d'hypoglycémie.

En cinquante ans, l'image du diabète et les traitements ont, heureusement, beaucoup évolué. Les pompes à insuline et autres capteurs de glucose permettent de s'auto-contrôler et les piqûres s'intègrent parfaitement à une vie active explique Alizée Agier :

Cela devient vite une habitude, comme se brosser les dents. Une injection après chaque repas et avant de se coucher. Je suis diabétique depuis quatre ans, double championne du monde de karaté. J'ai pu montrer à tout le monde qu'allier sport de haut niveau et diabète est tout à fait possible. C'est même recommandé de faire du sport. 

Le regard parfois culpabilisant des médecins

Ce qui peine tout autant à évoluer, c'est l'attitude des médecins vis à vis des diabétiques de type 2, quand la maladie est liée à l'obésité ou à un surpoids. "Beaucoup de médecins à la lecture des résultats de la biologie vont dire à leur patient que ce n'est pas grave, qu'il suffit de manger moins et de marcher un petit peu plus. Autrement dit, c'est de votre faute. C'est très culpabilisant", explique Jean-François Thébaut, cardiologue et membre de la FFD. Pour ce praticien, lui-même diabétique, il faudrait mieux former les professionnels à l'annonce du diagnostic : "Et leur donner du temps pour pouvoir expliquer tout ce qui va être nécessaire de modifier dans leur comportement. Comportement qui est la part la plus intime de notre personnalité."

Mais les médecins généralistes ne sont pas les seuls responsables, nuance Jean-François Thébaut. Le cardiologue estime que les diabétiques ne bénéficient qu'encore très rarement d'une prise en charge globale :

Ce sont des interventions ponctuelles et non coordonnées du diabétologue, du psychologue, du tabacologue. Or, ce dont le patient a besoin c'est d'une action coordonnée. Un coach, un coordonnateur qui soit capable de formaliser ce parcours et de le suivre au long cours, ce qui n’existe pas aujourd'hui en France".  

Selon la fédération française des diabétiques, une telle évolution ne serait possible qu'à condition de modifier la rémunération de ces professionnels. Passer d'une tarification à l'acte à une tarification forfaitaire.

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