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Le recours à la PNIJ est obligatoire pour tous les enquêteurs depuis le 12 septembre.

Ecoutes judiciaires : encore et toujours des bugs sur la nouvelle plateforme

4 min

Cauchemar administratif, bugs à répétition, gouffre financier... les griefs concernant la Plateforme nationale des Interceptions Judiciaires, la PNIJ, sont nombreux et persistent depuis des mois. Reportage de Lise Verbeke.

Le recours à la PNIJ est obligatoire pour tous les enquêteurs depuis le 12 septembre.
Le recours à la PNIJ est obligatoire pour tous les enquêteurs depuis le 12 septembre. Crédits : photo d'illustration - Maxppp

Depuis le 12 septembre 2017, les enquêteurs sont obligés d'avoir recours à la Plateforme nationale des Interceptions Judiciaires. La PNIJ, pilotée par Thales, a été créée pour centraliser les écoutes et les réquisitions judiciaires (interceptions, fadettes, géolocalisations etc), et a été conçue pour se passer des prestataires privés, qui traitaient jusque là les données brutes fournies par les opérateurs téléphoniques.

Bugs très réguliers

Mais les dysfonctionnements persistent. Sébastien (nom d'emprunt) est enquêteur et utilise la plateforme quasiment quotidiennement. S'il reconnaît que le système permet d'accéder aux factures téléphoniques plus rapidement, ce qui pose de sérieux problèmes selon lui, ce sont les écoutes téléphoniques. "On a à la fois une ergonomie catastrophique, mais aussi des bugs très réguliers, ce que l'on faisait avant en une heure, nous prend maintenant deux heures, voire trois heures ! Pour être très clair, les enquêteurs ont l'impression d'avoir fait un retour en arrière de dix ans." Pour les affaires classiques, Sébastien arrive à s’accommoder de cette perte de temps, en revanche, lors d'affaires plus complexes, qui ont besoin de beaucoup d'écoutes, le travail est laborieux. "On peut même imaginer un scénario catastrophe, s'inquiète-t-il, un service anti-terroriste qui doit utiliser cette application qui va perdre énormément de temps, qu'est-ce qu'il en sera si l'on arrive à quelque chose de dramatique ?"

Au bout de la chaîne, les magistrats, eux aussi s'alarment, car les conséquences sur leur travail sont nombreuses. Selon Jackie Coulon, secrétaire national de l'union syndicale des magistrats, il arrive que des écoutes ne soient pas enregistrées. Des preuves manquent alors au dossier et "c'est préjudiciable pour la manifestation de la vérité dans le cadre de dossiers de criminalité organisée, voire de terrorisme".

Thales aux abonnés absents

Les griefs sont nombreux : perte de SMS, impossibilité d'écouter plus de quarre communications en même temps etc. Quant à la géolocalisation des téléphones, elle n'est toujours pas prise en compte par la PNIJ. Cela devrait être effectif en 2018.

Thales, chargé du développement de la plateforme, répond aux abonnés absents. Le groupe ne communique plus sur le sujet, "sur demande du ministère de la Justice".

600 000 communications interceptées par semaine

A la Chancellerie, on assure que la plateforme fonctionne. Selon le porte-parole, Youssef Badr, 600 000 communications et 900 000 messages sont interceptés par semaine. Quant aux dysfonctionnements, il ne les nie pas : "Avant, quand nous passions par les opérateurs privés, il y avait déjà des bugs. Sauf qu'en fait, il n'y avait aucune visibilité parce qu'on partait du principe que l'on demandait à des prestataires privés, et cela faisait presque partie du marché. Aujourd'hui la PNIJ concentre un certain nombre de critiques qui sont à mon sens injustifiées, à partir du moment où vous centralisez tout, quand on se donne les moyens d'avoir un outil complexe et ambitieux, forcément vous centralisez quelque part toutes les difficultés techniques".

Rendre public les audits

Il faut un temps de rodage, selon la Chancellerie. Mais ce temps dure depuis des années, dénonce le Syndicat des Cadres de la Sécurité Intérieure, par la voix de son porte-parole, Christophe Rouget, qui réclame une mission parlementaire "pour faire la lumière sur ce système et rendre public les audits réalisés sous le gouvernement précédent". Il faut arrêter d'invoquer le secret défense dans ce dossier, s'agace-t-il.

Le syndicat dénonce aussi le gouffre financier de la PNIJ. Initialement prévue à 100 millions d'euros, son coût devrait dépasser les 180 millions d'euros l'année prochaine.

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