LE DIRECT
image par défaut

En France, les enfants Roms privés d'école

4 min

9 000 enfants vivent dans des bidonvilles en France. D'expulsions en expulsions, ces enfants "invisibles" sont privés d'un droit fondamental : le droit à l'éducation. Depuis 30 ans, l'enseignement catholique tente pourtant de les scolariser via des "Camions écoles". Reportage en Seine-Saint-Denis.

image par défaut

En France, avoir le droit d'aller à l'école ne va pas toujours de soi. Une récente étude du CDERE, le collectif pour les droits de l'enfant Rom à l'éducation, est sans appel : plus de la moitié des 6-18 ans ne sont pas scolarisés et c'est encore pire pour les adolescents, surtout chez les filles, où la non scolarisation dépasse les 90%. En cause, le refus des maires d'inscrire les enfants à l'école comme ce fût le cas récemment avec le maire DVD de Saint Ouen. Un enfant de 8 ans pourtant apte à rejoindre l'école ordinaire s'est vu privé de scolarité sous ce prétexte:

Je ne peux plus digérer toute la misère du monde (William Delannoy, maire de Saint-Ouen)

Le constat : des expulsions à répétition

Pour la plupart des élus locaux, la seule solution envisagée face aux bidonvilles est l'expulsion. Ainsi, en juillet dernier, au moins 30 lieux de vie ont été expulsés avec au moins 800 enfants qui se retrouvent de fait en rupture de parcours scolaire.

C'est exactement comme ça que la France se retrouve championne d'Europe des bidonvilles. Les expulsions engendrent les bidonvilles. C'est un cercle vicieux. (Clotilde Bonnemaison, de l'association Rom Europe)

En France, il y a donc aujourd'hui pas moins de 530 bidonvilles et des enfants qui souvent n'ont jamais mis les pieds dans ce qu'ils appellent une "vraie école". Claudia, 13 ans, est traumatisée par ces expulsions à répétition.

Écouter
4 min
La police vient, elle casse nos baraques, nous devons fuir et nous n'allons jamais à l'école!

Une passerelle vers l'école : l'Antenne Scolaire Mobile

Depuis les années 1980, à l'initiative d'un frère des écoles chrétiennes, Camille Véger, l'enseignement catholique sous contrat fait tourner des Camion-écoles ou Antenne Scolaire Mobile dans toute la France et notamment dans le 93.

A Saint-Denis et à Saint-Ouen, où deux bidonvilles sont menacés d'expulsion d'ici la fin de semaine, 3 enseignantes accueillent deux fois par semaine une cinquantaine d'enfants dans des camions transformés en salles de classe. L' objectif : leur apprendre le français, la lecture, l'écriture, le calcul, afin qu'ils puissent intégrer une classe UPE2A, ces classes d'accueil pour enfants allophones.

On se régale dans ce travail avec ces enfants, mais la difficulté c'est que les expulsions nous obligent à chaque fois à tout recommencer à zéro. (Clélia enseignant de l'Antenne Scolaire Mobile)

Pourtant des initiatives d'intégration existent qui fonctionnent

Depuis 2012, une circulaire gouvernementale impose que toute évacuation de bidonville soit anticipée et accompagnée. Rarement respectée, elle l'est par exemple à Toulouse, Strasbourg ou Ivry, où les familles Roms sont relogées et les enfants scolarisés. Mais pour cela il faut du temps et des moyens, or la plupart des élus préfèrent aujourd'hui botter en touche arguant que c'est la compétence de l'état.

Il faut bien se rendre compte que s'il y a un racisme qui dépasse tous les clivages politiques en France c'est bien le racisme anti-Roms. Ce racisme politisé à l'extrême en 2010 est aujourd'hui présent partout. Les Roms ne sont pas considérés simplement comme des pauvres mais comme des pauvres dangereux. (Baptiste Pascal d'Audaux médiateur d'Aset 93)

Chroniques

7H40
18 min

L'Invité des Matins

La prochaine crise sera-t-elle bancaire ?
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......