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La France est cette année l'invitée d'honneur de la Foire internationale du livre de Francfort

Les auteurs, oubliés de l'industrie du livre

5 min

Derrière les discours politiques qui louent les créateurs, derrière l'image fantasmée de l'écrivain à succès, la réalité économique des 260 000 auteurs et artistes est peu enviable. Des sociétés d'auteurs européennes tentent donc de s'unir pour faire valoir le droit des auteurs.

La France est cette année l'invitée d'honneur de la Foire internationale du livre de Francfort
La France est cette année l'invitée d'honneur de la Foire internationale du livre de Francfort Crédits : Boris Roessler/dpa/picture-alliance/Newscom/MaxPPP - Maxppp

Avec plus de 23 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 500 000 emplois, le livre est la première industrie culturelle européenne. La Foire internationale du livre de Francfort consacre chaque année cette bonne santé économique. Mais tout le secteur ne tire pas son épingle du jeu. Les libraires, surtout indépendants, sont à la peine. Mais aussi, même si c'est moins connu : les auteurs.

Trop faibles droits d'auteurs

C'est un fait presque admis, un usage encore bien ancré dans les mentalités : derrière les icônes de quelques grands auteurs à succès, un "écrivain ce n'est pas un métier ; écrire ce n'est pas un travail !" Alors, la plupart des auteurs ont un autre métier qui leur permet de vivre et... d'écrire.

C'est ce que révèle une étude remise en mars 2016 au ministère de la Culture. L'immense majorité des auteurs ne vit pas de sa plume même si leurs livres se vendent très bien. En cause, les droits d'auteurs, trop faibles.

Les auteurs sont aujourd'hui et plus que jamais dans une situation catastrophique. Ils se payent à peine un smic et certains sont même sous le seuil de pauvreté, vous vous rendez compte ?

Maris Sellier, présidente de la société des gens de lettres

La SGDL a donc décidé de s'inviter à la Foire internationale du livre de Francfort afin d'interpeller le président Macron sur la situation financière des auteurs européens. Elle lui a remis une lettre co-signée avec des sociétés d'auteurs allemandes, italiennes et espagnoles.

Les moins bien lotis : les auteurs jeunesse

Car un auteur négocie seul avec son éditeur, qui, lui, est accompagné parfois d'une armée de juristes, de commerciaux et de communicants. D'abord, il discute de l'à-valoir, c'est-à-dire le versement d'une avance en prévision du succès de son livre. Dans la fourchette haute, ces "à-valoir" tournent en moyenne autour de 6000 euros, et en médian autour de 2000 euros.

Ensuite, l'auteur négocie le pourcentage qu'il perçoit sur la vente du livre. Pour la littérature adulte, il touchera autour de 10% du prix du livre. Mais ce pourcentage dégringole à 6 voire à 1% du prix du livre dès qu'il s'agit d'un ouvrage jeunesse.

Les ouvrages de Samantha Bailly, 28 ans, qui a déjà publié 20 romans jeunesse.
Les ouvrages de Samantha Bailly, 28 ans, qui a déjà publié 20 romans jeunesse. Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

Comment voulez-vous vivre avec un tel pourcentage, même avec un fort succès ? Il faut une meilleure répartition de la valeur économique. Nous, auteurs jeunesse, nous sommes victimes d'une forme de mépris parce que nous écrivons pour les enfants et que nous sommes principalement des femmes.

Samantha Bailly, présidente de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse.

La surproduction

A cela s'ajoute la surproduction dans l'industrie du livre. Il y a 30 ans, 25 000 ouvrages étaient publiés chaque année en France. Aujourd’hui, il y en 68 000. Les auteurs de plus en plus nombreux sont de plus en plus fragiles. Les libraires sont débordés et les lecteurs déboussolés. De l'autre côté de la chaîne, ce sont les grands diffuseurs du livre qui en tirent profit.

Mais attention de ne pas opposer les gentils auteurs aux méchants éditeurs. Si les flux de livres créent du profit, l'objectif d'un éditeur est encore et toujours de faire un best seller.

Vincent Monadé, président du Centre National du Livre

En attendant, les auteurs français tirent la sonnette d'alarme. L'augmentation de la Contribution sociale généralisée (CSG) prévue pour 2018 va grever encore leur budget. Car les auteurs sont rémunérés une fois par an, via des chiffres de ventes de livres toujours très opaques. Ils n'ont pas de cotisations chômage et ne pourront donc pas bénéficier du rattrapage prévu pour le reste des salariés. Ils demandent très vite à être entendus par le gouvernement sur ces questions.

Par Cécile de Kervasdoué

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