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Le numérique peut-il réinventer la politique ?

5 min

Les outils numériques peuvent-ils aider à combler le fossé entre le peuple et ceux qui aspirent à le représenter ?

Il y a certainement un "fantasme numérique" qu'on aimerait bien aussi pouvoir appliquer à la politique : créer des logiciels et des applis pour que le monde entier communique mieux. Pour qu'élus et citoyens se retrouvent enfin. Arthur Muller, cofondateur du cabinet "Liegey Muller Pons", engagé notamment avec le mouvement "En marche" d'Emmanuel Macron, avoue faire du business, mais affirme aussi vouloir favoriser l’écoute et la participation des citoyens.

Notre philosophie, c'est que pour faire une bonne campagne électorale, il faut allier les nouvelles technologies pour cibler les électeurs à qui on veut parler... et le contact humain, en porte à porte. Nous, on fait de l'analyse de données, et on est capable de dire pour qui vote une personne, rien qu'en connaissant son adresse.

Les études réalisées par "Liegey Muller Pons" pour Emmanuel Macron seront incomparativement plus précises que celles que le trio avait réalisées, déjà, pour François Hollande, en 2012. Grâce à l’open data, l’ouverture des fichiers publics (de l’Insee ou du ministère de l’intérieur), ils arrivent désormais à découper la France en des milliers de carrés, de plus en plus petits, et précis. Pour Benoît Thieulin, directeur de l’école de la communication de Sciences Po, ces analyses sont des mines d'or pour les politiques.

Le numérique permet de cibler un électeur, et en analysant son parcours, de lui envoyer une information à laquelle il sera particulièrement sensible, et d'avoir l'occasion de la développer. Quand vous allez parler à tout le monde sur un média, votre discours sera très général. Alors qu'avec l'hyper-ciblage, vous allez pouvoir approfondir.

Le risque est grand d’entendre à l’avenir de plus en plus de discours politiques catégoriels. 

Et les réseaux sociaux y seront pour quelque chose. Car leurs données aussi, pourront bientôt être croisées. À condition, aux termes de la loi “informatique et libertés”, de ne pas aller jusqu’à identifier les électeurs. La CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) veille, bien sûr, mais reste à savoir combien de temps les croisements de fichiers continueront à se faire à portée de ses radars, et quels moyens seront développés pour cibler encore un peu plus un électeur, qui risque de se sentir plus que jamais la proie du marketing électoral. Thierry Vedel est chercheur au Cevipof.

Certains groupes, notamment parmi les communicants modernes, tentent d'introduire plus de liberté, en argumentant sur la nécessité de toucher tous les électeurs. Comme si on avait des difficultés à toucher tous les électeurs. Alors que le principal problème est d'écouter les électeurs, et ensuite, d'élaborer un message qui convienne à l'électorat. C'est extrêmement difficile.

Est-ce que le numérique va permettre de donner corps à une vraie politique participative, grâce notamment aux plateformes citoyennes ? Ou est-ce que le clientélisme 2.0 sera roi, en 2017 ? Quoi qu'il en soit, et malgré toutes les bonnes intentions affichées, il n’est pas du tout certain que les choses changent fondamentalement. Aux États-Unis, toute la technologie du monde n’a pas permis cette année, ni d’éviter le phénomène Trump, qui a fait une campagne pratiquement sans numérique. Ni même aux "data-scientists" les plus aguerris... de le voir venir.

Chroniques

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