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Le candidat Emmanuel Macron, le 7 avril 2017, à Vescovato, en Corse

Corse : les lignes rouges de l'exécutif

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Emmanuel Macron arrive en Corse, deux mois après la victoire des nationalistes. Ces derniers attendent des réponses à leurs principales revendications mais qui semblent toutes être autant de lignes rouges pour l'exécutif. Reportage de Ludovic Piedtenu.

Le candidat Emmanuel Macron, le 7 avril 2017, à Vescovato, en Corse
Le candidat Emmanuel Macron, le 7 avril 2017, à Vescovato, en Corse Crédits : Eric FEFERBERG - AFP

Quel avenir institutionnel pour la Corse ? Emmanuel Macron doit apporter des éléments de réponse au cours de sa première visite sur l'île depuis son élection. Il arrive ce matin à Ajaccio pour une cérémonie en mémoire du Préfet Erignac assassiné il y a 20 ans jour pour jour, le 6 février 1998. Une séquence mémorielle en prélude à des séquences plus politiques, et notamment un discours attendu demain, mercredi après-midi à Bastia.

C'est là qu'il devrait apporter des réponses aux principales revendications des nationalistes mais qui semblent toutes être autant de lignes rouges pour l’exécutif.

  • Pas question d’accéder à la demande d’amnistie des prisonniers dits politiques. Mais juste de rapprocher quelques détenus sur l’île. 
  • Pas question non plus de reconnaître la co-officialité de la langue corse, qui déboucherait sur un bilinguisme dans l’administration.
  • L’exécutif ne veut pas non plus d’un « statut de résident » qui permettrait d’acheter un bien après seulement plusieurs années passées sur l’île. 

En résumé, le chemin est étroit pour Emmanuel Macron s’il ne veut pas juste donner l’impression de tout refuser, analyse André Fazi, maître de conférences en sciences politiques à l’Université de Corse.

Avec la Corse, Emmanuel Macron a beaucoup à perdre et assez peu finalement à gagner du point de vue de l’opinion, selon André Fazi.

André Fazi, maître de conférences en sciences politiques à l'Université de Corse à Corte
André Fazi, maître de conférences en sciences politiques à l'Université de Corse à Corte Crédits : Ludovic Piedtenu - Radio France

Ne pas accéder à la demande des nationalistes, ne pas avancer sur leur terrain serait interprété par ce camp comme un déni de démocratie. Parce qu’ils sont devenus pour la première fois majoritaires depuis décembre 2015 puis encore lors des élections territoriales de décembre 2017.

Ils ont installé le 1er janvier dernier la Collectivité unique de Corse avec des pouvoirs propres. C'est en soi, déjà, un élément de différenciation important pour beaucoup de forces politiques qui sont, certes, devenues minoritaires au fil des récents scrutins. Mais elles mettent en avant la très forte abstention. Il existerait donc une majorité silencieuse qu’Emmanuel Macron pourrait choisir d’entendre, estime cet ex-Les Républicains, devenu régionaliste de droite Jean-Martin Mondoloni.

Les nationalistes ont fait 56%, l'opposition 44% ! insiste Jean-Martin Mondoloni.

Jean-Martin Mondoloni, régionaliste de droite, à Corte
Jean-Martin Mondoloni, régionaliste de droite, à Corte Crédits : Ludovic Piedtenu - Radio France

Le jeu politique en Corse est fait de multiples nuances propices à la politique du « en même temps » d’Emmanuel Macron

A Ajaccio, le maire, Laurent Marcangeli est de la même génération que le chef de l'Etat. C’est un ancien juppéiste, donc proche du Premier ministre Edouard Philippe. Laurent Marcangeli a choisi - il nous l’a dit en exclusivité - de ne plus payer sa cotisation au parti Les Républicains. Encore un ! Et qui va passer aujourd’hui un long moment avec le chef de l’Etat. Il lui suggère de passer au-dessus des partis politiques et de s'adresser directement aux Corses.

Demain, mercredi après-midi, dans son discours de Bastia, Emmanuel Macron en dira plus. Il pourrait proposer d’inscrire dans la Constitution un « droit à la différenciation ». Et cela à l’occasion de la réforme institutionnelle qu’il entend conduire d’ici à la fin de l’année.

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