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Une manifestation à Caracas contre le manque de nourriture, le 28 décembre 2017.

Les Vénézuéliens touchés de plein fouet par la crise économique

4 min

La crise économique gangrène le Venezuela. L'inflation ne cesse de gonfler, elle est hors de contrôle, et les habitants doivent se serrer la ceinture. L'argent liquide manque. Les denrées alimentaires également. Reportage de Julien Gonzales à Caracas.

Une manifestation à Caracas contre le manque de nourriture, le 28 décembre 2017.
Une manifestation à Caracas contre le manque de nourriture, le 28 décembre 2017. Crédits : Federico Parra - AFP

Le Venezuela est plongé en plein paradoxe. D'un côté, le pays dispose des plus importantes réserves de pétrole au monde, de l'autre, il manque de nourriture et de médicaments.

Touché par l'effondrement des cours du brut depuis 2014, le Venezuela, qui tire 96% de ses revenus du pétrole, souffre d'un manque de devises. Il est aussi étranglé par les sanctions américaines. L'inflation est hors de contrôle : elle serait de 13 000% en 2018, selon les dernières estimations du FMI.   

Et la crise économique est doublée d'une crise politique. Les hausses du salaire minimum et les bons d'alimentation ne changent rien au quotidien des Vénézuéliens. Les files d'attente sont interminables devant des magasins aux rayons clairsemés, alors que l'argent liquide manque. 

Reportage à Caracas pour France Culture de Julien Gonzalez, correspondant de RFI au Venezuela.

"Rien que depuis début décembre, je pense que les produits de base ont presque augmenté huit fois"

Résident de Las Minas, un quartier pauvre au sud de Caracas, Hector travaille presque huit heures par jour mais il s'en sort à peine. Ce samedi, il s'est rendu au marché de Quinta Crespo, au centre de la capitale, "pour ramener ce qu'il pourra". Car, selon ce mototaxi, la situation est chaque jour plus difficile : 

J'ai dépensé environ 1 million de bolivars pour acheter un carton d'une vingtaine d’œufs, 2kg de fromage, des tomates et des oignons. Même pas la peine de regarder de la viande, ni du poulet, je n'ai absolument pas assez en ce moment ! Depuis des mois, on mange beaucoup moins de viande à la maison. Mon salaire ne suffit pas et les prix montent tout le temps. Rien que depuis début décembre, je pense que les produits de base ont presque augmenté huit fois. Cette situation me rend complètement triste. 

Si les files d'attente persistent devant des magasins quand un produit est livré, les Vénézuéliens sont aussi nombreux à faire la queue devant les banques. Retraitée depuis peu, Teresa vient retirer de l'argent liquide. Mais depuis des mois, de nombreux distributeurs n'ont plus de cash ou sont hors service : 

J'ai été à la banque tous les jours la semaine dernière, je suis à la banque Venezuela qui est une banque de l'Etat, et il n'y avait pas d'argent liquide. Je vais réessayer de nouveau aujourd'hui, mais je n'y crois pas. C'est nécessaire d'avoir du cash parce que parfois les terminaux de cartes bleues ne marchent pas, les commerces te demandent alors du liquide mais je n'en ai pas. En 50 ans, c'est la première fois que le pays est dans une situation pareille où on manque de tout. Cela n'a aucun sens : dans un pays riche comme le Venezuela, riche en pétrole et en minéraux, comment c'est possible que nous, les Vénézuéliens, nous vivions une telle Odyssée, surtout pour acheter de quoi manger !

Un sentiment que partage aussi Sandra. Cette employée d'une papeterie montre ce que contient son frigo : environ 1 kg de viande, des œufs, de la farine et un plat de pâtes. Face à l'inflation, elle est préoccupée pour elle et son mari bien sûr, mais surtout pour son petit garçon qui a presque deux ans : 

Qu'est ce qui est le plus important pour un enfant ? Le lait, ça c'est le principal ; des couches jetables, de quoi l'habiller et son alimentation en général. Et tout ça manque au Venezuela ! C'est désespérant : il arrive parfois que je ne puisse pas lui donner un verre de lait tous les jours parce que je dois économiser la bouteille. Même chose pour les couches. Dès 6 mois, les parents utilisent des couches en tissu et non jetables parce que c'est introuvable et s'il y en a, elles coûtent très cher. Ce sont des choses très difficiles à assumer devant son enfant ! 

Le 11 janvier dernier, à Caracas, les rayons de ce supermarché sont vides...
Le 11 janvier dernier, à Caracas, les rayons de ce supermarché sont vides... Crédits : Juan Barreto - AFP

Système D et métiers démultipliés

Une situation de crise qui force les Vénézuéliens à avoir plusieurs métiers. Certains sont employés la journée, chauffeur de taxi la nuit. D'autres, comme Alejandra, ont recours à une espèce de système D. Cette employée d'une agence immobilière gagne très peu. Alors pour tenter tant bien que mal de boucler ses fins de mois, elle vend un peu de tout sur les réseaux sociaux. 

J'ai vendu ma bicyclette, j'ai vendu des tas d'objets personnels, des vêtements, des bijoux en or, et même des valises... Je publie mes offres sur les réseaux sociaux ou je paie sur des sites spécialisés pour dire ce que je vends, des choses nouvelles comme d'occasion. C'est une manière pour avoir de l'argent en plus pour survivre face à cette crise. Mais je ne vois pas la lumière au fond du tunnel, je sens que la situation va s'empirer alors je pense à quitter le Venezuela parce que c'est très difficile de rester ici.

Une résignation qui semble prédominer chez de nombreux Vénézuéliens. D'autant que les prévisions sont particulièrement pessimistes pour cette année : le Fonds Monétaire International estime que l'inflation au Venezuela pourrait avoisiner les 13 000%.

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