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Près de 250 Roms, venus de Roumanie et de Bulgarie, habitent encore le bidonville.

Les habitants du dernier bidonville de Paris se préparent à une quatrième évacuation

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La justice, saisie par le propriétaire du site (SNCF Réseau), leur avait laissé jusqu'au 10 novembre pour quitter l'ancien chemin de fer où leurs cabanes sont installées, à Paris. Malgré la menace d'expulsion, ces familles roms, originaires de Roumanie, poursuivent leurs démarches d’intégration.

Près de 250 Roms, venus de Roumanie et de Bulgarie, habitent encore le bidonville.
Près de 250 Roms, venus de Roumanie et de Bulgarie, habitent encore le bidonville. Crédits : Pierre-Eliott Buet

Ils sont environ 250 Roms, essentiellement venus de Roumanie, entassés dans des conditions de vie déplorables dans le bidonville de la Petite ceinture, au nord de Paris, porte des Poissonniers.

Depuis qu'une quatrième menace d’expulsion pèse sur eux, les habitants du bidonville préfèrent tenir les journalistes à l’écart. Mais Valentine Joubin a pu en rencontrer certains. Ainsi, Albert, un jeune Roumain de 18 ans, est arrivé en France il y a huit mois environ, avec sa femme, ses parents et ses trois petits frères. Toute la famille vit dans une cabane faite de tôle et de bois, "c'est la saleté là-bas, c'est pas possible de vivre !" Le jeune homme n'en dira pas plus sur ses conditions de vie et préfère parler de ce qui le motive, comme l'apprentissage du français : 

J'ai appris le français avec une association, Hors-la-rue, et j'ai appris dans la rue aussi. Si tu parles pas le français, t'es mort ! Façon de parler.

Albert a aussi et surtout entamé un service civique avec une autre association, Les enfants du canal. Il encadre les activités des enfants du bidonville : 

Je ramène les petits au parc, je joue avec eux. On a un projet de film, un abécédaire. Chaque enfant dira une lettre et un mot en français qui commence par cette lettre. 

La scolarisation des enfants, première voie d'intégration

D'après la mairie et les associations, une vingtaine d'enfants du bidonville seraient inscrits dans les écoles du quartier. Une démarche d'intégration des familles qui doit être encouragée estime Livia Otal, de l'association Les enfants du canal. 

Beaucoup d'entre-elles sont connues pour avoir déjà vécu au même endroit. Malgré les conditions difficiles et malgré les expulsions, une partie d'entre-elles a réussi à scolariser les enfants. Ce sont de vrais changements de parcours de vie. Il y en a beaucoup qui espèrent pouvoir obtenir une place, peut-être, en hôtel mais stable à partir de laquelle elles pourront déployer des efforts pour, même localement, scolariser les enfants, trouver un travail. Elles espèrent juste que les solutions soient pérennes.

Être logé ou garder son travail, il faudra sans doute choisir

Pour le moment, le même scénario se profile. L'évacuation du bidonville, quelques nuits d'hôtel proposées et pas forcément dans le même secteur. "On fera au mieux, en fonction des typologies familiales et des disponibilités, explique Jérôme Normand, sous préfet d’Île-de-France. 

Il y a 100.000 personnes hébergées dans la région tous les jours, donc la situation est extrêmement tendue. La priorité ira aux personnes vulnérables et aux parents d'enfants scolarisés.

Jérôme Normand est en charge du dossier depuis la première installation du bidonville, il y a quatre ans, et il estime que 

Beaucoup de personnes à qui on propose des hébergements les refusent. Parce que ce n'est pas compatible avec leur activité de ferraillage, parce que c'est trop loin.

Un projet de chantier d'insertion en suspens

La récupération et la revente de ferraille est, en effet, la source de revenu principale des familles roms. D'autres habitants ont des emplois dans la restauration ou le bâtiment. Des compétences que l'association Bâtisseurs de cabanes a décidé de valoriser dans le cadre d'un projet de chantier d'insertion. André Feigeles en  est l'un des initiateurs :

Il s'agit d'un projet d'apprentissage du français, d'insertion et d'accès au droit mais aussi d'insertion professionnelle. Les gens apprendraient à construire des maisons en bois. On a quand même une personne qui était étudiant en architecture, quelqu'un qui a fait de la charpente et de la menuiserie. Des compétences de base qui pourraient servir pour qu'au moins une personne par famille puisse avoir un tel métier et puisse rapidement s'insérer sur le marché du travail en France.

"Une idée intéressante", dit la mairie de Paris. Mais il reste à trouver des investisseurs et un terrain où installer ces maisons en bois. Cela fait maintenant plus de deux ans que le projet est en attente.

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