LE DIRECT
La France a prévu d’accueillir 10 000 réfugiés d'ici fin 2019.

Migrants : "Ce qui est terrifiant aujourd'hui, c'est l'hypocrisie de la France"

4 min

La France ne remplit pas ses objectifs concernant l'accueil des migrants. Suite aux guerres ou au contexte économique difficile de certains pays, les réfugiés sont plus nombreux à arriver. En 2016, 225 000 titres de séjour ont été délivrés en France, soit une augmentation de 5% par rapport à 2015.

La France a prévu d’accueillir 10 000 réfugiés d'ici fin 2019.
La France a prévu d’accueillir 10 000 réfugiés d'ici fin 2019. Crédits : Cyril Dodergny - Maxppp

Amdhi* est Djiboutien (son prénom a été modifié pour sa sécurité), il survit en France depuis 4 mois. Ce professeur d'histoire-géographie est persécuté dans son pays à cause de ses opinions politiques. Selon lui, le "pays des droits de l'Homme", comme il l'appelle, ne joue pas son rôle dans l'accueil des réfugiés : 

Je pense que la France ne joue plus une place prépondérante en matière de droits humains. On peut comprendre les crises financières, tout ça, mais nous sommes quand même au pays des droits de l'Homme. Franchement, si on n'est pas bien accueilli ici, alors je me demande comment cela doit être ailleurs. 

Les migrants n'ont plus le droit de se regrouper pour éviter la construction de nouveaux camps

En juillet dernier, Emmanuel Macron avait annoncé qu'il n'y aurait pas de migrants dans les rues cet hiver. Même si les associations reconnaissent des améliorations dans l'accueil des personnes en difficultés, il reste quelques migrants isolés qui refusent d'aller dans les centres d'hébergement d'urgence car ils savent que leurs empreintes sont déjà fichés dans un autre état européen. La France peut donc les renvoyer dans ce pays, selon le règlement de Dublin. Les consignes des forces de l'ordre sont d'éviter les constructions de camps, comme à Calais. Les migrants, eux, sont systématiquement dispersés lorsqu'ils se regroupent. 

Aujourd'hui, les associations connaissent des difficultés pour aider les migrants car ils ne sont pas regroupés dans un seul et même endroit. Anne-Marie est responsable de l'association Solidarité Migrants Wilson, à Paris. Elle offre des petits-déjeuners aux réfugiés et aux personnes en difficultés : 

Ce qui est terrifiant aujourd'hui, c'est l'hypocrisie de la France. Les messages forts donnés à la une des journaux ne sont pas les mêmes que sur le terrain. Comme les migrants sont dispersés, on a l'impression d'en voir moins. Même les bénévoles qui me donnent des coups de mains m'appellent pour me demander "est-ce qu'avec tout ce que l'on entend dans la presse, est-ce utile que je vienne ?" Je leur dit oui, il faut venir, car il y a du monde chaque matin. 

Le président de la République a promis d'accueillir 10 000 réfugiés d'ici fin 2019, notamment grâce aux programmes mis en place avec l'Ofpra (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) dans des pays comme le Niger et le Tchad. Anne-Marie en a marre d'entendre des chiffres sans jamais d'actes concrets derrière : 

Je ne crois pas du tout en ces chiffres. Ce sont des choses balancées en l'air pour rassurer les gens peut-être. Ce que je constate, lorsque les migrants reçoivent des lettres du gouvernement, on leur demande de rentrer là d'où ils viennent ou dans les pays où ils ont déposé leurs empreintes pour la première fois, souvent en Italie et en Grèce. Je ne vois pas de cas d'accueil, j'en vois très peu. 

Évacuation du camp de migrants de la Porte de la Chapelle, à Paris, en août dernier
Évacuation du camp de migrants de la Porte de la Chapelle, à Paris, en août dernier Crédits : Guillaume Georges / Le Parisien - Maxppp

La France n'a relocalisé que 5 000 réfugiés, loin des 24 000 annoncés il y a deux ans par François Hollande

Les 25 premiers réfugiés sont arrivés début décembre en France. Ils ont été accueilli par Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur. Les chiffres avancés peuvent-ils être tenus ? Certains spécialistes en doutent, car depuis deux ans, la volonté politique de la France n'est pas d'accueillir les réfugiés. En 2015, l'ancien président de la République, François Hollande, avait promis d'accueillir 24 000 réfugiés relocalisés, c'est-à-dire des réfugiés qui ont déposé leurs empreintes dans un pays européen mais qui peuvent vivre dans un autre pays de l'Union Européenne. L'Europe souhaitait relocaliser plus de 100 000 réfugiés dans les 28 états membres, mais deux ans plus tard, seulement 33 000 l'ont été. La France, elle, en a accueilli moins de 5 000, loin des objectifs fixés par Bruxelles. 

Pour répondre à l'afflux de migrants qui sont toujours plus nombreux à arriver en France chaque année, l'Etat a prévu la création de 7 500 places supplémentaires dans les centres pour les demandeurs d'asiles et 5 000 places dans les centres d'hébergements provisoires. 

Reportage de François-Pierre Noel

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......