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250 lits de camp ont été installés par la Mairie de Paris et Emmaüs Solidarité dans un entrepôt mis à disposition par une une société privée, porte de la Villette

Plan grand froid : l'hébergement d'urgence, et après ?

4 min

Au lendemain d'une nouvelle nuit glaciale en France, la priorité des autorités reste la mise à l'abri des personnes vivant dans la rue. Au-delà des mesures d'urgence, elles demandent des solutions durables.

250 lits de camp ont été installés par la Mairie de Paris et Emmaüs Solidarité dans un entrepôt mis à disposition par une une société privée, porte de la Villette
250 lits de camp ont été installés par la Mairie de Paris et Emmaüs Solidarité dans un entrepôt mis à disposition par une une société privée, porte de la Villette Crédits : Charlotte Lalanne - Radio France

Le froid a atteint son pic dans la nuit mardi, avec des températures négatives sur la majeure partie de la métropole. 

Soixante-douze départements sont en plan grand froid, un dispositif d'urgence qui a permis de débloquer 5 300 places temporaires de plus pour héberger les sans-abri.  

Encore faut-il que les premiers concernés s'y rendent. Les associations multiplient les maraudes pour aller à leur rencontre, mais aussi pour préparer une vie après la rue.

"Ce soir, il va faire -2°C -3°C, donc l’objectif est qu'ils ne passent pas cette nuit dehors." - Laurent, bénévole à la Croix-Rouge

Laurent est bénévole à la Croix Rouge depuis un an et demi. Avec trois autres maraudeurs, il sillonne en camionnette les rues du 9e arrondissement de Paris. En plan grand froid, les maraudes, habituellement limitées à trois par semaine, sont quotidiennes. 

"Il y a quelques semaines, une dame sans-abri est décédée dans le 9e arrondissement, raconte-t-il. Nous l'avions rencontré deux jours plus tôt. Quand on entend ça dans la presse, ça passe entre deux lignes d'information, mais quand a vu la personne quelques jours avant, ça marque..." 

Les bénévoles essaient à tout prix de convaincre les sans-abri d'accepter un toit éphémère. Défi réussi pour Jean-Marc, l'homme sera accompagné dans la soirée dans un gymnase. Peine perdue en revanche pour 15 autres personnes, dont Yon, 50 ans, couché sur une bouche d'aération avec son fils Constantino, 22 ans.

"Je préfère dormir dans la rue parce que dans les foyers, il y a beaucoup de personnes malades, avec des poux" estime Yon.

Pour Yon et son fils, ce sera donc un café et une soupe chaude, mais aussi cette précieuse main tendue : "Ici, tu as toutes les adresses pour faire la domiciliation" lui explique un bénévole, livret de la Croix Rouge en main.

"C'est très important pur moi, pour arriver à travailler et ne pas rester dans la rue : travailler en cuisine, faire la vaisselle, sur un chantier. Aujourd'hui je ne peux pas car je n'ai pas d'adresse."

Identifier les besoins de chacun

Voilà à quoi servent également ces maraudes : identifier les besoins de chacun, car dans la rue il y a tous les types de profils

Abou a 22 ans, lui travaille en ce moment dans le bâtiment. Il a accepté de passer la nuit au chaud, dans l'une des salles mises à disposition par la Mairie au nord de Paris.

"Il m'arrive de ne pas dormir pendant quelques nuits" témoigne-t-il. Avec le froid, il lui a fallu trouver des solutions : "dormir dans les TGV, dans les bus de nuit." 

Pour une solution pérenne, il faudra encore attendre. Le jeune homme a demandé un logement social, sans réponse. "Chaque année, c'est la même musique, regrette-t-il. Les gymnases ouvrent, mais c'est dommage qu'il n'y ait pas de retombées concrètes. Par exemple, il y a beaucoup de locaux vides, ils pourraient être transformés en foyers jeunes travailleurs ou Centres d'hébergement et de réinsertion sociale."

Adapter les solutions et anticiper

Sur le terrain, les associations réclament une vision à long terme :  plus de structures, mieux adaptées aux différents publics, souligne la directrice générale d'Emmaüs Solidarité, Aurélie El Hassak-Marzorati : "Par exemple, permettre à un homme avec un chien de dormir dans un centre d’hébergement d'urgence qui accueille les chiens." 

D'autres initiatives innovantes pourraient être suivies, juge-t-elle, à l'image du projet Coccon à Montpellier, semblable à un petit kiosque mobile avec un lit et des sanitaires. L'intérêt ? "Il peut se déplacer au plus proche du trottoir sur lequel vit le SDF, ce qui permet de lui réapprendre progressivement à vivre avec autour de lui quatre murs et au dessus de sa tête un toit". 

Diversifier les modes d'hébergement, la Croix Rouge y encourage également. Par exemple avec des logements adaptés comme les pensions de famille, proposées par l'association : "progressivement on accompagne les personnes à devenir de plus en plus autonomes, jusqu’au retour en logement de droit commun" explique Jean-Christophe Combe, directeur général de l'organisme. "On leur permet d'accéder à leurs droits sociaux, on les forme pour revenir vers l'emploi, on leur donne accès aux soins."

Enfin, pour les associations il est indispensable d'anticiper la fin du plan hivernal. "Aujourd'hui, la question n'est pas tant celle du nombre de places d'hébergement d'urgence que l'accompagnement des personnes sur le long terme" constate ainsi Jean-Christophe Combe. 

"Il faut qu'on change de paradigme, qu'on arrête de ne s'inquiéter de la situation des personnes à la rue que quand il fait très froid ou chaud" insiste-t-il.

Autrement dit en finir avec la multiplication des dispositifs éphémères d'urgence et passer à un accompagnement "sur mesure" et privilégier le logement d'abord.

Le ministre de la cohésion des territoires en a fait la promesse début septembre. Il prévoit notamment la création de 40 000 logements très sociaux par an d'ici à 2022 et 10 000 places en pensions de familles pour les personnes isolées.  

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