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Le nouveau Palais de Justice de Paris avec ses 160 mètres de haut, n'est plus au cœur de la Cité mais Porte de Clichy,  à la périphérie de la capitale. Tout un symbole.

Un Palais de justice n'est pas qu'une administration : visite croisée de l'ancien et du nouveau Palais de justice de Paris

4 min

Jour de déménagement pour 2 500 magistrats, greffiers et personnels administratifs du tribunal de Paris. Après 4 ans de travaux et près de 2 milliards et demi d'investissements publics, le nouveau Palais de Justice conçu par Renzo Piano accueille ses premières audiences, malgré les polémiques.

Le nouveau Palais de Justice de Paris avec ses 160 mètres de haut, n'est plus au cœur de la Cité mais Porte de Clichy,  à la périphérie de la capitale. Tout un symbole.
Le nouveau Palais de Justice de Paris avec ses 160 mètres de haut, n'est plus au cœur de la Cité mais Porte de Clichy, à la périphérie de la capitale. Tout un symbole. Crédits : Michael Tubiana

Il aura fallu 9 ans, depuis la décision de Nicolas Sarkozy de faire déménager le Tribunal de Grande Instance de Paris de son palais historique. Neuf années marquées par des polémiques. D'abord sur le prix de l'investissement : 2,4 milliards d'euros versés par enveloppes de 85 millions d'euros par an pendant 27 ans au groupe Bouygues qui a assuré la construction et la maintenance. Ensuite sur l'emplacement du nouveau Palais, loin du cœur de Paris. Enfin, sur l'aspect patrimonial et symbolique de ce nouveau bâtiment.

Un Palais de justice n'est pas qu'une administration, c'est aussi une valeur. En ce sens, il doit incarner la valeur profonde presque universelle de la justice.                  
Yamina Zoutat, cinéaste.

Un bâtiment qui porte l'histoire de la Justice française

Après 12 années passées au Palais de justice de Paris sur l’île de la Cité, Yamina Zoutat, ancienne chroniqueuse judiciaire pour TF1, a décidé d'en faire un film documentaire, Retour au Palais, sorti le 6 avril dernier.  

Le Palais historique de la Cité n'abrite plus que la Cour de Cassation et la Cour d'Appel
Le Palais historique de la Cité n'abrite plus que la Cour de Cassation et la Cour d'Appel Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

Elle a tourné pendant 6 ans, seule avec une petite caméra et des micros, en se faufilant librement partout dans les 24 kilomètres de couloirs et les 6 999 portes de l'ancien Palais. Son idée : laisser une archive cinématographique de ce lieu condamné à disparaître progressivement et qui témoigne en sons, en images, et en symboles multiples, de ce qu'a été la justice en France durant deux millénaires.

Mais pas question pour elle de prendre partie contre le déménagement. Car pour nombre des 2 500 greffiers, magistrats et personnels administratif, le nouveau Palais est un soulagement.

Moi, je fais partie des pro déménagement. Nous ne pouvions pas continuer à travailler sur 6 sites différents avec des navettes en permanence. C'était une perte de temps que le justiciable paie au prix fort !, confie une employée qui veut rester anonyme. 

Lion en mosaïque sur le sol de l'ancien Palais, à l'angle de la Cour d’assises et de celle des comparutions immédiates
Lion en mosaïque sur le sol de l'ancien Palais, à l'angle de la Cour d’assises et de celle des comparutions immédiates Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France
Bureaux provisoires qui sont restés pendant 10 ans dans le Palais de justice de l'île de la Cité
Bureaux provisoires qui sont restés pendant 10 ans dans le Palais de justice de l'île de la Cité Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

Un nouveau Palais de Justice, neutre

Dans le nouveau Palais, Porte de Clichy, il n'y a pas les haches, ni de tortues, ni les têtes de lions où les symboles maçonniques qui marquent l'ancien Palais. Ce sont des terrasses, bientôt boisées, des vitres, du bois et surtout du blanc.

C'est à l'image de la justice du XXIe siècle, transparente et apaisée, avec le symbole d'un bâtiment qui monte vers le ciel, clame le directeur adjoint de la direction générale du Palais, Yves Lansoy

Sauf que l'absence de symbole a créé une polémique et qu'il a fallu en urgence convoquer une Commission pour donner un peu d'âme à ce nouveau tribunal. Des extraits de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen ont donc été apposés sur les murs de la nouvelle Salle des Pas Perdus et une balance a été rajoutée dans les salles d'audience. 

Une salle d'audience du nouveau Palais
Une salle d'audience du nouveau Palais Crédits : Nicolas Fussler

Une balance, dessinée d'un coup de crayon par Renzo Piano lors d'une séance de cette commission et qui a la particularité de ne pas être "à l'équilibre".

C'est une particularité de l'architecture de Renzo Piano : la recherche de l'équilibre. Contrairement à la justice moralisante du XIXe siècle, l'équilibre aujourd'hui, n'est plus une donnée figée, mais une démarche. Les juges sont confrontés à des questions très complexes sur la mort ou la bioéthique et doivent faire preuve d'humilité. La balance un peu déséquilibrée est à l'image de la faillibilité des institutions.                  
Antoine Garapon, magistrat, responsable de la mission sur la symbolique du nouveau Palais.

Déshumanisation de la justice ?

Quelques avocats du barreaux de Paris ont pu visiter le nouveau Palais de justice et leur constat est accablant : badges pour tout le monde, sas d'entrée permanent et séparation ostensible des professions.

C'est un lieu qui donne l'impression de la transparence tout en étant un véritable bunker. Nous, les avocats, n'avons pas accès aux magistrats et vice versa. C'est très grave parce que la justice est d'abord un lieu de parole et cela en dit long sur l'avenir de cette valeur.                  
Laure Heinich avocate au Barreau de Paris

Les avocats fustigent également les box des accusés installés dans les salles d'audience, véritables cages de verre qui permettent d'éviter les escortes policières et donc de faire des économies, mais dont la pratique est condamnée par une directive européenne d'application immédiate. 

Les mesures d'économie et de rentabilité seraient donc plus importantes que les symboles d'une justice universelle ! Pour le Conseil National des Avocats, ce nouveau Palais serait ainsi à l'image des réformes entreprises par le gouvernement qui veut aller vers la digitalisation de la justice, au risque de multiplier les injustices.

De toute façon, d'ici 50 ans, la justice aura tellement changé que nous n'aurons peut-être même plus de Palais de justice. Celui-ci est donc sans doute le dernier que nous construirons.                  
Etienne Madrange, dernier historien vivant du Palais de justice

Etienne Madrange, dernier historien vivant du Palais de justice
Etienne Madrange, dernier historien vivant du Palais de justice Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France
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