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Colonne du Largo di Torre Argentina, site archéologique à Rome, en Italie
Épisode 1 :

À Rome, le culte impérial gravé dans le marbre

58 min
À retrouver dans l'émission

Au Ier siècle avant notre ère, les représentations de l’empereur Auguste, aux traits d'Apollon, fleurissent à travers le vaste empire romain. L'enjeu est de taille : diffuser l'idée du retour d'un âge d'or et fédérer l'empire derrière un seul homme.

Reconstitution colorisée de la ville de Rome au temps de l'empereur Auguste (Ier siècle avant J.-C.)
Reconstitution colorisée de la ville de Rome au temps de l'empereur Auguste (Ier siècle avant J.-C.) Crédits : Carl Simon/United Archives/Universal Images Group - Getty

Traces d’histoire dans nos villes et, en l’occurrence, dans la Ville : Rome, où le culte impérial est gravé dans le marbre. Quelles sont ces statues qui peuplent aujourd’hui nos musées ? En pied, en buste, en fragments, elles nous viennent de l’Antiquité. Quand elles représentent des empereurs, ils sont tous là, glorieux, impassibles. Qui les a réalisées, quel est le nom de l’artiste ? D’ailleurs, pour qui ont-elles été créées ? Pour les Romains de l’Antiquité ou bien pour l’histoire ? Sans doute les deux, mais toujours pour le culte impérial. Xavier Mauduit

Dans le monde romain, une œuvre d’art n’a d’intérêt que si elle est utile. Pour être belle, une production artistique doit présenter un intérêt juridique, moral, religieux ou politique pour la communauté civique. Au moment de la République romaine, les inscriptions, les décors et les statues ne célèbrent pas les grands hommes en tant qu’individus, mais exaltent leurs valeurs morales et leurs vertus pour mieux les ériger en modèles civiques. 

À l’époque impériale, cette sémantique politique des décors publics change de dimension. Le début du règne d’Auguste marque la fin de la guerre civile et un affaiblissement considérable de la puissance hellénique. Le suicide de Cléopâtre, en -30 avant J.-C., marque le début d’une nouvelle ère. Auguste, devenu le premier empereur romain, conçoit son règne comme le retour d’un âge d’or. Les statues, les monuments, les ornements et les décors doivent montrer aux Romains que l’âge de fer est derrière eux et les nouveaux ornements choisis illustrent les valeurs de ce nouveau règne. La prolifération de représentations végétales et animales dans les décors urbains évoque une nature renaissante et luxuriante, à l’image de l’ère nouvelle qu’inaugure l’Empire.  

Les colonnes historiées, grande invention des Romains, comme la colonne Trajane ou la colonne Aurélienne, présentent des frises très longues qui s'enroulent autour du fût et deviennent totalement illisibles à partir de la moitié de la hauteur du monument. Il y a là un paradoxe que l'historien Paul Veyne avait dénoué, à mon avis, de manière très pertinente. La question n'était pas de regarder ce qu'il y avait sur la frise, mais de savoir qu'on racontait sur la frise les exploits de l'empereur Trajan ou de l'empereur Marc-Aurèle. La puissance même de l'empereur fait qu'il arrivait à s'offrir le luxe de sculptures invisibles. C'est la meilleure expression du pouvoir, puisque l'empereur fait sculpter des choses qui ne sont même pas perceptibles par un regard humain et qui s'adressent aux dieux. Gilles Sauron

Les représentations de l’empereur diffèrent de celles des grands hommes de la République romaine. L’empereur doit être représenté selon un modèle unique, rapidement identifiable, et qui sera le même dans tout l’espace romain. Il s’agit à la fois d’étendre la romanité et d’uniformiser les représentations du pouvoir à travers un vaste empire, mais aussi de se servir de ces représentations impériales pour faire passer des messages éminemment politiques. L’empereur n’est plus seulement honoré comme un citoyen et un militaire modèle, il prend aussi les traits du dieu Apollon. Les forums, les théâtres et les quartiers généraux des légions sont saturés de ces images qui font l’éloge de l’empereur, de sa famille et de son règne. 

On entend par culte impérial les hommages, et le culte proprement dit, qui est rendu à l'empereur une fois qu'il est mort et divinisé par le Sénat. Les empereurs accèdent au statut divin et deviennent des divinités pour lesquelles on fait des temples et à qui on rend des rites. Marjolaine Benaich

Les représentations à Rome sont extrêmement codifiées. Le format choisi va accentuer le caractère humain ou divin de l'empereur. L'empereur vivant, qu'on veut honorer dans la cité, va être représenté dans son rôle politique et civique, en toge, le costume du citoyen. Il va être représenté en armure pour mettre en avant son caractère militaire. Dans le cas où l'empereur est divinisé, les types statuaires mettent en avant ce caractère divin et empruntent des modèles à l'iconographie de divinités. On connaît par exemple une série de statues d'empereurs divinisés sous les traits de Jupiter, assis sur un trône, nus avec simplement un drapé qui leur entoure la taille. Ce type de représentation donne des indices qui indiquent aux personnes qu'ils ont, sous les yeux, un dieu. Marjolaine Benaich

Ces traces du culte impérial dans la ville s'apparentent-elles à de la propagande ? Par quels motifs artistiques les valeurs idéologiques de ce nouvel âge d’or sont-elles transmises aux romains ? Voyage dans les rues de la Rome impériale, en compagnie de Gilles Sauron et Marjolaine Benaich.

Avec Gilles Sauron, professeur émérite d’archéologie et d’histoire de l’art à Sorbonne Université. Spécialiste de sémantique architecturale, de symbolisme ornemental et de rapports entre les décors publics et les décors privés des Romains, il a notamment publié Quis deum ? L’expression plastique des idéologies politiques et religieuses à Rome à la fin de la République et au début du Principat (Éditions du Palais Farnèse, 1994) ; Dans l’intimité des maîtres du monde. Les décors privés des Romains (Éditions Picard, 2009) ; L’art romain, 2, Des conquêtes aux guerres civiles (Éditions Picard, 2013).

Et Marjolaine Benaich, doctorante contractuelle et agrégée de lettres classiques. Elle prépare une thèse à Sorbonne Université en théorie et pratique de l'archéologie intitulée Pour une archéologie urbaine du « culte impérial ». Approche spatiale et fonctionnelle du culte dans les villes d’Italie et de Dalmatie (Ier-IIIe s.). Ce travail de recherche est dirigé par Emmanuelle Rosso et François Bérard.

Références sonores

  • Extrait du film Les statues meurent aussi d'Alain Resnais et Chris Marker, 1953
  • Archive de Jean-Noël Robert à propos des statues et l'obélisque du Forum de Rome dans Les Chemins de la connaissance - France Culture, 1995
  • Extrait du film Quo vadis de Mervyn Leroy, 1951
  • Musique Elle s'était fait couper les cheveux d'Andrex avec J.-H. Rys et son orchestre, 1958
  • Archive de l'adaptation d'Antoine et Cléopâtre dans une traduction d'André Gide avec Maria Casares - RDF, 1951
  • Lecture d'un extrait de l'Histoire auguste, Vie de Commode, vers le IVe siècle, attribué à Aelius Lampridius, lu par Tatiana Werner
Intervenants
  • Professeur émérite d’archéologie et d’histoire de l’art à Sorbonne Université
  • Doctorante contractuelle et agrégée de lettres classiques
L'équipe
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Réalisation
Production déléguée
Avec la collaboration de
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