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Dans l'atelier d'un tailleur (XVe-XVIe siècles). Fresque du château d'Issogne dans la Vallée d'Aoste en Italie
Épisode 3 :

Allez le bleu ! les vêtements du pouvoir

51 min
À retrouver dans l'émission

Attribut royal sous l'Ancien Régime, teinte de la Garde nationale puis symbole républicain, l'habit bleu acquiert une signification politique forte en France. La couleur devient emblème national et réussit à résister aux soubresauts politiques du XIXe siècle.

Napoléon et sa garde impériale au début du XIXe siècle. Gravure réalisée à Berlin, auteur inconnu.
Napoléon et sa garde impériale au début du XIXe siècle. Gravure réalisée à Berlin, auteur inconnu. Crédits : English Heritage / Heritage Images - Getty

Allez le bleu, pour les vêtements du pouvoir. En 1843 paraît un Manuel du fabricant des bleus et carmins d’indigo : « L’indigo circulant dans le commerce nous vient d’Égypte, de Madagascar et des Indes orientales ; c’est une matière solide insoluble dans l’eau, soluble dans l’acide sulfurique concentré, qui est composée d’indigo pur et de matières vertes, résineuses et huileuses. » Nous y apprenons que « ce n’est que vers la fin du siècle dernier que l’indigo fut travaillé de manière à être employé avec avantage pour l’azurage des linges et des tissus. On ne connaît pas l’auteur de cette découverte plus utile qu’importante ; ce qui fait que plusieurs fabricants s’en attribuent le mérite. » Des bas-bleus à la Garde nationale, quelle est la portée politique du bleu, qu’il soit d’Ancien Régime, de la Révolution et de l’Empire ? Xavier Mauduit

« La couleur bleue est la meilleure de toutes les couleurs, d’ailleurs, c’est celle sous laquelle nous sommes connus en Europe », aurait dit Napoléon en juillet 1808. Le bleu était pourtant déjà la couleur du roi et de la France, avant de devenir la teinte des Gardes nationaux et, par métonymie, la couleur des patriotes républicains. Comment, dans cette période de conflits politiques, la couleur bleu a-t-elle conservé sa puissance symbolique sans jamais être abandonnée malgré les changements de régime ?

Au moment de la Révolution, un transfert symbolique s'opère (...). En s'appropriant le bleu royal, le peuple affirme sa volonté d'être libre, souverain et de ne plus laisser au roi le monopole symbolique de cette couleur. Marguerite Martin

De 1650 à 1652, l'épisode de la Fronde des princes permet d'évaluer la puissance évocatrice de la couleur bleu. Suite à la mort de Louis XIII, la France est en Régence avec Anne d'Autriche, la mère du roi, et Mazarin qui gèrent le pouvoir sans y associer les princes. Ces derniers se saisissent de la couleur bleu et en font l'emblème d'un contrepouvoir.

Au XVIIe siècle, le bleu symbolise le royaume tandis que le blanc, depuis le XVIe siècle et Henri IV, représente la personne du roi. Les Frondeurs se saisissent de ce bleu comme légitimation de leur action - qu'on pourrait leur reprocher puisqu'ils agissent contre le roi - en se revendiquant du royaume de France. Chloé Rivière

Mademoiselle de Montpensier définit le bleu comme couleur du parti. On a l'idée d'un parti politique qui se forme et établit sa reconnaissance sur une couleur. Le bleu va s'incarner dans des insignes différents chez la gente féminine, comme des rubans bleus noués à l'éventail ou aux manches. Quant au vestiaire masculin, c'est l'écharpe militaire qui prend cette couleur bleue. Chloé Rivière

Plus encore, le bleu ne tombe pas du ciel. Il est, au XVIIIe siècle, souvent produit à partir du pastel (aussi appelé guède) et surtout de l’indigo, un colorant exotique exporté principalement depuis la colonie française de Saint Domingue. Alors que la portée politique du bleu s’affirme sous la Révolution, comment la révolte des esclaves de Saint-Domingue va-t-elle impacter la production d’habits bleus, notamment pour l’armée ? Nous en parlons avec nos invitées Marguerite Martin et Chloé Rivière, qui contribuent au nouveau numéro de la revue Parlement(s) coordonné par Catherine Lanoë. Il est consacré à l’histoire des habits du pouvoir avec son dossier « Revêtir des idées. Habits, parures et politique en France (XVIe-XXIe siècles) ».

On peut noter le caractère ironique de la situation car le vêtement de la liberté est produit par des esclaves à Saint-Domingue. On est au cœur des contradictions des débuts de la Révolution qui émancipe certains et pas d'autres. À partir du mois d'août 1791, après la révolte des esclaves qui déstabilise politiquement l'île, les circuits d'approvisionnement en indigo sont bouleversés. De manière assez paradoxale, à partir du moment où la République commence à se vêtir de bleu, on commence à manquer d'indigo. Marguerite Martin

Avec Marguerite Martin, maîtresse de conférences en histoire moderne à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ses recherches portent sur l’histoire du commerce, de l’industrie textile et des économies coloniales de l’Ancien Régime à la Révolution. Sa thèse s’intitule « Les marchés de l'indigo en France : flux, acteurs, produits (XVIIe - XVIIIe siècles) ». Elle a notamment co-dirigé, avec Maud Villeret, l’ouvrage La diffusion des produits ultramarins en Europe, XVIe - XVIIIe (Presses universitaires de Rennes, 2018).

Et Chloé Rivière, doctorante contractuelle à l’Université d’Orléans. Son projet de thèse s’intitule « Vêtements, parures et identités au Grand Siècle : regards croisés sur la cour de France et l'Europe ».

Pour aller plus loin

Références sonores

  • Archive de Michel Pastoureau dans Voyage dans le bleu présenté dans La matinée des autres - France Culture, 11 mars 1997
  • Archive sur l'indigo de Huanggang en Chine dans le Journal de 20h - Antenne 2, 15 mai 2014
  • Archive du poète Jean Albany qui évoque l'outremer et les îles indigo - France Inter, 30 mars 1971
  • Archive sur la Fronde dans Les Princes en cage - FR3, 1968
  • Musique Nel blu dipinto di blu (Volare) par Domenico Modugno, 1958
  • Extrait de la pièce Les Précieuses ridicules de Molière, 1659 avec Harry Max (Georgibus) et Evelyne Istria (Marotte) dans une adaptation de 1968
  • Lecture du Décret sur l’uniforme des gardes nationales, séance du 19 juillet 1790 du marquis de Charles François Bonnay, lu par Marc Henri Boisse
  • Musique Mood Indigo par Nina Simone, 1958
Intervenants
  • Maîtresse de conférences en histoire moderne à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheuse à l’IDHES (Institutions et Dynamiques Historiques de l’Économie et de la Société)
  • Doctorante en histoire moderne à l’Université d’Orléans
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