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Épisode 2 :

Au service de sa Majesté, chevaliers espions

51 min
À retrouver dans l'émission

L'espionnage prend une tournure inédite au siècle des Lumières avec l'émergence de la diplomatie européenne et les avancées technologiques. La pratique du renseignement se structure avec les réseaux d'espionnages, comme celui de Louis XV, le Secret du Roi.

"Le roi Louis XV enfant en 1716" par Louis Boullogne le Jeune. Musée Carnavalet, Paris.
"Le roi Louis XV enfant en 1716" par Louis Boullogne le Jeune. Musée Carnavalet, Paris. Crédits : Leemage / Corbis - Getty

Il est des individus qui marquent leur siècle, puis ils traversent le temps, tant ils sont fascinants. C’est le cas du chevalier d’Éon. Un homme ou une femme ? Un diplomate ou un espion ? Sans contrefaçon, voici les espions des Lumières.

L'Europe des Lumières, nid d'espion

Au XVIIIe siècle, les espions appliquent un certain nombre de fondamentaux de l'action secrète et du rôle de l'espion, tel qu'on peut le connaître depuis l'Antiquité, comme le raconte Stéphane Genêt, auteur des Espions des Lumières. Actions secrètes et espionnage militaire sous Louis XV (Nouveau Monde, 2017). Alors que le renseignement est en lien étroit avec la diplomatie à l'époque de Louis XIV, il y a plus de modernité chez les espions des Lumières, qui sont davantage des aventuriers.

La guerre de Succession d’Espagne bouleverse durablement les relations internationales européennes : à l’hégémonie franco-espagnole se substitue un équilibre des puissances inédit. Les contours de la diplomatie moderne s’esquissent peu à peu et le renseignement prend une importance jamais atteinte auparavant. Les espions essaiment dans les cours d’Europe et appartiennent aux réseaux déployés par les diplomates. "Une législation autorise la diplomatie entre les différentes cours avec des règles précises. L'espionnage, c'est tout ce qui sort de ces règles-là" explique Stéphane Genêt. "Personne ne se revendique espion au XVIIIe siècle. C'est un terme infamant, ajoute l'historien. Les espions sont des gens qu'on n'apprécie pas, mais dont on a besoin. Un souverain n'a pas d'espion, il a des agents. Les espions sont toujours ceux des autres."

S'il n'était pas un espion au sens stricte, le chevalier d’Éon est un diplomate fascinant notamment par le récit qu'il fait de son parcours, de manière largement romancée comme le souligne l'historienne Évelyne Lever. "Devenu diplomate sur le tas, il est aussi devenu un agent de renseignement et a appartenu au Secret du Roi, c'est-à-dire la diplomatie secrète de Louis XV." Chargé de missions confidentielles, le chevalier d’Éon est par exemple envoyé en Angleterre pour concocter un plan secret d’invasion sous couvert de négociations de paix ou en Russie pour entreprendre une alliance inédite avec la tsarine Élisabeth. "C'est lui qui fait transiter les lettres personnelles de Louis XV avec Élisabeth. Il achemine cette correspondance secrète dans un exemplaire de L'Esprit des lois. Mais ça n'a pas changé grand chose à la diplomatie" remarque Évelyne Lever, auteure de Chevalier d’Éon, une vie sans queue ni tête (avec Maurice Lever, Fayard, 2009).

L'émergence des réseaux d'espions

Les espions sont aussi des civils anonymes, chargés de missions de renseignement à la faveur des circonstances. Il peut s’agir de paysans proches des lignes ennemies chargés d’informer l’armée quant aux positions ou au nombre des troupes adverses, ou de perruquiers qui tâchent discrètement de soutirer des informations aux têtes qu’ils coiffent… Appât du gain, loyauté au roi ou goût de l’aventure, les motivations ne manquent pas pour devenir espion, malgré les risques du métier. Les espions des Lumières usent de méthodes diverses pour arriver à leurs fins, de l’encre sympathique au déguisement en passant par l’interception des correspondances.

Dans cette frénésie du renseignement, les agents se multiplient également au sein même du territoire. Ils sont chargés de surveiller les activités des populations les plus suspectes et de veiller sur les zones stratégiques. Ces activités entretiennent un climat de suspicion permanent, qui explique aussi la généralisation du passeport au XVIIIe siècle. Selon Stéphane Genêt, "à la différence des réseaux contemporains, les réseaux du XVIIIe siècle sont des réseaux personnels, attachés généralement à des ministres. Il y a le celui du secrétaire d'État à la guerre, celui des Affaires étrangères, le réseau du souverain. L'information apportée par l'espion est un élément de pouvoir. L'information permet de se mettre en avant et d'être bien vu de ses supérieurs et évidemment, du monarque."

Comment le Secret du Roi a-t-il institutionnalisé et centralisé l’espionnage à la française ? Quelles qualités fallait-il avoir pour être un parfait espion au XVIIIe siècle ? Les espions étaient-ils des personnages appréciés ? Quel type d’informations leur demandait-on de soutirer à l’ennemi ? Quel a été leur rôle dans la politique étrangère de la France des Lumières ? Nos invités, Stéphane Genêt et Évelyne Lever, décrivent l'espionnage au temps des Lumières.

Intervenant·e·s

Stéphane Genêt est agrégé et docteur en histoire, professeur d'histoire-géographie au lycée Choiseul de Tours. Spécialiste de l’histoire de l'espionnage et du XVIIIe siècle, il est par ailleurs producteur et animateur du podcast T'as qui en Histoire ? Il est l'auteur de :

Évelyne Lever est historienne, spécialiste du XVIIIe siècle. Ancienne chercheure au CNRS, elle a notamment publié :

Références sonores

  • Extrait du film Les Secrets du chevalier d'Éon de Jacqueline Audry, 1960
  • Extrait du film Si Versailles m'était conté... de Sacha Guitry, 1954
  • Lecture de la définition du mot "espion" dans L’Encyclopédie de Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, tome XIII, 1778, par Pierre-Marie Baudoin
  • Lecture de la lettre de Monsieur de Berchiny au comte d’Argenson, 29 mai 1744, par Pierre-Marie Baudoin
  • Archive sur le chevalier d’Éon à Londres dans Enigmes de l'histoire - RTF, 13 août 1957

L'ouvrage Espions et ambassadeurs au temps de Louis XIV de Lucien Bély (Fayard, 1990) est cité par Stéphane Genêt pendant l'émission.

Chroniques
9H52
3 min
Le Pourquoi du comment : histoire
Qu'est-ce qu'une race ?
Intervenants
  • Docteur en histoire, professeur d'histoire-géographie au lycée Choiseul de Tours
  • Historienne spécialiste de l'histoire du XVIIIe siècle
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