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Des soldats afghans ont pris position en surplomb de l’aéroport de Kaboul alors que l’Union soviétique achève le retrait de ses troupes le 15 février 1989.
Épisode 2 :

La Bactriane, rendez-vous en terre gréco-bouddhiste

52 min
À retrouver dans l'émission

Dans l'Antiquité, l'actuel territoire afghan fut le point de rencontre des mondes grecs et orientaux. Région vaste et prospère convoitée par les empires antiques, la Bactriane est le berceau d'une civilisation à l'identité culturelle unique.

Tête restaurée d'une statue de Bouddha gréco-bactrienne datant du IVe siècle, exposée au Musée national afghan de Kaboul en Afghanistan
Tête restaurée d'une statue de Bouddha gréco-bactrienne datant du IVe siècle, exposée au Musée national afghan de Kaboul en Afghanistan Crédits : Insights/Universal Images Group - Getty

La Bactriane, rendez-vous en terre gréco-bouddhiste… Au début des années 1930, l'archéologue Joseph Hackin fait paraître le bilan de dix ans de travaux de la Délégation archéologique française en Afghanistan. À propos de la Bactriane, il écrit : « Les récits des historiens d'Alexandre n'avaient pas manqué d'attirer l'attention des savants européens sur la Bactriane ». Hackin parle de « mirage bactrien », de la « Terre Promise de l'archéologie », mais il ajoute, lucide, « Terre Promise et Paradis Défendu ». Xavier Mauduit

La Bactriane, région d’Asie centrale à cheval entre les états actuels d'Afghanistan, du Tadjikistan, et de l'Ouzbékistan, a représenté un carrefour religieux, civilisationnel et culturel unique durant l’Antiquité. De sa conquête par Alexandre le Grand à l'invasion des Huns blancs, la Bactriane fut convoitée par les tribus nomades aussi bien que par les plus grands empires d'Asie, et fut un lieu de rencontre unique entre l’Orient et l’Occident.

Quand Alexandre conquiert la Bactriane avec le reste de l'empire achéménide, c'est une terre qui a déjà une longue histoire. Il y avait des légendes fabuleuses expliquant que la reine de Babylone, Sémiramis, l'avait autrefois conquise. C'est l'écho de ce que cette terre avait abrité de brillantes civilisations en rapport avec la Mésopotamie. C'est ce que les archéologues appellent la civilisation de l'Oxus, l'âge du bronze, au troisième et deuxième millénaire avant notre ère (...).

Ensuite, il y a eu tout un réseau fortifié de villes rondes, dont Bactres, à l'âge du fer, période mal connue parce qu'on n'a pas de sources écrites. Quand Cyrus arrive dans ces régions, vers 545, il n'arrive pas dans des terres vides, parcourues uniquement de nomades, comme certains historiens avaient pu le penser autrefois. C'est déjà une terre de vieille civilisation. Mais évidemment, les Perses achéménides vont y apporter leur empreinte et viendra le grand tournant que sera l'expédition d'Alexandre. Frantz Grenet

Sa position stratégique sur la route de la soie fit de la Bactriane un carrefour entre les mondes grec, romain, indien et chinois. Les porcelaines, les étoffes, les métaux précieux et les épices y circulaient en même temps que les idées et les croyances nouvelles. Le canon du bouddhisme indien y fut réinterprété avant de se diffuser dans le monde chinois. Le gréco-bouddhisme devint un genre artistique à part entière et mêla les représentations de Zeus et d’Hercule à celles de Bouddha.

La "route" qui a mis en connexion la Bactriane et tout l'ensemble du monde antique avec la Chine, n'a été ouverte qu'à la fin du IIe siècle avant Jésus-Christ, au moment où les Grecs n'étaient plus en Bactriane. Certains circuits de passage de la route de la soie - il n'y a jamais eu une route unique - empruntaient la Bactriane avant d'aller escalader le Pamir. Plus tard, la route s'est un peu plus déplacée vers le nord, vers Boukhara et Samarcande. Frantz Grenet

Comment s’est constitué ce royaume grec indépendant aux confins de l’Asie centrale ? À quelles productions artistiques a donné lieu cette rencontre unique entre la culture hellénistique et le monde bouddhiste ? À travers quelles sources, souvent fragmentaires et parfois proches de la légende, l’histoire de la Bactriane nous est-elle parvenue ?

Nous en parlons avec Frantz Grenet, historien et archéologue, professeur au Collège de France depuis 2013 sur la chaire Histoire et cultures de l’Asie centrale préislamique. De 1977 à 1981, il est en poste à Kaboul comme directeur adjoint de la DAFA (Délégation archéologique française en Afghanistan), avec laquelle il participe à la fouille de la cité hellénistique d’Aï Khanoum. De 1989 à 2014, il dirige la mission archéologique franco-ouzbèke de Sogdiane qui fouille principalement le site de l’ancienne Samarkand. 

Frantz Grenet a notamment publié Recentrer l'Asie centrale, sa leçon inaugurale du Collège de France (co-édition Collège de France/Fayard, 2014) et co-dirigé Asie centrale. Transferts culturels le long de la route de la soie (Éd. Vendémiaire, 2016).

Curieusement, alors même que les Bactriens ont adopté l'écriture grecque pour noter leur langue, ils n'ont adopté que peu de vocabulaire grec. Cela pose problème sur la profondeur qu'aurait pu avoir cette symbiose (...). Mon opinion, qui n'est certes pas partagée par tous, c'est que les Grecs n'avaient pas laissé un très bon souvenir. Ils étaient peu nombreux et s'étaient vraisemblablement constitués en caste. Sur leurs monnaies, ils représentent des reines, mais jamais locales. Elles ont toujours des noms grecs. Ils ont dû être des maîtres assez durs. Frantz Grenet

Références sonores

  • Archive de l'émission Cinq Colonnes à la une, "Sur les pas de Gengis Khan" - ORTF, 5 août 1966
  • Archive de Marie-José Lamothe, photographe et écrivaine, dans D'abord une lumière, extrait de Peuples du toit du monde, André Velter avec des photographies de Marie-José Lamothe
  • Archive de Paul Bernard dans l'émission Les temps retrouvés : l'archéologie vue par les archéologues, "Aï Khanoum, un avant poste du monde grec en Asie centrale" - ORTF, 16 février 1978
  • Archive de deux jeunes gens, Jacques et Bernard Gourguechon, qui ont parcouru les hauts plateaux de l'Afghanistan pendant quatre mois et ont vécu parmi les Tadjiks, extrait de l'émission Sur les grands chemins, "La route de la soie" - ORTF, 16 janvier 1965

Pour aller plus loin

Intervenants
  • Historien et archéologue, professeur au Collège de France depuis 2013 sur la chaire "Histoire et cultures de l’Asie centrale préislamique"
L'équipe
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Production déléguée
Réalisation
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