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Des jeunes gens se reposent au bord de la route en Allemagne.
Épisode 4 :

Ce jour-là, même Dieu se reposa

50 min
À retrouver dans l'émission

Jour sanctifié par le christianisme, le dimanche est traditionnellement consacré au recueillement pieux. À partir du XVIIIe siècle, le jour du Seigneur laisse progressivement place à de nouvelles activités dominicales.

Les acteurs Lucille Hutton et Jackie Levine tentent de tirer du lit Jack Miller dans le film muet "Oh, Mama !" de Jules White en 1928.
Les acteurs Lucille Hutton et Jackie Levine tentent de tirer du lit Jack Miller dans le film muet "Oh, Mama !" de Jules White en 1928. Crédits : Hulton Archive - Getty

Le dimanche... malgré la progression du travail dominical, ce jour demeure particulier. « La paresse est une valeur humaine qui est en train de disparaître », expliquait Jean Renoir, le cinéaste qui a réalisé Partie de campagne. Il ajoutait : « C'est fou qu'à notre époque, les gens peuvent être actifs, que quelques amis se réunissent le dimanche pour un bon déjeuner. À peine la dernière bouchée avalée, il se trouve toujours quelqu'un pour demander alors qu'est ce qu'on fait ? » Il est vrai que le dimanche est un jour de repos, de loisirs, jour du Seigneur, jour chômé. Comment le dimanche est il devenu ce moment suspendu avec sa propre temporalité ? 

Paradoxalement, dans nos sociétés contemporaines, le débat public n’aborde le dimanche que lorsqu’il s’agit de parler de travail. Pourtant, malgré la progression du travail dominical, le dimanche conserve encore aujourd’hui une temporalité qui lui est propre, un flottement qui en fait un jour à part. Mais comment le dimanche est-il devenu ce moment suspendu dans le flot du temps ? Quels rôles respectifs les autorités religieuses et laïques ont-elles joué dans cette instauration ? Le dimanche a-t-il toujours été un jour consacré au repos ? L'historien Alain Cabantous identifie trois textes de l'Ancien Testament, la Genèse, l'Exode ou le Deutéronome, où Dieu se repose le septième jour : « Il y a un jour suspendu, où la Création est entre parenthèses. Cela permet à l'homme de réfléchir au sens de sa création. C'est un peu le sens du Premier Testament », explique-t-il.

Faire l’histoire du dimanche, c’est ainsi se pencher sur un double mouvement. Un premier mouvement, tout au long du Moyen Âge, voit les autorités religieuses chrétiennes affirmer l’importance du dimanche : assister à l’office devient peu à peu obligatoire, quand de nombreux travaux se trouvent interdits ce jour-là. Toutefois, Alain Cabantous souligne que les messes jusqu'au XIXe siècle, ou la cène chez les Protestants, ne ressemblaient pas à l'image qu'on s'en fait aujourd'hui. « Les gens sont assis pêle-mêle. Ils se lèvent, s'agenouillent un peu n'importe comment et sont assez serrés. Ils ne comprennent pas ce que représente la célébration puisque, tout au moins chez les Catholiques, elle est en latin. (...) La nef n'est que le prolongement du parvis. Les gens y continuent leurs affaires. J'ai vu des bagarres continuer dans l'église alors que la messe était commencée. D'autres viennent avec leurs chiens, les chasseurs avec leurs faucons. On prise du tabac, on mange, on flirte ». 

Un deuxième mouvement, qui s’amplifie aux XVIIe et XVIIIe siècles, voit le jour du Seigneur se muer, peu à peu, en un jour de repos, de promenades et de distractions. « La promenade est d'abord un loisir aristocratique » note Alain Cabantous. L'historien explique que Marie de Médicis importe le corso à l'italienne au XVIIe siècle. Un espace particulier est dédié aux attelages, réservés à la noblesse, longés sur les côtés par des allées où l'on pouvait aller à pieds et se montrer.  « Le reste de la population urbaine va progressivement adopter la promenade, poursuit Alain Cabantous. L'aristocratie voire la haute bourgeoisie ne voulant pas se mêler aux communs désertent la promenade à mesure que l'on avance dans le XVIIIe siècle, et privilégient les folies, des maisons de campagne à quelques lieues de leur résidence principale ». 

Avec Alain Cabantous, historien moderniste, professeur émérite d'histoire à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Le Dimanche, une histoire – Europe occidentale (1600-1830) (Seuil, 2013), Histoire de la nuit XVIIe-XVIIIe (Fayard, 2009 ; prix Guizot de l'Académie française), Entre fêtes et clochers. Profane et sacré dans l’Europe moderne (Fayard, 2002) et L'Histoire du blasphème en Occident (Albin Michel ,1998, réédition, 2015).

Références sonores

  • Archive de Fernandel qui s'exprime au sujet de Don Camillo - INA, 1 août 1970
  • Musique Quand on s'promène au bord de l'eau chanté par Jean Gabin extrait du film La Belle Équipe de Julien Duvivier, 1936
  • Extrait du film Vincent, François, Paul et les autres de Claude Sautet, 1974, avec Michel Piccoli et Serge Reggiani
  • Archive sur l'oisiveté du dimanche racontée par Michel Bouquet dans À la découverte des Français - RTF, 5 avril 1957
Intervenants
  • Historien, professeur émérite d'histoire à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
L'équipe
Production
Réalisation
Production déléguée
Avec la collaboration de
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