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Épisode 1 :

Donjons et espions, épier au Moyen Âge

51 min
À retrouver dans l'émission

Marchand, ambassadeur, moine, femme du peuple... un bon espion (ou une bonne espionne) au Moyen Âge n'en a pas l'habit. Alors que la guerre de Cent Ans se joue sur les champs de bataille, une lutte d'influence s'opère également dans l'ombre.

Miniature extraite du "Décaméron" de Boccace. Artiste anonyme. Collection de la Bibliothèque de l'Arsenal
Miniature extraite du "Décaméron" de Boccace. Artiste anonyme. Collection de la Bibliothèque de l'Arsenal Crédits : Fine Art Images / Heritage Images - Getty

Qui est cet étrange personnage qui épie ce qui se fait, qui écoute ce qui dit se dit ? Qui est cette espie, cet éclaireur, ce coureur, ce guetteur ? Au moment d’engager une guerre, l’une des armes les plus puissantes – peut-être davantage que le trébuchet, le couillard ou la masse d’arme – est l’art d’obtenir des renseignements. C’est alors qu’agit l’espion : il entend tous les secrets, il s’entend avec l’ennemi. Comme de bien entendu, il est un héros de la guerre de Cent Ans.

L'espion, arme clé de la guerre de Cent Ans

L’espionnage existe bien au Moyen Âge, même si le terme à proprement dit n'est pas utilisé et qu'il n'y a pas d'institution du renseignement. L'espionnage comporte tous les volets de la pratique moderne : contre-espionnage, écritures secrètes, interception des courriers, assassinats ciblés… La période connaît une véritable culture de l’information et du renseignement, héritée de l’Antiquité, comme en attestent les écrits de Philippe de Mézières avec Le Songe du Vieil Pèlerin en 1389 ou ceux de Christine de Pizan, auteure du Livre des faits d’armes et de chevalerie en 1410. 

L'historienne Valérie Toureille souligne la fascinante modernité de Philippe de Mézières : "Bien avant Machiavel, il dit que le roi le mieux servi sera celui qui utilisera ses espions. Celui qui vaincra, sera le premier informé. On a bien conscience à ce moment-là que la maîtrise de l'information est primordiale." L'historienne rappelle qu'au Moyen Âge, les cartes n'existent pas encore ; or, pour mener une armée, connaître la position de l'adversaire est essentiel.

La guerre de Cent Ans se révèle un moment décisif dans l’histoire du renseignement. Les camps rivaux font face à un affrontement d’un nouveau genre où l’usage des espions devient systématique. Par le biais de cet affrontement émerge la peur de "l’Autre", de l’étranger que la figure de l’espion vient cristalliser. Pour Valérie Toureille, "la guerre civile [entre les Armagnacs et les Bourguignons] fait naître l'angoisse que la ville tombe, qu'elle soit assiégée et la nécessité de surveiller, d'écouter, d'observer et d'envoyer les espions hors les murs pour voir des bandes armées qui rôderaient autour, ou des manœuvres qui pourraient entraîner la perte de la ville."

Qui est espion au Moyen Âge ?

La figure de l’espion médiéval n’est pas figée, il n’existe pas de profil type. Parmi des membres du clergé, des marchands, des ambassadeurs, on trouve de simples hommes et femmes du peuple. Ils sont appelés espie, chevaucheur, coureur ou encore escoute. Sans agir dans une structure spécifique, l'espion opère pour le compte d’un souverain ou bien dans un cadre militaire. Rudi Beaulant, docteur en histoire médiévale, rapporte que "l'espion est lié par serment vis à vis de son supérieur et aussi, parfois, des autres agents avec lesquels il doit agir. Dans le cadre d'un procès à Dijon, on apprend que Colinet de Paris, Nicolas Bouclote et le héraut Guyenne avaient fait serment entre eux de ne pas parler, sauf s'ils étaient torturés."

Figures de l’ombre au rôle décisif, les espions sont perçus négativement. Leur activité est peu glorieuse et va à l’encontre des morales chrétienne et chevaleresque. Associé au "traître Judas", le profil d'espion va de pair avec une évolution de la justice, dont les sources deviennent une mine d’or pour établir l’histoire du renseignement au Moyen Âge.

Intervenant·e·s

Valérie Toureille est historienne agrégée, professeure d’histoire du Moyen Âge à CY Cergy Paris Université, spécialiste de la guerre de Cent Ans. Elle a notamment publié :

Rudi Beaulant est docteur en histoire médiévale, spécialiste de la justice de la fin du Moyen Âge, chercheur associé à l’UMR Artehis (Archéologie, Terre, Histoire et Société) de l’Université de Bourgogne-Franche-Comté. Il est l'auteur de :

Références sonores

  • Archive sur la guerre civile entre les Bourguignons et les Armagnacs en 1422 présentée dans Le Passé en direct - FR3, 28 novembre 2011
  • Lecture d'un extrait du Songe du Vieil Pèlerin de Philippe de Mézières, 1389, par Pierre-Marie Baudoin
  • Extrait du film La Passion Béatrice de Bernard Tavernier, 1987, avec Bernard-Pierre Donnadieu (François de Cortemart)
  • Lecture d'un extrait du Livre des faits d’armes et de chevalerie de Christine de Pizan, 1410, par Pierre-Marie Baudoin
  • Extrait de "Le Roi de Fer", premier épisode de la série Les Rois maudits réalisée par Claude Barma avec Jean Piat (Robert d'Artois) et Hélène Duc (Hélène d'Artois) - RTF, 21 décembre 1972
  • Extrait du téléfilm Louis XI, le pouvoir fracassé de Henri Helman avec Jacques Perrin (Louis XI) - France 3, 6 décembre 2011

Le livre Les Espions au Moyen Âge de Benoît Léthenet (Éditions Jean-Paul Gisserot, 2021) est cité par Rudi Beaulant pendant l'émission.

Chroniques
9H52
3 min
Le Pourquoi du comment : histoire
Quelle était la couleur du cheval blanc d'Henri IV ?
Intervenants
  • Historienne agrégée, professeure d’histoire du Moyen Âge à CY Cergy Paris Université
  • Docteur en histoire médiévale, chercheur associé à l’UMR Artehis de l’Université de Bourgogne-Franche-Comté
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