LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Des jeunes gens se reposent au bord de la route en Allemagne.
Épisode 2 :

Et le salariat créa le chômage

51 min
À retrouver dans l'émission

À la fin du XIXe siècle, le droit et la science statistique inventent une nouvelle catégorie sociale : le chômage. La manière de dénombrer les populations actives et inactives marque un tournant dans l'histoire du travail et devient un enjeu politique.

Chômeurs au milieu du XIXe siècle. Extrait de "Bibby's Annual" publié en 1910
Chômeurs au milieu du XIXe siècle. Extrait de "Bibby's Annual" publié en 1910 Crédits : Universal History Archive/Universal Images Group - Getty

Le chômage est souvent présenté comme un des fléaux de nos sociétés ; son taux illustre pour certains la santé économique des pays et la part de justice sociale des politiques qui y sont menées. Si cette notion reflète aujourd'hui une situation sociale, elle a aussi une histoire.

L'aide aux sans emploi était déjà instaurée dans les sociétés industrielles, soit par philanthropie, soit par secours municipaux ou cléricaux. Il y avait des aides ponctuelles sous forme de nourriture, de charbon, etc. pour les familles touchées par le chômage. La crise des années 1880 marque énormément les esprits. Elle pose la question sociale et fait peur aux élites. Les syndicats et mouvements ouvriers en Europe se constituent et se renforcent. Une de leurs revendications est d'être assuré en temps de chômage. Isabelle Lespinet-Moret

La figure du chômeur émerge à la fin du XIXe siècle à l'orée des recensements statistiques qui cherchent à représenter au mieux la nouvelle réalité sociale engendrée par l’industrialisation et la modernisation du monde du travail. Jusqu'alors, le terme « chômeur » désignait les « saltimbanques, vagabonds, bohémiens, filles publiques », une population en marge de la société et associée à une grande pauvreté. En 1896, suite au développement du droit et de la science statistique, le chômeur devient celui qui se trouve dans une situation de suspension temporaire de travail. 

Il y a une véritable fièvre classificatoire à la fin du XIXe siècle. On cherche à mesurer et à classer dans tous les domaines des sciences sociales. Pour le recensement de 1896, les statisticiens imaginent la manière de dénombrer les chômeurs à partir du travail salarié et se posent la question de savoir qui est salarié d'un établissement. Bénédicte Reynaud

Face à l’émergence du phénomène, la question du chômage devient internationale. Au sortir de la Grande Guerre, la création de l’Organisation internationale du travail fait du travail, et donc de la lutte contre le chômage, un moyen de maintenir la paix sociale. Dans quel contexte le chômage émerge-t-il au XIXe siècle ? Dans quelle mesure les critères du recensement de 1896 marquent-ils un tournant dans l'histoire du travail ? Quelle nécessité motive la création de l’Organisation internationale du travail en 1919 ? Nos invitées, Bénédicte Reynaud et Isabelle Lespinet-Moret, retracent l'histoire de l'invention du chômage.

Avec Bénédicte Reynaud, économiste, directrice de recherche au CNRS à l'Institut Interdisciplinaire de Science Sociale de Paris Dauphine-PSL et co-responsable du Master 2 Institutions Économie et Société de la mention Sciences Économiques et Sociales co-portée par l'université Paris Dauphine-PSL, l'EHESS et les Mines-PSL. Bénédicte Reynaud a publié, entre autres, Les règles économiques et leurs usages (Odile Jacob, 2004) et L'invention du chômage (avec Robert Salais, Nicolas Baverez, Presses universitaires de France, 1986, nouvelle édition 1999). Elle a co-dirigé avec Patrick Fridenson l'ouvrage La France et le temps de travail 1814-2004 (Odile Jacob, 2004).

Et Isabelle Lespinet-Moret, professeure à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, co-directrice du CHS-Centre d’histoire sociale des mondes contemporains. Spécialisée en histoire du travail, des politiques sociales, de la santé au travail, du genre et des mouvements sociaux de la fin du XIXe siècle et XXe siècle, Isabelle Lespinet-Moret est l'auteure de La peine des hommes. La santé au travail et l’OIT (Éditions de la Sorbonne, 2021) et L’Office du travail, 1891-1914. La République et la réforme sociale (Presses universitaires de Rennes, 2007). Elle a co-dirigé avec Éric Geerkens, Nicolas Hatzfeld et Xavier Vigna Les enquêtes ouvrières dans l'Europe contemporaine (La Découverte, 2019) et avec Vincent Viet L’Organisation internationale du travail : origine, développement, avenir (Presses universitaires de Rennes, 2011).

Pour aller plus loin

Références sonores

  • Musique Les Statistiques par Ricet Barrier - Album : Chatter Lady, 1973
  • Archive de Pierre Paraf, écrivain et journaliste, dans Heure de culture française - RTF, 25 mars 1960
  • Musique Il ne rentre pas ce soir par Eddy Mitchell - Album : Après minuit, 1978
  • Lecture d'un extrait de Lectures historiques, histoires anecdotiques du travail d'Albert Thomas, 1910, lu par Frédérique Tirmont
  • Archive sur la conférence à Genève pour le quarantième anniversaire de l'OIT (Organisation internationale du travail - RTF, 1959
  • Archive d'Albert Thomas en 1929 présenté dans l'émission À dossier ouvert - ORTF, 21 mai 1969
  • Archive J'ai gagné un métier - Actualités Françaises, 1949
Intervenants
  • Professeure à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, co-directrice du CHS-Centre d’histoire sociale des mondes contemporains
  • Économiste, directrice de recherche CNRS à l’Université Paris Dauphine-PSL
L'équipe
Production
Réalisation
Production déléguée
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......