LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Colonne du Largo di Torre Argentina, site archéologique à Rome, en Italie
Épisode 2 :

Graffitis, marquer les murs, marquer l’histoire

51 min
À retrouver dans l'émission

Entre les XVIe et XIXe siècles, artistes de grand nom, soldats et touristes anonymes ont creusé dessins et inscriptions au-dessous d’œuvres majeures à Rome. Acte de dégradation ou symbole d'adoration ? Comment interpréter ces graffitis ?

Graffitis sur le cryptoportique de la Pescheria dans la villa Adriana à Tivoli
Graffitis sur le cryptoportique de la Pescheria dans la villa Adriana à Tivoli Crédits : Charlotte Guichard (avec l'aimable autorisation du MIBAC)

Traces d’histoire dans la ville, avec des graffitis pour marquer les murs, pour marquer l’histoire. Au moment de visiter une salle du Vatican ou un vestige antique sur le mont Palatin, le gardien prévient : « On touche avec les yeux ! ». À Rome, du XVIe au XIXe siècle (et sans doute encore aujourd’hui), il fallait ajouter : « Et n’inscrivez pas votre nom sur la fresque de Raphaël, non mais ! ». Pourtant, ceux qui ont laissé leur nom s’appellent Poussin, David, Carpeaux, Piranèse. Eux, qui n’ont pas touché qu’avec leurs yeux, ont laissé une trace de leur passage qui nous donnent à voir d’une autre manière l’histoire de l’art. Xavier Mauduit

Signature immortalisée sur le coin d’un mur, dessin gravé au pied d’une statue, les graffitis désignent les inscriptions spontanées qui marquent une présence éphémère dans une histoire au long cours. Terme italien employé exclusivement au pluriel, les graffitis ne sont jamais isolés, ils forment un échange par empreintes interposées. Véritables pépites pour celles et ceux qui les étudient, les graffitis renseignent tant sur l’histoire quotidienne que sur le rapport des individus à leur environnement.

Entre le XVIe et le XIXe siècle, un étonnant phénomène fleurit dans les hauts lieux de Rome, comme le Vatican ou la villa Adriana à Tivoli : noms de peintres et dates creusés au stylet apparaissent sous les fresques de grands peintres et monuments antiques. L'historienne de l'art Charlotte Guichard nous emmène à Rome scruter ces inscriptions fascinantes de l'époque moderne où les graffitis deviennent des signes de dévotion et d'affiliation artistique ou les marques d'affirmation d'un nouveau centre esthétique.

On connaît les fresques à Rome par leurs reproductions très belles et très lisses. À partir du moment où on commence à les regarder, comme je l'ai fait, dans leur épaisseur matérielle et temporelle, elles apparaissent sous un jour nouveau. Elles sont marquées par des traces successives d'habitants de Rome, d'artistes, de soldats. Ces murs sont de véritables palimpsestes sur lesquels on peut lire le passage du temps, les outrages, mais aussi des formes d'admiration au cours des siècles. Charlotte Guichard

Signature du sculpteur Augustin Pajou (1730-1809) apposée sur une fresque antique à l'intérieur du cryptoportique de la Pescheria dans la villa Adriana à Tivoli
Signature du sculpteur Augustin Pajou (1730-1809) apposée sur une fresque antique à l'intérieur du cryptoportique de la Pescheria dans la villa Adriana à Tivoli Crédits : Charlotte Guichard (avec l'aimable autorisation du MIBAC)
Des artistes gravent leur nom sous la fresque de Raphaël "Héliodore chassé du temple" au palais du Vatican, comme Filippo Agricola, restaurateur de la fresque.
Des artistes gravent leur nom sous la fresque de Raphaël "Héliodore chassé du temple" au palais du Vatican, comme Filippo Agricola, restaurateur de la fresque. Crédits : Charlotte Guichard

Avec Charlotte Guichard, historienne de l'art, directrice de recherche au CNRS (Institut d’histoire moderne et contemporaine), directrice de l’école doctorale "Lettres, Arts, Sciences Humaines et Sociales à l’ENS" et professeure attachée à l’École normale supérieure. Elle signe notamment Graffitis. Inscrire son nom à Rome (XVIe-XIXe siècles), Paris, Seuil, 2014 (coll. L’Univers Historique) et La Griffe du peintre – La valeur de l’art (1730-1820), Seuil, 2018 (coll. L’Univers Historique Illustré).

Références sonores

  • Archive de Michel Ange ou le Jugement dernier, lecture radiophonique La Compagnie Art et Travail  - RDF, octobre 1962
  • Lecture de Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar (1982) par Tatiana Werner
  • Musique Voyage en Italie par Lilicub - Album : Lilicub, 1994
  • Musique French Graffiti par Jane Birkin - Album : Lolita Go Home, 1975 
  • Mille Regretz de Josquin Des Prés, musique préférée de Charles Quint
  • Extrait du film Le Syndrome de Stendhal de Dario Argento, 1996
  • Archive de Brassaï à propos des murs et graffitis - ORTF, 1960
Intervenants
  • Historienne de l'art, directrice de recherche au CNRS et professeure attachée à l’École normale supérieure
L'équipe
Production
Réalisation
Production déléguée
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......