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Gravure de propagande représentant la Ligue catholique contre les Huguenots,1594
Épisode 2 :

Il était deux fois... les croisades

51 min
À retrouver dans l'émission

À l'appel du pape Urbain II en 1095, les pèlerins s'arment et partent reconquérir la Terre sainte. Si trois siècles de croisades s'enchaînent, ces dernières ne se limitent pas à l'affrontement entre croisés et musulmans du Levant et s'étendent sur d'autres fronts européens.

Scène de bataille entre croisés et musulmans lors de la première croisade (1096-1099). Miniature tirée du Roman de Godefroy de Bouillon, France, 1337
Scène de bataille entre croisés et musulmans lors de la première croisade (1096-1099). Miniature tirée du Roman de Godefroy de Bouillon, France, 1337 Crédits : Fototeca Gilardi - Getty

« Il était deux fois, les croisades… Nous les connaissons bien : depuis l'appel du pape Urbain II en 1095, à Clermont, à la prise (ou reprise) de Saint-Jean d’Acre en 1291, des chrétiens prennent les armes contre les musulmans et se rendent en Terre sainte. Pourtant, dès que nous changeons d’échelle et de regard, il est beaucoup moins question de religions. D’ailleurs, les croisades sont-elles la principale préoccupation des musulmans ? Comment se sont-elles étendues sur d'autres fronts, cette fois européens ? » (Xavier Mauduit)

L’histoire, telle que nous l’apprenons à l’école, aborde les croisades comme une guerre d’envergure majeure face aux musulmans du Proche-Orient, circonscrite à la géographie de la Terre sainte et comprise entre des bornes chronologiques précises, de l’appel du pape Urbain II en 1095 à la prise de Saint-Jean d’Acre en 1291. Pourtant, cette approche réduit l’épisode des croisades à une vision occidentale du phénomène

« Les historiens arabes des croisades n'ont pas l'interprétation religieuse que nous avons très spontanément en tête. » Gabriel Martinez-Gros

Pour les musulmans du Levant, l’arrivée des croisés n’est que secondaire, tout comme l’intérêt qu’ils portent à Jérusalem. Gabriel Martinez-Gros, historien spécialiste de l'Islam médiéval, nous aide à décentrer le regard sur les croisades et raconte comment les musulmans perçoivent l’arrivée de ceux qu'ils appellent les « Francs » : « L'explication des historiens arabes des croisades, qui est la plus convaincante pour un historien du XXIe siècle, est que les croisades sont une tentative de reconstitution de l'Empire romain et de reconquête du "Mare nostrum", (...) dont l'Occident ne s'est jamais consolé de la perte. »

En outre, la véritable menace de l'Empire islamique vient de l’Est avec les Mongols qui terrassent l’Empire islamique jusqu’à détruire Bagdad, capitale du califat, en 1258. Gabriel Martinez-Gros montre que l'invasion des Mongols dépassait la compréhension des chroniqueurs arabes : « L'événement est tellement énorme, il paraît si apocalyptique qu'il dépasse les explications humaines ».  De plus, les musulmans se voient préoccupés par des divisions internes, qui opposent les chiites aux sunnites. Les croisades n’ont alors qu’un faible impact sur l’histoire des musulmans du Levant. 

« Les croisades européennes sont utilisées pour mettre en scène et souder la chevalerie européenne. » Loïc Chollet

Les croisades ne se limitent pas à la perte des royaumes latins en Terre sainte. Dans les derniers siècles du Moyen Âge, le phénomène se poursuit en Europe où la défense du christianisme va de pair avec une conversion par la force des païens. Le cas particulier des « Sarrasins du Nord » permet le développement d’un « imaginaire de la croisade balte », selon les termes de l'historien Loïc Chollet. Les motivations religieuses se couplent à une culture chevaleresque, alimentant alors une littérature emprise de la découverte de ces nouveaux paysages. Loïc Chollet dépeint les nombreuses chroniques et poèmes qui mettent en scène la valeur des chevaliers. Prêts à affronter l'infidèle, ils vivent des exploits plus héroïques les uns que les autres. Du reste, l'historien note que cet héroïsme peut être tourné en dérision, au détour de moqueries qui parsèment certains textes : « Par exemple, les "Cent nouvelles nouvelles" (qui datent de la toute fin du Moyen Âge, à la cour du duc de Bourgogne) mettent en scène un chevalier parti en Prusse qui se fait tromper par sa femme pendant son voyage. »

Gabriel Martinez-Gros est historien, professeur émérite d’histoire médiévale à l’université de Nanterre. Il a co-dirigé avec Lucette Valensi l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman. Il a publié De l’autre côté des croisades : l’Islam entre croisés et Mongols (Passés composés, 2021), L’Empire islamique, VIIe-XIe siècle (Passés composés/Humensis, 2019, Prix Provins Moyen-Âge), Histoire de Grenade (co-dirigé avec Sophie Makariou, Fayard, 2018), Fascination du djihad : fureurs islamistes et défaite de la paix (Presses universitaires de France, 2016) et Brève histoire des empires : comment ils surgissent, comment ils s'effondrent (Seuil, 2014).

Loïc Chollet est docteur en histoire médiévale, chargé de cours à l’Université de Fribourg. Il a publié Dernières croisades. Le voyage chevaleresque en Occident à la fin du Moyen-Âge (Vendémiaire, 2021) et Les Sarrasins du Nord. Une histoire de la croisade balte par la littérature (XIIe-XVe siècles) (Alphil/Presses universitaires suisses, 2019).

Références sonores

  • Archive de l'appel à la croisade lancé en 1095 à Clermont par le pape Urbain II, lu par Jean Hache dans Concordance des temps - France Culture, 13 novembre 2014
  • Archive sur les croisades et Godfroy de Bouillon vus par le duo comique Les frères ennemis dans C’est pour rire - A2, 20 novembre 1976
  • Lecture de la Grande Chronique de Matthieu Pâris, 1235-1259, lu par Daniel Kenigsberg
  • Musique Chevalier, Mult Estes Guariz (Chevalier, le salut est beaucoup plus probable) par Jordi Savall
  • Extrait du film Les Chevaliers teutoniques d'Aleksander Ford, 1960
  • Extrait du film Perceval le Gallois d'Éric Rohmer avec Fabrice Luchini, 1978
Chroniques
9H52
3 min
Le Pourquoi du comment : Histoire
Pourquoi le peuple a-t-il remplacé la "populace" ?
Intervenants
  • Historien, professeur émérite d’histoire médiévale à l’université Paris Nanterre
  • Docteur en histoire médiévale, chargé de cours à l’Université de Fribourg
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Réalisation
Production déléguée
Avec la collaboration de
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