LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Des jeunes gens se reposent au bord de la route en Allemagne.
Épisode 1 :

La paresse est-elle l’oreiller du diable ?

51 min
À retrouver dans l'émission

Critique morale ou revendication politique, l'idée de paresse occupe autant les communautés monastiques médiévales, les humanistes de la Renaissance que les penseurs révolutionnaires du prolétariat. Regarder la paresse à travers les siècles révèle comment les hommes et les femmes ordonnent le temps.

"Le Pays de Cocagne" de Pieter Brueghel l'Ancien, 1567
"Le Pays de Cocagne" de Pieter Brueghel l'Ancien, 1567 Crédits : Francis G. Mayer/Corbis/VCG - Getty

La paresse serait-elle l’oreiller du diable ? En 1921, le peintre Kazimir Malevitch écrit « La Paresse comme vérité effective de l’homme ». Il explique que « l’homme n’est déjà plus seul : la machine l’accompagne ; demain, il ne restera que la machine ou quelque chose qui en tiendra lieu. Alors il n’y aura plus qu’une seule humanité, assise sur le trône de sa sagesse préétablie, sans chefs, sans souverains et sans faiseurs de perfection ; tout cela sera en elle ; de la sorte, elle s’affranchira du travail, atteindra la paix, l’éternel repos de la paresse ». Malevitch est le peintre du célèbre tableau Carré blanc sur fond blanc, une œuvre pour laquelle il a été moqué, traité de paresseux, alors qu’il s’agit d’un jalon dans l’histoire de l’art. Xavier Mauduit

La paresse compte, selon l’adage populaire, au rang des péchés capitaux. Ce n’est en réalité pas la paresse, mais l’acédie qui a pu être mentionnée dans la liste de ces péchés à la tête de tous les autres : l’acédie, ou cette tendance du moine solitaire à s’endormir sur sa prière et à ainsi gaspiller le temps que lui accorde Dieu. La paresse a donc une histoire, qui la voit tour à tour s’appeler fainéantise, indolence, apathie, torpeur, mollesse, nonchalance ou oisiveté.

Chez les Chrétiens, la paresse désigne le moment où le moine abandonne la contemplation de Dieu. Il est frappé par un démon qui tout à coup l'attaque. Le paresseux, contrairement à ce que l'on pourrait penser, n'est pas un homme heureux. Il est tiré des deux côtés. De l'un, il abandonne ce qu'il aimait jusqu'ici, en l'occurrence Dieu, et de l'autre, il souffre intérieurement parce que ça crée en lui une sorte d'angoisse, de grande peur de lui-même (...). 

Chez Évagre le Pontique au IVe siècle, par exemple, la paresse est définie comme une réalité spirituelle, qui surgit dans les esprits. Le plus grave pour le moine qui s'assoupit n'est pas l'assoupissement mais qu'il se sente abandonné en même temps qu'il abandonne Dieu. Il est alors pris d'une sorte de chagrin. André Rauch

Plus encore, du moine rêveur aux moines indifférents du sort de la société ; du prince irresponsable au noble improductif ; du « mauvais pauvre » gaspilleur au chômeur profiteur ; du « sauvage » indolent au colonisé nonchalant, l’histoire de la paresse épouse les transformations de nos sociétés et de leurs valeurs. Tantôt stigmatisée, tantôt glorifiée, elle nous en apprend autant sur notre rapport au travail que sur notre rapport au temps. Nous en parlons avec notre invité André Rauch, professeur des universités et spécialiste d'histoire culturelle.

Une littérature révolutionnaire, derrière Lafargue, donne à la paresse sa dimension positive, en quelque sorte salutaire. Dominique Méda dira qu'il faut « désenchanter le travail ». Il y a tout un courant de ce point de vue, surtout dans la deuxième moitié du XIXe siècle, à la fois révolutionnaire, anarchiste, syndical et politique. Un autre aspect se développe autour de la reconnaissance d'un droit aux loisirs. En ce sens, les législations dans l'ensemble de l'Europe, et en France, vont aller vers une réglementation des loisirs. André Rauch

Avec André Rauch, professeur émérite à l'université Marc Bloch de Strasbourg. Les travaux d’André Rauch se situent dans le champ de l’histoire des représentations et de l’histoire culturelle. Il est notamment l'auteur de Paresse : histoire d’un péché capital (Armand Colin, 2013).

Une émission en lien avec la 24e édition des Rendez-vous de l'histoire qui se tient à Blois du 6 au 10 octobre 2021 sur le thème du travail.

Références sonores

  • Archive d'un microtrottoir au sujet de la paresse dans Aujourd'hui magazine - Antenne 2, 11 novembre 1977
  • Lecture du Traité pratique : ou Le moine d'Evagre le Pontique, traduction et édition par Antoine et Claire Guillaumont, Éditions du Cerf, 1971, lu par Frédérique Tirmont
  • Archive de Jean d'Ormesson interrogé par Pierre Desgraupes sur le sommeil et la paresse - ORTF, 8 juillet 1959
  • Archive de Louis de Funès qui déclame La Cigale et la fourmi, fable de Jean de La Fontaine
  • Archive de Jacques Brel - France 5, 1971
  • Archive de l'émission Tribune de Paris : Les hommes, les événements, les idées à l'ordre du jour - RDF, 12 mars 1946
  • Extrait de La Paresse d'Eugène Sue adapté par Jean-Louis Bory avec Jean-Pierre Marielle et Louise Roblin - ORTF, 2 avril 1960
  • Archive d'un reportage sur les habitations à loisirs modérés - RTF, 3 décembre 1964
Intervenants
  • Professeur émérite à l'université Marc Bloch de Strasbourg
L'équipe
Production
Réalisation
Production déléguée
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......