LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Scénographie de la cosmographie de Ptolémée selon l'astronome Andreas Cellarius, vers 1660. Collection privée.
Épisode 2 :

Hissez haut, les cartographes prennent le large

51 min
À retrouver dans l'émission

Vastes étendues porteuses de promesses et de dangers, les mers sont à la fois des espaces commerciaux et la voie vers un monde à explorer. À partir du XIIIe siècle, les navigateurs tracent des cartes marines et racontent leur monde. Cap sur le Moyen Âge et la Renaissance !

Utilisation du sextant en navigation, 1583
Utilisation du sextant en navigation, 1583 Crédits : Dea Picture Library/De Agostini - Getty

Hissez haut, les cartographes prennent le large ! 

« Oh ! combien de marins, combien de capitaines                        
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,                        
Dans ce morne horizon se sont évanouis ! »

Ces marins n’avaient donc pas de carte ? En 1840, Victor Hugo nous embarque dans Oceano Nox :

« Combien ont disparu, dure et triste fortune !                  
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,                  
Sous l'aveugle océan à jamais enfouis ! »

Les marins ont disparu, mais il nous reste leurs cartes… Xavier Mauduit

Carte marine ou portulan, compas et sextant, lignes de rhumbs et rose des vents : les mots des cartes de navigation médiévales font rêver. Au XIIIe siècle, alors que cette nouvelle forme de représentation du monde centrée sur la Méditerranée apparaît, la carte marine est un complément de la mappemonde, plus symbolique. Né de la superposition d’un schéma en étoile (formé par les lignes partant des roses des vents) et de la ligne de côte, ce nouveau format cartographique tantôt s’épure et tantôt se charge de toponymes, d’indications commerciales et de références bibliques ou historiques.

Les cartes marines sont dessinées sur une peau de parchemin entière, une peau d'animal dont on conserve à peu près la forme. On voit souvent le cou, les pattes de l'animal. Elles mesurent à peu près un mètre de long et sont parfois assemblées en plusieurs feuilles de parchemin. Ce sont des cartes de différentes dimensions, dont la matrice représente la Méditerranée, ses côtes et quelques espaces autour. Emmanuelle Vagnon

Mais quels rapports ces cartes marines entretiennent-elles avec l’espace géographique et topographique réel ? Sont-elles utilisées par les marins, par les marchands, par les souverains ? Et reflètent-elles les bouleversements provoqués par la découverte des nouveaux mondes à la Renaissance ? Nous en parlons ce matin avec nos invités, Emmanuelle Vagnon et Frank Lestringant.

Les cartes actuelles ne sont pas non plus forcément exactes ni réelles. Il y a des cartes fictives. Dans l'atlas de Guillaume Le Testu, constitué de cinquante-six cartes et terminé en 1556, il y a des cartes qui ont été faites par imagination. Le Testu le dit dans la légende sur la page opposée à la carte. Le terme imagination revient trois ou quatre fois. Il y a donc une dizaine de cartes qui représentent la terre australe, qui n'est pas l'Australie actuelle, mais une terre beaucoup plus grande qui joindrait la terre de Feu à Java (...). Pourquoi cette terre australe ? Parce que la France rêve de construire un empire et qu'il faut de la place pour faire un empire. Frank Lestringant

Du point de vue artistique, on distingue des styles - mais qui sont quand même très perméables, car on peut avoir une carte de Majorque très sobre et une carte vénitienne, au contraire, très ornée. Globalement, les cartes majorquines sont des cartes de prestige, avec des éléments à l'intérieur des terres, tandis que les cartes vénitiennes sont souvent des atlas sobres. Ce sont deux grandes familles avec des circulations de personnes et de styles qui dépendent de la commande. Emmanuelle Vagnon

Avec Emmanuelle Vagnon, historienne et médiéviste, chargée de recherches au CNRS dans le Laboratoire de Médiévistique Occidentale de Paris (LAMOP) depuis 2013. Elle a participé au projet ANR Median (Sociétés méditerranéennes et Océan Indien). 

Et Frank Lestringant, professeur de littérature française à l'université Paris-Sorbonne, spécialiste de la Renaissance.

Références sonores

  • Lecture d’un extrait du traité du géographe Pierre Duval, La Carte générale et les cartes particulières des costes de la mer Méditerranée, 1664, lu par Daniel Koenigsberg
  • Archive du documentaire Christophe Colomb ou la découverte de Daniel Costelle - France 2, 29 avril 1992
  • Archive d'Edmond Pognon, conservateur à la Bibliothèque nationale, dans Une mémoire bien rangée - TF1, 17 octobre 1979
  • Extrait de la mini-série Le Nom de la rose de Giacomo Battiatto, 2019
  • Chanson Corsaires par François Deguelt d'après la bande originale de la série Corsaires et flibustiers, 1966
  • Extrait du film 1492 : Christophe Colomb de Ridley Scott avec Gérard Depardieu, 1992
  • Archive du médecin et biologiste Alain Bombard à propos du trésor de Francis Brake dans Il était une fois l'homme - France 3, 13 janvier 1979
  • Lecture d'un extrait de Les singularitez de la France antarctique d'André Thevet (1516-1590), nouvelle édition de 1878, lu par Daniel Koenigsberg
Intervenants
  • Historienne et médiéviste, chargée de recherches au CNRS dans le Laboratoire de Médiévistique Occidentale de Paris (LAMOP)
  • Professeur de littérature française à l'université Paris-Sorbonne, spécialiste de la Renaissance
L'équipe
Production
Réalisation
Production déléguée
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......