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Deux feuillets du manuscrit franciscain restauré par la Bibliothèque nationale de France. Il mesure 12 x 8 cm et aurait appartenu à un frère franciscain.

Le manuscrit franciscain retrouvé, coulisses d’une enquête

50 min
À retrouver dans l'émission

Un manuscrit tenant dans la paume d'une main est découvert en 2014. La Bibliothèque nationale de France numérise les cent vingt-deux feuillets inédits et offre ainsi le codex à l'expertise internationale pour révéler ses secrets. Il aurait appartenu à un disciple de François d'Assise.

Deux feuillets du manuscrit franciscain restauré par la Bibliothèque nationale de France. Il mesure 12 x 8 cm et aurait appartenu à un frère franciscain.
Deux feuillets du manuscrit franciscain restauré par la Bibliothèque nationale de France. Il mesure 12 x 8 cm et aurait appartenu à un frère franciscain.

Le manuscrit franciscain retrouvé, coulisses d’une enquête… Quel est cet étrange manuscrit de petite taille, celle d’un livre de poche, récemment acheté par la Bibliothèque nationale de France ? Qui l’a écrit, d’où vient-il, que contient-il ? C’est l’occasion d’une formidable enquête actuelle et médiévale. Il est certain que ce manuscrit n’est pas le second tome de la Poétique d’Aristote, le livre que cherche frère Guillaume de Baskerville, un moine franciscain, dans « Le Nom de la rose », le roman d’Umberto Eco. Pour son enquête, frère Guillaume n’est accompagné que de son disciple, le jeune Adso. Là, c’est tout une équipe de chercheurs et de chercheuses mobilisée : historiens, historiennes, experts en paléographie, en physique, chimie, biologie et bien sûr théologie. Il y a sans doute moins de crimes et de tension sexuelle à la Bibliothèque nationale que dans « Le Nom de la rose » (quoique…). Dans les deux cas, l’enquête est palpitante, riche de suspens et de rebondissements. Xavier Mauduit

Minuscule livre de poche (12 x 8 cm), le manuscrit mis en vente en 2014 par une galerie parisienne, fruste, usé, dépenaillé et à peine déchiffrable, a pourtant suscité un extraordinaire engouement international et d’intenses investigations scientifiques. Ce libricino qu’un frère itinérant, disciple de François d’Assise, glissait dans sa besace voici huit cents ans fut, en quelques mois, acquis par la Bibliothèque nationale de France, numérisé et mis en ligne sur Gallica pour être offert à l’expertise internationale.

Ce n'est pas un grand parchemin, quelque chose qui aurait été choisi pour un personnage exceptionnel. On sent qu'il y a un besoin de simplicité. Le parchemin est fin pour faire un petit livre. Si on avait mis du parchemin épais, on aurait eu quelque chose de mal pratique, un objet aussi épais que haut et large, comme un pavé. L'idée, ici, c'est d'avoir quelque chose de transportable et de souple. Jacques Sicre

Quelques années de recherche plus tard, les cent vingt-deux petits feuillets n’ont pas livré tous leurs secrets, mais les spécialistes réunis dans l'ouvrage Le manuscrit franciscain retrouvé (CNRS Éditions, août 2021), experts en physique, chimie, biologie, paléographie, codicologie, philologie, histoire ou théologie, ont opéré des avancées décisives.

Nous sommes dans l'enquête policière, une enquête qui reste ouverte. Nous pensons que le travail s'est produit par cahier. C'est l'unité de base. Ce cahier n'appartient pas à une seule personne, mais est promené ici ou là, du fait de l'itinérance. Il est passé de main en main et enrichi au fur et à mesure. (...)

Il y a deux sources d'information, d'abord les livres déjà existants dont on fait des anthologies, on garde des morceaux et retient ce qui est intéressant. Ensuite, il y a l'oralité, ce qui se dit dans la société et qui est pris en note par les frères qui se promènent, pas seulement en Italie, mais aussi en France. Nous sommes certains qu'ils viennent à Paris, cœur de l'enseignement de très haut niveau avec la seule faculté de théologie de ce moment-là. Ils viennent certainement y suivre un enseignement. Nicole Bériou

Ce recueil contient non seulement une Vie inédite de saint François (1181-1226) rédigée dans les années 1230, mais aussi divers sermons connus ou inédits d’Antoine de Padoue, un commentaire au Pater noster où vibre peut-être la ferveur du Poverello en personne, des extraits, des florilèges ou la copie d’œuvres entières comme les étranges Révélations du pseudo-Méthode. Trésor historique inestimable, il est aussi un « objet total » qu’il faut observer, sonder, explorer, pour extraire toutes les informations que recèlent ses matériaux, sa fabrication, son usage. Cet attachant recueil constitue un témoignage exceptionnel des préoccupations et de la sensibilité d’un petit groupe de Frères mineurs, au lendemain de la disparition de leur fondateur.
(Présentation de l'éditeur)

Dans le petit manuscrit, dans la légende inédite de saint François que j'ai eu la chance d'éditer, il y a trois mots qui expliquent pourquoi François appelle toutes les créatures du terme de frère et sœur : frère Soleil, sœur Lune, sœurs les étoiles, la terre, le vent, l'eau, etc. distribués en catégories masculines et féminines. Là, il est dit que François les appelait frères et sœurs « propter unum principium », « parce qu'ils ont un seul principe », un seul père, c'est une famille. Vous voyez la modernité incroyable de ce message. Quand je vous disais que ce petit livre est un être vivant et explosif, en voilà une illustration. Jacques Dalarun

Nous en parlons avec Nicole Bériou, historienne médiéviste, professeur émérite à l’Université Lumière Lyon 2, directeur d’études émérite à l’École pratique des hautes études, co-directrice de l’ouvrage Le manuscrit franciscain retrouvé (CNRS Éditions, août 2021),

Jacques Dalarun, historien du Moyen Âge, directeur de recherche au CNRS, membre de l’Institut de France (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), ancien directeur de l’Institut de recherche et d’histoire des textes (IRHT), co-directeur de l’ouvrage Le manuscrit franciscain retrouvé (CNRS Éditions, août 2021),

et Jacques Sicre, restaurateur de livres, chef d'atelier au service restauration du département de la conservation de la Bibliothèque nationale de France (BnF), il a collaboré à l’étude du manuscrit.

Références sonores

  • Archive sur la naissance des ordres mendiants dans Analyse spectrale de l'Occident - RDF, 7 février 1959
  • Extrait de la mini-série Le Nom de la rose de Giacomo Battiatto, 2019
  • Lecture du Cantique des créatures par Michael Lonsdale et Claire Meunier
  • Musique Ça fait rire les oiseaux par La Compagnie créole
  • Archive sur saint François d'Assise dans Les Dossiers de l'écran - ORTF, 16 août 1972
  • Archive sur la Bibliothèque nationale dans Rond point - ORTF, 16 mai 1970
  • Archive du père Desbonnets qui évoque François d'Assise dans Le Jour du Seigneur - TF1, 3 octobre 1976
Intervenants
  • Historienne médiéviste, professeur émérite à l’Université Lumière Lyon 2, directeur d’études émérite à l’École pratique des hautes études
  • Historien du Moyen Âge, directeur de recherche au CNRS, membre de l’Institut de France (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres)
  • Restaurateur de livres, chef d'atelier au service restauration du département de la conservation de la Bibliothèque nationale de France (BnF)
L'équipe
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