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Jeune garçon devant une mine et fonderie de cuivre dans le Montana aux États-Unis vers 1910
Épisode 2 :

Les Lumières, le jeu de la nature et du progrès

51 min
À retrouver dans l'émission

Au lendemain de 1790, les révolutionnaires français ne badinent pas avec la nature. Ils veulent inventer un ordre harmonieux, où l’humain, le végétal et l’animal coexistent et réaliser l’idéal universel de la Révolution. Une écologie républicaine inspirée de la philosophie des Lumières.

Tableau "Le Triomphe de la Liberté" de Colinart, 1790, huile sur toile, conservé au Musée de la Révolution française à Vizille
Tableau "Le Triomphe de la Liberté" de Colinart, 1790, huile sur toile, conservé au Musée de la Révolution française à Vizille Crédits : Dea/G. Dagli Orti/De Agostini - Getty

Le jeu de la nature et du progrès au siècle des Lumières. Le 26 août 1789, l'Assemblée constituante adopte solennellement la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Elle y expose dans les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme. Plus loin, ils sont dits imprescriptibles. Pourquoi ces droits sont-ils « naturels » ? Que vient faire la nature dans cette histoire révolutionnaire ? « L'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits ». Dans ce cas, la liberté consisterait-elle aussi à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à l’environnement d’autrui, à la nature ? Xavier Mauduit

Au XVIIIe siècle, les philosophes et les savants interrogent le rapport de l’être humain à la nature. Les liens d’interdépendance entre tous les êtres vivants et leurs écosystèmes apparaissent de plus en plus clairement. Dans le même temps, la question de la place à accorder aux animaux se pose : est-il possible de faire advenir une société fondée sur des valeurs d’égalité, tout en acceptant l’exploitation d’êtres vivants et sensibles ? 

D'un côté, il s'agit d'utiliser la puissance des animaux pour renforcer la République. Pour cela, il faut mobiliser les sciences, notamment la chimie de Lavoisier qui envisage un cycle de matière. Au sein de ce cycle (rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme), les animaux jouent un rôle essentiel. Cela guide la réflexion des Républicains sur leurs réformes pendant la Révolution française : encourager l'utilisation d'animaux en agriculture pour enrichir la République.

Face à cette volonté d'animaliser la République, apparaît une autre attitude, un peu opposée, de républicaniser le rapport aux animaux. Il ne doit pas être seulement utilitaire, mais envisagé dans un rapport plus humain. La façon dont vous vous comportez avec les animaux reflète la façon dont vous vous comporter avec les humains. Julien Vincent

Les révolutionnaires, forts de ces nouvelles connaissances, accordent une place centrale à ces questions lors des premières assemblées des années 1790. Les thèmes du déboisement, de l'érosion des sols de montagne, de l’infection de l’air, de la pénurie de combustible, des modes de gestions forestières ou encore des abus de la pêche et de la chasse y sont évoqués. Ces différentes pratiques sont associées aux dérives de l’Ancien Régime et les révolutionnaires entendent bien y substituer une œuvre régénératrice de la nature, fondée sur des principes de rationalité et de progrès.

Cette nouvelle écologie républicaine est à la fois un miroir des avancées philosophiques et scientifiques de son temps, une franche critique de l’Ancien Régime et une manière, pour le nouveau régime en place, de faire de la France un Éden républicain, où les animaux, les individus et les paysages pourraient coexister harmonieusement. Comment cette volonté d’écologie politique s’est-elle manifestée ? Les notions de préservation des paysages et des ressources énergétiques est-elle déjà présente au XVIIIe siècle ? Aujourd’hui, que peut nous apporter cette pensée des Lumières face aux défis environnementaux contemporains ?

Au XVIIe et surtout au XVIIIe siècle, l'ennemi, c'est l'hétéronomie, la religion, un ordre théocratique. Le concept de nature est polémique. C'est une arme de guerre pour penser l'essence de l'homme. Quand on parle des droits naturels, on pense les critères de légitimité d'un État qui ne serait pas fondé sur la surnature, Dieu, les traditions et un ordre essentialiste, mais sur la liberté. Pour Rousseau, le mot nature veut dire l'essence et la liberté, ce n'est pas une naturalisation. L'enjeu est de libérer l'humain des traditions qui l'enchaîneraient. Corine Pelluchon

Avec Corine Pelluchon, professeure de philosophie à l'université Gustave Eiffel. Spécialiste d’écologie politique, d'éthique environnementale et de la question animale, elle est l’autrice de nombreux ouvrages parmi lesquels Réparons le monde. Humains, animaux, nature (Rivages, 2020) et Les Lumières à l'âge du vivant (Seuil, 2021). Elle signe également Manifeste animaliste. Politiser la cause animale qui est réédité le 22 septembre 2021 aux éditions Rivage.

Et Julien Vincent, maître de conférences en histoire des sciences à l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Spécialiste d’histoire des sciences morales et politiques et d’histoire environnementale de la Révolution et du XIXe siècle, il a publié de nombreux articles et a notamment participé à l’ouvrage collectif "La modernité dure longtemps" : Penser les discordances des temps avec Christophe Charle (Éditions de la Sorbonne, 2020).

Références sonores

  • Extrait du Chapon et la poularde de Voltaire dans une mise en scène de Jean-François Prévand - France Culture, 1979
  • Archive de Claude Lévi-Strauss à propos de Jean-Jacques Rousseau dans l'émission Portrait souvenir - RTF, 1962
  • Musique Ronde pour la plantation de l'arbre de la liberté à l'occasion de la cérémonie du 26 ventôse an II (6 mars 1793) - Album : La carmagnole villageoise, 1988
  • Lecture d'un extrait de Vues sur l’enseignement public de Bernard de Lacépède (1790), lu par Pierre-Marie Baudoin
  • Archive sur le Jardin des plantes présenté dans Les samedis de France Culture - France Culture, 1977
Intervenants
  • Philosophe, professeure à l'université Paris-Est Gustave Eiffel, spécialiste de philosophie politique et d'éthique normative et appliquée
  • Maître de conférences en histoire des sciences à l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
L'équipe
Production
Réalisation
Production déléguée
Avec la collaboration de
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