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Colonne du Largo di Torre Argentina, site archéologique à Rome, en Italie
Épisode 3 :

Les ruines, pierre angulaire de la ville

51 min
À retrouver dans l'émission

Murs écroulés, colonnes décrépites, pierres entassées. Au détour d'une rue, les ruines surgissent dans le paysage urbain, témoins de la survivance du passé. Fascination, appropriation, indifférence, comment les sociétés, de l'Antiquité au XIXe siècle, ont-elles pensé les ruines dans leurs villes ?

Le Forum à Rome. Peinture de David Roberts, 1859
Le Forum à Rome. Peinture de David Roberts, 1859 Crédits : Guildhall Library & Art Gallery/Heritage Images - Getty

Les ruines sont-elles la pierre angulaire de nos villes, de notre histoire, de notre mémoire ? D’ailleurs, qu’est-ce qu’une ruine ? C’est « l’effondrement partiel ou total d'une construction ou d'un ensemble d'édifices à la suite d'une dégradation naturelle, d'une destruction volontaire ou accidentelle », nous dit le Trésor de la langue française. Parfois, la ruine prend corps quand elle désigne la dégradation physique d'une personne. Dans tous les cas, que nous disent les ruines ? « En quel endroit de sa personne pourrait−elle loger un grain de vertu ? » se demande Anatole France dans son roman « La Rôtisserie de la reine Pédauque », paru en 1893. Il répond : « La vertu, comme le corbeau, niche dans les ruines. Elle habite les creux et les rides des corps ». Des ruines qu’il s’agit de visiter et surtout de comprendre. Xavier Mauduit

Dans les tableaux romantiques du XVIIIe et du XIXe siècles, des ruines s’élèvent, éparses, comme autant de memento mori et d’invitations à la réflexion mélancolique. Tantôt nues, tantôt envahies de végétation, elles se dressent le plus souvent au milieu d’espaces vides de présence humaine, objets à mi-chemin entre nature et culture. La ruine offre alors aux peintres de l’époque un havre de paix, loin de l’agitation des villes qui grossissent à vue d’œil ; une image idéalisée du passé, envers du progrès galopant. 

Il y a une relation quasiment essentielle entre les ruines et les hommes parce qu'il n'y a pas d'homme sans la conscience d'un temps passé incarné dans les choses. Les hommes de la fin du XVIIIe siècle, autour de Diderot, puis Chateaubriand, ont fabriqué la notion moderne et universelle des ruines. C'est ce chemin escarpé qui mène de l'identité des hommes et des femmes qui les fabriquent à celle des sociétés qui pensent le passé en fonction du futur. Alain Schnapp

Les ruines, pourtant, ne se situent pas toutes hors de la ville, ni au XVIIIe siècle ni même auparavant. Depuis l’Antiquité, les sociétés ont eu à se demander quoi faire de leurs ruines ou des ruines des civilisations qui leur avaient précédé. Mais alors que la ruine et la ville semblent antinomiques, comment les concilier ? Quelles fonctions a-t-on accordées aux vestiges au cours de l’histoire ? Et comment les habitants se les sont-ils appropriées ?

Les pharaons restaurent les sanctuaires abandonnés et les murailles négligées parce qu'ils ont une dette par rapport au pharaon qui les a précédés. Ils remplacent ce qui était en brique par de la pierre pour assurer, au fil du temps, la fonction mémoriale dévolue à l'œuvre du pharaon entouré de ses scribes. Certains Pharaons se présentent eux-mêmes comme des savants ou comme des antiquaires inspirés. Alain Schnapp

Avec Alain Schnapp, professeur émérite d’archéologie grecque à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne. Il s’intéresse particulièrement aux méthodes de l’archéologie et à son histoire. Il a créé et dirigé l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), depuis sa création en 2001 jusqu’en 2005.

Alain Schnapp a notamment publié Une histoire universelle des ruines. Des origines aux Lumières (Seuil, 2020), Ruines : essai de perspective comparée (Les Presses du réel, 2015) et La conquête du passé : aux origines de l'archéologie (Éditions Carré, 1993, réédition à La Découverte en 2020). Il a codirigé avec Jean-Paul Demoule et Dominique Garcia, Une histoire des civilisations. Comment l’archéologie bouleverse nos connaissances (La Découverte/Inrap, 2018).

Références sonores

  • Lecture du Lévitique (26, 27-33) dans une traduction de la Bible d’Osty et Trinquier 1973, lu par Tatiana Werner
  • Archive du Journal de 20h - Antenne 2, 1987
  • Archive de Michel Bouquet évoquant le Louxor - FR 3, 1985
  • Lecture du Salon de 1767 de Denis Diderot, lu par Tatiana Werner
  • Musique Ruiné comme Athènes par Soviet Suprem - Album : L'Internationale, 2014
  • Archive sur l'amphithéâtre de Poitiers dans Le 19-20 - France 3, 2016
  • Archive sur les ruines de Varsovie - Les  Actualités françaises, 1946

Pour aller plus loin

Intervenants
  • Archéologue et historien, professeur émérite d’archéologie grecque à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne
L'équipe
Production
Réalisation
Production déléguée
Avec la collaboration de
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