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Trois garçons écoutent la radio vers 1927.
Épisode 4 :

Les voix du passé, du microsillon aux archives sonores

51 min
À retrouver dans l'émission

Cylindre, vinyle, audiocassette... L'histoire du son et de la radio s'articule à celle des inventions techniques. Se pose aussi la question de ce que l'on souhaite enregistrer, diffuser, graver et finalement conserver pour la postérité.

Contrôle d'un équipement radiophonique
Contrôle d'un équipement radiophonique Crédits : Keystone-France / Gamma-Rapho - Getty

Quelle émotion d’entendre une voix venue du passé. Souvent, c’est celle de quelqu’un qui n’est plus et qui s’adresse à nous, de l’au-delà… la personne est donc toujours là ! Quel étonnement aussi d’entendre l’accent, la vibration de la voix, le r qui est roulé, la voix nasillarde. Les voix venues du passé sont conservées dans les archives sonores dont notre patrimoine s’honore.

Conserver pour la postérité

En 1860, l’ouvrier typographe Édouard-Léon Scott de Martinville parvient à enregistrer de manière intelligible sa propre voix. Il est le premier individu à avoir pu réaliser un tel exploit. Pourtant, c’est l’invention du phonographe en 1877 par Thomas Edison qui continue de faire date : ici, la voix n’est plus seulement enregistrée, elle peut aussi être restituée ! Cette avancée sans précédent marque le coup d’envoi d’une série d’innovations rapides, qui font qu’à la fin des années 1900, le phonographe est déjà un objet qui se démocratise et que le disque se substitue peu à peu au cylindre. 

"Au départ de l'enregistrement sonore, il y a l'idée de conserver pour la postérité, pour l'éternité, les grandes voix du passé, explique l'historien Ludovic Tournès. C'est très intéressant du point de vue anthropologique, parce que, photographie d'un côté, conserver l'image, enregistrement sonore de l'autre, conserver la voix, il y a un rapport à la mémoire qui change dans les sociétés en pleine deuxième révolution industrielle."

Constituer un patrimoine oral

La possibilité d’enregistrer et de faire entendre de la musique fait bientôt de l’enregistrement sonore une industrie en plein essor. Les premières vedettes du disque, comme Enrico Caruso ou les figures de proue du café-concert, sont rapidement connues du grand public. Pourtant, l’enregistrement sonore n’a pas été inventé pour la musique, mais bien pour la parole. On songe à conserver la parole des grands hommes, à constituer un patrimoine oral, mais aussi à graver sur cylindre ou sur disque des sons en voie de disparition. En France, c’est la collecte des patois qui se développe, en réaction à la disparition des cultures rurales et à l’expansion des zones urbaines et industrielles. Le linguiste Ferdinand Brunot coordonne ces opérations et constitue peu à peu les "Archives de la Parole".

"La notion de patrimoine est un mot clé quand il s'agit de savoir ce qu'on conserve et ce qu'on ne conserve pas. Il y a toujours un choix d'ordre patrimonial, qui évolue suivant les périodes, remarque Ludovic Tournès. Il y a des choses qu'on estimait peu dignes d'être conservées dans les années 1920, dont on se dit aujourd'hui qu'on aurait dû les conserver."

L'archive sonore, comme un parfum d'histoire

Peu à peu, le son, la voix, la parole, mais aussi les plaisanteries, les berceuses, les jeux de mots, les expressions représentent un patrimoine sonore qu’il importe de protéger et de conserver. À partir des années 1930, le son radiophonique vient enrichir ce patrimoine sonore, et, en 1975, l’Institut national de l’audiovisuel est chargé de conserver et valoriser les programmes de radio, télévision, vidéo et publicité. "Quand on écoute des sons anciens, on écoute aussi une atmosphère. On écoute autre chose que simplement le son, comment un parfum d'histoire nous vient" témoigne Catherine Gonnard, chargée de mission documentaire à l’INA.

Aujourd’hui, les conservateurs de l’INA veille sur plus d’un million et demi d’heures de programmes radiophoniques, qui représentent plus de cent kilomètres linéaires d’archives. Alors, pourquoi chercher à enregistrer du son ? Comment les premiers enregistrements ont-ils été réalisés ? Comment ces techniques ont-elles évolué et selon quelles exigences ? Comment veiller sur ce patrimoine sonore et le faire connaître ?

Intervenant·e·s

Ludovic Tournès est professeur d’histoire internationale à l’Université de Genève, spécialiste de l'histoire du jazz et de l'enregistrement sonore. Il a publié Américanisation. Une histoire mondiale XVIIIe-XXIe siècles (Fayard, 2020) et Musique ! : du phonographe au MP3, 1877-2011 (Autrement, 2008).

Catherine Gonnard est journaliste, essayiste et chargée de mission documentaire à l’Institut national d’audiovisuel (INA).

En fin d’émission, Valérie Hannin, directrice de la rédaction du magazine L'Histoire, présente le dossier de décembre 2021 : L'idéologie Confucius.

Références sonores

  • Archive du plus ancien enregistrement audible d'une voix humaine qui soit connu, Au clair de la lune, datant du 9 avril 1860
  • Archive de Ferdinand Brunot qui parle à un tapissier de Paris, Louis Libague, Archives de la parole - 1912
  • Archive de Guy-Charles Cros à propos de son père, Charles Cros dans Le bureau des rêves perdus ou à la poursuite des rêves perdus - RDF, 22 décembre 1955
  • Archive de Sarah Bernhardt qui déclame "Un peu de musique" de Victor Hugo en 1903
  • Archive de Léo Ferré sur les disques et Charles Cros dans Ce que Paris Chante - ORTF, 1973
  • Archive de Paul Vaillant-Couturier - RDF, 1er mai 1932
  • Archive de Marceau Long annonce l'éclatement de l'ORTF et la naissance de l'Institut de l'audiovisuel - ORTF, 31 décembre 1974
  • Archive de Jean Cocteau enregistré en 1952
  • Archive de Stéphane Kudelski, inventeur du Nagra, dans La boîte de Pandore - France Culture, 17 septembre 1971
Chroniques
9H52
4 min
Le Pourquoi du comment : histoire
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Intervenants
  • Professeur d’histoire internationale à l’Université de Genève
  • Journaliste, essayiste et chargée de mission documentaire à l’Institut national d’audiovisuel (INA)
L'équipe
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