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Gravure de propagande représentant la Ligue catholique contre les Huguenots,1594
Épisode 3 :

Pogroms en Russie, quand la persécution des Juifs devient une habitude

51 min
À retrouver dans l'émission

La persécution des populations juives dans l'Empire russe prend une forme particulièrement violente et massive à la fin du XIXe siècle avec les pogroms. Les massacres, d'abord commis par les populations voisines et tolérés par le pouvoir, s'intensifient au tournant du XXe siècle.

Image d'un pogrom à Kichinev, capitale de la Bessarabie alors russe (actuelle capitale de la Moldavie), le 6 et 7 avril 1903 et le 19 et 20 octobre 1905
Image d'un pogrom à Kichinev, capitale de la Bessarabie alors russe (actuelle capitale de la Moldavie), le 6 et 7 avril 1903 et le 19 et 20 octobre 1905 Crédits : Universal History Archive - Getty

« Pogroms en Russie, quand la persécution des Juifs devient une habitude... Le 10 février 1916, L'Émancipation juive, le bulletin bi-mensuel de la Ligue pour la défense des juifs opprimés, s’intéresse à la situation légale des juifs en Russie : « Le Droit est simple, comme la vérité. La révolution française en créa la formule concise : Tous les citoyens sont égaux devant la loi. Par contre, l’arbitraire, cette négation du Droit, est compliqué, comme le mensonge. Il varie à l’infini ». L’auteur ajoute que « c’est donc une tâche difficile entre toutes que d’exposer, clairement et brièvement, le code de l’arbitraire, qui régit la situation "légale" des Juifs en Russie. Essayer un peu d’évoquer devant le lecteur contemporain le maquis du "droit" féodal !... » C’est ce sombre maquis qu’il nous faut explorer : comment la persécution des Juifs en Russie, affaire de voisinage, s’est peu à peu transformée en une affaire d’État ? » (Xavier Mauduit)

Le 13 mars 1881, le tsar Alexandre II est assassiné à Saint-Pétersbourg. Quelques semaines à peine après l’événement, les actes de violence à l’encontre des populations juives de l’Empire russe se multiplient. Ces « pogroms », un terme russe désignant un assaut, avec pillage et meurtres, d'une partie de la population contre une autre, en particulier juive, sont alors le fait de voisins. Les populations juives, cantonnées à l’ouest de l’Empire, servent alors d’exutoire à de nombreuses peurs consécutives à l’assassinat du tsar - des rumeurs que le nouveau tsar réactionnaire marqué par l’antijudaïsme orthodoxe ne calme que tardivement. 

Mais cette première « vague » de pogroms n’est pas la dernière : entre 1903 et 1906, alors que la fièvre révolutionnaire commence à gagner l’Empire, d’autres violences et d’autres massacres ont lieu. Convaincu de la collusion entre les populations juives et l’agitation révolutionnaire, une fois encore, le tsar Nicolas II n’intervient pas. Lorsque la Grande Guerre éclate, la violence à l’encontre des Juifs redouble, cette fois portée par l’armée (ou ses déserteurs) : les pogroms de la période 1917-1921 sont ainsi les plus meurtriers. 

Pourquoi les Juifs et leur religion font-ils l’objet de tant de haine et de violences dans la Russie tsariste puis révolutionnaire ? Quelle progression observe-t-on de la première vague de pogroms à la troisième ? Quelles mutations de l’antijudaïsme et de l’antisémitisme peut-on y lire ? Nous en parlons avec Nicolas Werth et Annette Wieviorka.

Nicolas Werth est historien, spécialiste de l’histoire de la Russie soviétique et directeur de recherche à l’Institut d'histoire du temps présent affilié au CNRS. Il a notamment publié Les grandes famines soviétiques (Presses universitaires de France, 2020, collection « Que sais-je ? »), Le cimetière de l’espérance. Essais sur l’histoire de l’Union soviétique 1914-1991 (Perrin, 2019), Les révolutions russes (Presses universitaires de France, 2017, collection « Que sais-je ? ») Le Livre des pogroms : antichambre d'un génocide, Ukraine, Russie, Biélorussie, 1917-1922 (Éditions Calmann-Lévy, collection « Mémorial de la Shoah », 2010 : sous la direction de Lidia Miliakova, édition française de Nicolas Werth).

Annette Wieviorka est directrice de recherche honoraire au CNRS et vice-présidente du Conseil supérieur des Archives. Parallèlement à son travail d'historienne et aux livres qu'elle publie, Annette Wievorka s'engage dans l'association Primo Levi et a appartenu à la Mission d'étude sur la spoliation des Juifs de France. Son travail sur la Shoah lui a valu une notoriété internationale.
Elle a notamment publié Mes années chinoises (Stock, 2021), 1945, la découverte (Seuil, 2015), Nouvelles perspectives sur la Shoah (avec Ivan Jablonka, Presses universitaires de France, 2013), Juifs et Polonais : 1939 à nos jours (Albin Michel, 2009), L'Ère du témoin (Hachette, 2002), Auschwitz expliqué à ma fille (Seuil, 2000), Ils étaient juifs, résistants, communistes (Denoël, 1986, réédition Perrin 2018).

Références sonores

  • Extrait du film documentaire Les Révolutionnaires du Yiddishland, épisode 1 « Du Shtetl à la révolution » de Nat Lilenstein - Antenne 2, 4 mars 1984
  • Extrait d'une fiction radiophonique sur l’assassinat du tsar Alexandre II avec Maria Casarès - 16 avril 1955
  • Archive du témoignage de Simon Schiffrin, producteur de cinéma, dans Les archives sonores du cinéma français - 21 septembre 1978
  • Lecture d'un extrait de Rossia i Evrei (La Russie et les Juifs) d'I. M. Bikerman, 1924, lu par Daniel Kenigsberg
Chroniques
9H52
3 min
Le Pourquoi du comment : Histoire
Faut-il avoir un prénom "français" pour aimer la France ?
Intervenants
  • Historien, spécialiste de l’histoire de la Russie soviétique et directeur de recherche à l’Institut d'histoire du temps présent affilié au CNRS
  • Historienne, directrice de recherche honoraire au CNRS et vice-présidente du Conseil supérieur des Archives
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