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Dans l'atelier d'un tailleur (XVe-XVIe siècles). Fresque du château d'Issogne dans la Vallée d'Aoste en Italie
Épisode 1 :

Quand la mode voit rouge, c’est la cochenille qui redémarre

51 min
À retrouver dans l'émission

Petit insecte servant à produire la couleur rouge, la cochenille mexicaine est un trésor du Nouveau Monde au XVIe siècle. Lointaine et difficile à fabriquer, elle devient un pigment de luxe pour la confection de vêtements nobles en Occident, au cœur de rivalités commerciales.

Illustration de la cochenille et de l'insecte lac (de la famille des cochenilles) et de leurs diverses utilisations par Benjamin Waterhouse Hawkins, vers 1850
Illustration de la cochenille et de l'insecte lac (de la famille des cochenilles) et de leurs diverses utilisations par Benjamin Waterhouse Hawkins, vers 1850 Crédits : Oxford Science Archive/Print Collector - Getty

La mode, une histoire haute en couleur, mais que nous dit la couleur de nos vêtements ? En 1605, le botaniste Claude Duret fait paraître un ouvrage au titre très séduisant : « Histoire admirable des plantes et herbes esmerveillables & miraculeuses en nature ». Nous y apprenons que « le rouge cramoisy de haute couleur, lequel demande plus de Cochenille que ne fait le brun ny les autres » ou encore que « la robe de ceste Cochenille, ou graine, vaut plusieurs ducats ». La cochenille, une graine ? Non, c’est un insecte, objet de mystères, de désirs et de commerce. Xavier Mauduit

Substance oubliée de l’histoire, la cochenille rouge venue du Mexique était une des matières les plus valorisées du Nouveau Monde après les métaux précieux entre les XVIe et XVIIIe siècles. 

La cochenille (ou grana fina) est un petit insecte, de la taille d’un vermisseau, qui peuple les figuiers de barbarie au nord-est du Mexique. Découverte sur les marchés mexicains par les conquistadores, la grana fina permet l’obtention d’une large gamme de rouges - de l’écarlate au pourpre - avec seulement de faibles quantités. 

Les conquistadors ont été étonnés par l'éclat de la couleur et par sa solidité. Ce produit ressemblait au vermillon qu'ils pouvaient voir en Espagne. Le produit ressemblait à une petite graine, d'où l'appellation de « grana » et la confusion sur sa provenance - est-ce une graine ou un insecte ? - confusion entretenue par les Espagnols pour éviter que ce produit n'échappe à leur monopole. Gilbert Buti

Ce pigment ne peut être appliqué que sur des fibres animales comme la soie ou la laine et devient un bien prisé des hautes sociétés et manufactures de luxe européennes. Le rayonnement de la cochenille mexicaine s’explique également par la symbolique de la parure rouge en Occident : associée au pouvoir et au sacré, la gamme et la qualité du rouge deviennent des moyens de différenciation sociale

Le pape Paul II demande à ce que les tenues des cardinaux, ainsi que la sienne, soient teintes en rouge. Cette couleur va prendre une puissance codée, puisqu'on reconnaît ces personnages à leurs habits, dont la couleur est obtenue avec la cochenille. Les peintres ont d'ailleurs utilisé ce pigment pour représenter ces personnages puissants dans leurs tenues les plus précieuses et luxueuses. Danielle Trichaud-Buti

Les Espagnols, voulant garder leur monopole sur ce bien sollicité, entretiennent alors un mystère autour de l’origine de ce nouveau pigment. Un secret qui place ainsi la cochenille mexicaine au centre de guerres commerciales de la première mondialisation.

La cochenille a été éduquée par les Espagnols dans une aire de production réduite, au cœur du Mexique, dans les hauts plateaux de Oaxaca. Ils avaient la volonté de la garder secrètement. Il y a eu quelques fuites qui ont permis de faire sortir la cochenille. À l'extrême fin du XVIIIe siècle, un aventurier naturaliste français, Thiéry de Ménonville, mène une expédition pour s'emparer de la cochenille en se déguisant et se faisant passer pour un médecin. Il va essayer d'acclimater la cochenille aux Antilles, notamment à Saint-Domingue. Gilbert Buti

Nos invités, Danielle Trichaud-Buti et Gilbert Buti nous entraînent dans cette épopée de la cochenille mexicaine, grâce à leur recherche sur le long court Rouge Cochenille. Histoire d’un insecte qui colora le monde XVIe-XXIe siècle (CNRS Éditions, 2021).

Avec Danielle Trichaud-Buti, agrégée d’histoire. Professeure dans l'enseignement secondaire, elle est spécialiste d’histoire économique et sociale de l’Europe méditerranéenne du XVIe au XIXe siècle.

Et Gilbert Buti, agrégé et docteur en histoire. Il est professeur émérite d’histoire à l’université d’Aix-Marseille et chercheur à la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme (Laboratoire TELEMME, CNRS-Aix-Marseille Université).

Références sonores

  • Archive du reportage La cochenille : le sang des Dieux dans l'émission Faut pas rêver - France 3, 2001
  • Archive sur Hernan Cortès dans L’art du Mexique présenté dans l'émission Terre des arts - RTF, 29 octobre 1962
  • Extrait du Petit Chaperon rouge lu par Loleh Bellon, d'après le conte de Charles Perrault écrit en 1697
  • Archive de Michel Pastoureau dans les Nuits magnétiques - France Culture, 6 décembre 1990
  • Musique Rouge par Michel Sardou - Album : Io Domenico, 1984
  • Musique L'Homme à l'habit rouge par Barbara - Album : Barbara à l'Écluse, 1959
  • Lecture du Traité de la culture du nopal et de l’éducation de la cochenille dans les colonies françaises de l’Amérique de Thiéry de Ménonville, 1787, lu par Marc Henri Boisse
Intervenants
  • Agrégée d'histoire
  • Professeur émérite d’histoire à Aix-Marseille Université et chercheur à la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme (CNRS-TELEMME, Aix-en-Provence)
L'équipe
Production
Réalisation
Production déléguée
Avec la collaboration de
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