LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Dans l'atelier d'un tailleur (XVe-XVIe siècles). Fresque du château d'Issogne dans la Vallée d'Aoste en Italie
Épisode 4 :

Tout de blanc vêtues, porter sa vertu

51 min
À retrouver dans l'émission

Marque d'humilité et de pureté dans la liturgie catholique, le blanc émeut, émerveille, rapproche du sublime et du sacré. Une panoplie de vêtements religieux qui imprègne peu à peu le monde profane.

Groupe de nonnes, 1945
Groupe de nonnes, 1945 Crédits : Kirn Vintage Stock / Corbis - Getty

La mode, une histoire haute en couleur et tout de blanc vêtue, car le blanc est évidemment une couleur. Oui, tous les artistes vous le diront. Nous avons connu les roses blanches de Berthe Sylva (et c'était drôlement triste), nous nous méfions des armes blanches, nous avons vu passer des oies blanches et nous nous régalons de la sauce au beurre blanc. Mais quelle signification a le blanc quand il est la couleur d'une cornette, du voile ou de la guimpe d'une religieuse ? Le blanc, couleur de la vertu, mais pas seulement. Xavier Mauduit

Le blanc s’impose comme une couleur liturgique majeure au début du XIIIe siècle. Symbole de pureté, de virginité, de sacré et de silence, l’habit blanc devient l’apanage de la Vierge, du pape et des saintes femmes. Plusieurs congrégations religieuses intègrent cette couleur à leur habit réglementaire.  Mais l’éclat et l’ostentation du blanc en font, aux yeux de certains, un ennemi de l’humilité qui sied à une vie pieuse. L’habit fait l’objet de suspicions et de remises en question, jusqu’à sa marginalisation au XIXe siècle au profit d’un assombrissement généralisé des habits religieux.

Le blanc, c'est la lumière du Christ transfiguré, la couleur lumineuse des auréoles des saints et des saintes, la tenue des anges, quels que soient leur forme, leur non-sexe ou leur âge. C'est la couleur du paradis pour certaines civilisations. Il faut également rappeler que le blanc, en Asie notamment, est la couleur du deuil, de la mort. Même en France, le blanc a longtemps été la couleur de la tristesse et de la mortification. Nicole Pellegrin

Comment expliquer cette ambivalence de l’habit blanc ? Comment cette forte symbolique héritée de la liturgie catholique a-t-elle imprégné le monde profane ? Comment le vêtement blanc s’est-il imposé comme un synonyme de vertu, d’innocence, de pureté morale aussi bien que physique ? Comment la culture populaire, du cinéma à la littérature en passant par la publicité, a-t-elle accompagné ces différents processus ? Nicole Pellegrin passe en revue les nuances de blanc dans le vestiaire.

L'habit de religion a une fonction de démonstration. Chaque fois qu'un ordre était fondé ou voulait se réformer, les fondateurs et fondatrices commençaient par créer un nouvel habit. François de Sales et Jeanne de Chantal, fondateurs de la Visitation, ont passé des heures à imaginer quelque chose qui soit autre et en même temps uniforme, mortifiant et humble. L'habit monastique permet de se distinguer et de dire une manière propre de vivre sa foi. Il a aussi, à l'intérieur du couvent, une fonction de commodité spirituelle. Nicole Pellegrin

Les tenues de mariée, jusqu'à une date récente, étaient multicolores (...). Le mariage en blanc date de la fin du XIXe siècle. Beaucoup de femmes bretonnes des années 1920-1930 se marient en noir. Au XVIIIe siècle, l'arrivée des mousselines de Mossoul via les navires anglais lance la mode du blanc pour Marie-Antoinette, Vigée Le Brun et toutes les femmes qui se font peindre. L'avènement du blanc marque les esprits. C'est pourquoi Balzac, Hugo et d'autres racontent des noces en blanc dès les années 1820-1830, alors même que c'est encore la robe rouge ou noire qui est portée dans les campagnes pour solenniser l'arrivée au mariage des femmes. Nicole Pellegrin

Avec Nicole Pellegrin, historienne et anthropologue. Chargée de recherche honoraire au CNRS, elle est spécialiste du genre et du vêtement. Elle a notamment publié Femmes en fleurs, femmes en corps. Sang, santé, sexualités, du Moyen Âge aux Lumières (Presses universitaires de Saint-Étienne, 2010), Revisiter la querelle des femmes. Discours sur l’égalité/inégalité des sexes, de 1750 aux lendemains de la Révolution française (co-dirigé avec Eliane Viennot, Presses universitaires de Saint-Étienne, 2012) et plus récemment Voiles, une histoire du Moyen Âge à Vatican II, (CNRS éditions, 2017). Elle est aussi l’autrice d’un article paru dans la revue Modes Pratiques de novembre 2015 intitulé « Au risque de se perdre. Normes chromatiques et nuances de blanc dans le vêtement monastique féminin ».

Références sonores

  • Archive de Sœur Sabine Marie dans Le grand chemin des monastères - France Culture, 23 août 1995
  • Extrait de La publicité par Coluche
  • Extrait du film Le Gendarme à Saint-Tropez de Jean Girault avec France Rumilly dans le rôle sœur Clotilde, 1964
  • Extrait du film Sister Act d'Emile Ardolino, 1992
  • Lecture de Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, 1958, par Marc Henri Boisse
  • Archive sur le mariage en blanc dans Aujourd'hui Madame - RTF, 1er décembre 1971
  • Archive sur la visite d'un couvent de Carmélites dans l'émission Une caméra au Carmel de Cinq colonnes à la une - ORTF,  1er juillet 1966
Intervenants
  • Historienne et anthropologue, chargée de recherche honoraire au CNRS (IHMC/ENS Paris)
L'équipe
Production
Réalisation
Production déléguée
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......