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Berlin, le 15 juin 1990
Épisode 2 :

La RDA par elle-même

52 min
À retrouver dans l'émission

En 1990 l’Allemagne de l’Est disparaît, son rattachement à la RFA signe la disparition d’un Etat qui avait tenté de mettre en application une utopie du socialisme politique. Comment les Allemands de l’Est se représentaient-ils et ont-ils ou non défendu leur pays si vite effacé ?

Berlin, le 15 juin 1990
Berlin, le 15 juin 1990 Crédits : Richard Baker / Contributeur - Corbis

En République démocratique d’Allemagne, un camarade dit à un autre camarade :
« – Dis, tu connais la nouvelle : il y a un concours de blagues qui est organisé à Dresde ! »
L’autre répond : « – Un concours de blague, vraiment ? »
« – Oui, et du sais quel est le premier prix »
« – Non… »
« – Et bien le premier prix,  c’est 10 ans de prison ! »

Dans tous régimes autoritaires, l’humour est une échappatoire, voire une consolation… La RDA n’y échappe pas. Pourtant, loin du cliché d’un pays sous surveillance où circulent des trabans et où la population est à la recherche d’un café buvable, l’Allemagne de l’est a représenté, pour certains, un idéal qui ne fut jamais atteint : allons à la rencontre des floués du socialisme !

Dans la première partie de l'émission, nous recevrons Sonia Combe, spécialiste de l’histoire du monde communiste est-européen et en particulier de l’Allemagne de l’Est, associée au Centre Marc Bloch, à Berlin. Elle est l'auteure de La loyauté à tout prix. Les floués du "socialisme réel", éditions Le bord de l’eau, 2019. Avec elle, nous tenterons de mieux cerner qui étaient ceux qui, sans être ni apparatchiks ni dissidents, sont restés en RDA après la chute du mur de Berlin.

La génération née en 1929, au lendemain de la guerre, socialisée sous le IIIème Reich, apprend tout à coup qu’elle est née sous un régime monstrueux. Ça pour les personnes de cette génération c’est un choc énorme. Ils découvrent la monstruosité du régime sous lequel ils ont été socialisés et là on leur propose un autre régime, qui est l’anti-régime, l’autre Allemagne. Et ils y croient tout de suite, parce qu’il y avait des valeurs qui leur correspondaient finalement : l’égalité des chances, tous les principes de base qui communisme qui restent réels. Même s’ils n’ont pas été appliqués, même s’ils ont été mal appliqués, ils étaient là. On leur proposait d’aller à l’université, de changer radicalement de vision du monde. Ça les a énormément attirés, et ça on peut le comprendre. Ils sont nés, ont grandi et sont devenus adultes sous le traumatisme de ce qu’avait fait l’Allemagne avant leurs naissances. Sonia Combe

Je ne sais pas si ceux qui voulaient rentrer en Allemagne de l'Est étaient si nombreux que ça. La plupart des antifascistes allemands se sont réfugiés aux États-Unis, et ce n’est pas sûr qu’ils aient tous voulu rentrer. Mais il s’est passé quelque chose qui les a décidés : la guerre froide. Là, on peut dire que ces antifascistes allemands, souvent communistes ou proches du communisme, étaient vraiment dans le collimateur de McCarthy. On oublie de dire qu’ils n’avaient donc pas vraiment le choix. C’était dangereux pour eux de rester en Amérique, à l’époque ils vivaient en permanence sous la menace de pouvoir être dénaturalisés, dans le cas où ils auraient été naturalisés. Ils vivaient dans la peur d’être expulsés. Et où aller ? L’Allemagne de l’Est, les soviétiques, leur tendaient les bras…  Sonia Combe

En seconde partie d'émission, Hélène Camarade, professeure en études germaniques à l'université Bordeaux-Montaigne et membre junior de l'Institut universitaire de France, nous racontera la vie quotidienne, culturelle, sociale, politique et idéologique de la République démocratique allemande (RDA) entre 1949 et 1990, à travers son ouvrage, Les mots de la RDA, Presses Universitaires du Midi, 2019 (coécrit avec Sibylle Goepper).

Ce qui est très intéressant dans cet Etat de RDA, qui va verrouiller l’espace public et imposer des normes langagières, parfois avec lesquelles les personnes vont jouer. Mais on constate aussi que dans la population, ou dans des cercles plus réduits de l’opposition, va se développer une sorte de double langage, du contre-langage pour contourner les interdis langagiers du pouvoir ou pour se moquer du pouvoir. Les « carreaux bleus » sont un exemple intéressant : on pouvait rencontrer dans les journaux officiels des annonces : « échange carreaux de couleurs contre carreaux bleus ». Dans le langage codé de la vie quotidienne en RDA cela signifiait que la personne souhaitait échanger de l’argent est-allemand avec des deutschemarks de l’Ouest. La couleur bleue faisait référence aux billets de 100 marks. On utilisait ce terme pour désigner tout ce qui se passait au marché noir, puisque les deutschemarks circulaient en Allemagne de l’Est. On camouflait donc ce troc par des mots codés comme ça. Hélène Camarade

Sons diffusés : 

Archives :

  • Christa Wolff dans l'émission Les jeudis littéraires par Pascale Casanova, le 08/06/2000 - France Culture 
  • Marlène Dietrich, INA
  • Extrait du Journal Télévisé de 20 heures, le 15/09/1989 - Antenne 2 
  • Extrait du Journal Télévisé de 20 heures, le 20/08/1991 - Antenne 2

Musique : 

  • TV-glotzer (white punks on dope) par Nina Hagen 

Générique de l'émission : Origami de Rone

Chroniques
9H53
5 min
Le Journal de l'histoire
Les origines clandestines du web soviétique
Intervenants
  • historienne du contemporain, spécialisée dans l'histoire des pays de l'Est sous le communisme, affiliée au Centre franco-allemand Marc Bloch à Berlin
  • Professeur d'université à l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3.
L'équipe
Production
Production déléguée
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