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Dominique Kalifa

Hommage à l'historien Dominique Kalifa

51 min
À retrouver dans l'émission

Dominique Kalifa, historien des imaginaires sociaux des XIXe et XXe siècles, spécialiste du crime et de la presse nous a quittés le 12 septembre 2020. Ce matin, nous évoquons ses travaux, ses champs de recherches, ses apports et l'empreinte toute personnelle qu'il laisse à la discipline.

Dominique Kalifa
Dominique Kalifa Crédits : ©Francesca Mantovani-éditions Gallimard

L’historien Dominique Kalifa nous a quittés. Poliment, mais brutalement.  

Il laisse une œuvre, écrite d’encre et de sang. Elle nous conduit dans les bas-fonds et à Biribi, dans le Paris du crime et dans celui du sexe, entre autres. Elle nous fait rencontrer Vidal le tueur de femmes, Fantômas, Vidocq, mais aussi tant et tant de gens venus des mondes interlopes.  

C’était toujours un plaisir de rencontrer Dominique Kalifa, son pas rapide dans les couloirs de la Sorbonne et les escaliers gravis quatre à quatre. Pour ma part, de manière administrative, le Professeur Kalifa était co-directeur du Centre d'histoire du XIXe siècle des universités Paris-Sorbonne et Panthéon-Sorbonne, là où j’ai obtenu mon doctorat. Le rencontrer était un plaisir humain, par son accueil chaleureux, un plaisir de discussion aussi, par nos sujets d’étude, quand il s’agissait de parler de Vidocq, qu’il connaissait si bien.  

En janvier 2020, Dominique Kalifa était l’invité du Cours de l’histoire, pour nous parler du livre qu’il a dirigé Les Noms d’époque. De « Restauration » à « années de plomb ». Avec nous également Laurent Douzou, professeur à l’Institut d’études politiques de Lyon. Juste avant l’émission, Dominique a téléphoné pour dire qu’il venait avec Judith Surkis professeure agrégée d’histoire à Rutgers University, New Brunswick, de passage à Paris. Étrange, elle n’a pas participé au livre. Pour importe : elle est formidable, a-t-il expliqué simplement.  

Il était difficile de dire « non » à Dominique Kalifa, non pas par respect pour la figure d’historien reconnu, mais tout simplement parce que la demande – géniale au demeurant – était produite avec une immense sympathie. Ce fut une très belle émission. 

Il y a de la chair en histoire, une discipline qui étudie des hommes et des femmes du passé. Il y a du vivant en histoire, au sens où faire de l’histoire ce n’est pas simplement lire des livres et des documents d’archive. Avec Dominique Kalifa, la rencontre était toujours belle.  

Avec nous ce matin :

Michelle Perrot, historienne, professeure émérite d’histoire contemporaine à l'université Paris-Diderot, spécialiste de l’histoire des femmes, de celles des mouvements ouvriers et de la vie carcérale. En 1994, elle a été la directrice de thèse de Dominique Kalifa, une thèse de doctorat sur les récits de crimes dans les années 1900. Par la suite, Michelle Perrot a fréquemment fait participer Dominique Kalifa aux “Lundis de l’histoire”, émission de France Culture. Leurs démarches méthodologiques et leurs objets d’étude ayant de fortes accointances, ils participent couramment ensemble à des manifestations universitaires .

Myriam Tsikounas, historienne, professeure à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne où elle dirige le master recherche « Histoire et audiovisuel ». Elle est responsable de la composante « Images, sociétés, représentations » (ISOR) du centre de recherche Histoire du XIXe siècle dont Dominique Kalifa était le codirecteur. 

Sylvain Venayre,  historien, spécialiste du XIXe siècle, professeur d'histoire contemporaine à l'Université Grenoble-Alpes. En 2008, il publie avec Dominique Kalifa Le Dossier Bertrand, aux éditions Manuella et soutient son Habilitation à Diriger les Recherches en 2010, intitulée “Aller-retour. Les sensibilités à l'espace et au temps, XIXe-XXe siècles” sous la direction de Dominique Kalifa.

Et Anne-Emmanuelle Demartini, professeure d’histoire contemporaine à l’université Paris-XIII. En 2005, elle publie avec Dominique Kalifa, Imaginaire et sensibilités au XIXe siècle : Études pour Alain Corbin, Éditions Créaphis.

Je me souviens tellement bien de cette rencontre dans les couloirs un peu crasseux de Jussieu, ce beau jeune homme, il était magnifique, il est resté toujours magnifique, et en même temps, il avait un air un peu provoquant […] Il venait de passer l’agrégation, il enseignait, il avait voulu enseigner notamment dans des lycées de la banlieue parisienne, c’est assez rare finalement que les jeunes normaliens passent 4 ou 5 ans à enseigner. Michelle Perrot

À ce nouveau champs de recherche, il a donné une grande originalité, on travaillait beaucoup sur le crime à l’époque-là, la prison, etc… Mais tout de suite il a orienté cela vers l’imaginaire social, L’encre et le sang, récits de crimes et société… Il ne voulait pas faire une étude structuraliste, une étude réaliste non plus. Il pensait que ce qui était important, c’était les imaginaire sociaux, imaginaires sociaux qu’il enracinait dans le temps. C’était vraiment quelqu’un qui  voyait les choses dans la chronologie, dans les lieux, de manière très concrète, il s’est toujours beaucoup revendiqué de la dimension sociale des choses. Michelle Perrot

Dominique Kalifa a apporté énormément à ce champ de l’histoire du crime en trouvant une approche tout à fait originale, c’est-à-dire, l’histoire du crime par ses représentations. Comment accède-t-on au crime ? On accède au crime par les discours, par les récits. Son profil scientifique c’est l’étude des récits de crimes, c’est le crime écrit. Il a apporté énormément à ce champ qui a commencé à être très dynamique dans les années 1990 […] bien au-delà de ce champ de l’histoire du crime, et là, on va vers l’histoire de la culture de masse. Il est parti du fait divers, le fait divers, c’est une catégorie narrative, c’est un type de récit porté par les romans feuilletons, les romans policiers, la grande presse populaire. Anne-Emmanuelle Demartini

Dominique Kalifa est au croisement de cette histoire des marges, des exclus et de l’histoire des représentations mais il était aussi un historien très intéressé par l’épistémologie de la discipline mais plus encore sans doute par sa poétique. Sylvain Venayre

Dominique était très partisan de travailler avec des collègues venant de disciplines connexes, il l’a beaucoup fait. La revue Société & représentation a été un compagnonnage. Dominique Kalifa nous a accueilli avec beaucoup de générosité, c’était très symptomatique de sa conception du temps, c’est un historien dix-neuvièmiste et plus particulièrement de la Belle Époque mais c’est aussi un historien qui a voulu montrer que ce découpage arbitraire dans la trame temporelle ça n’a pas grand sens.  Qu’on découpe en fonction de son sujet, de son objet. Myriam Tsikounas

Sons diffusés :

  • Extrait du téléfilm de Marcel Cravenne,  “Les Mystères de Paris”, 1961,  
  • Chanson, Biribi par Patachou, chanson d’Aristide Bruant  
  • Archive -  Alain Corbin dans un extrait de l’émission Hors champs sur France Culture,  26 août 2016 ;
  • Archive - Dominique Kalifa dans un extrait de l’émission Les lundis de l’histoire, France Culture, 28 janvier 2013.
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Intervenants
  • historienne, professeure émérite d’histoire contemporaine à l'université Paris-Diderot.
  • Professeure d’Histoire et Communication, Université Paris I
  • Historien, Professeur d’histoire contemporaine à l’Université Grenoble-Alpes
  • maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris-VII-Denis Diderot, spécialiste d’histoire des représentations et de l’imaginaire social. Ses travaux portent plus spécifiquement sur l’histoire du crime et de ses
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