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Thomas Cole (1801-1848), Le Cours de l'Empire - La Destruction. Huile sur toile, 100,33cm x 161,29 cm. New York Historical Society.
Épisode 1 :

476, la chute de Rome : décadence d’un empire décati ?

50 min
À retrouver dans l'émission

Impensable pour ses contemporains, désastre civilisationnel pour les humanistes de la Renaissance, leçon morale pour les penseurs du XIXe : pourquoi la chute de l’Empire romain n’en finit-elle pas de nous fasciner ?

Thomas Cole (1801-1848), Le Cours de l'Empire - La Destruction. Huile sur toile, 100,33cm x 161,29 cm. New York Historical Society.
Thomas Cole (1801-1848), Le Cours de l'Empire - La Destruction. Huile sur toile, 100,33cm x 161,29 cm. New York Historical Society. Crédits : VCG Wilson/Corbis - Getty

Trois éléments sont nécessaires pour ouvrir une trappe, le couvercle d’un coffre, et pourquoi pas une porte. Déjà, il faut une pièce fixée sur la partir immobile, le montant de la porte ou la caisse du coffre. Une autre pièce se trouve sur la partie qui bouge, le couvercle du coffre ou la porte elle-même. Entre les deux, une troisième pièce, une broche qui est le point de rotation : nous avons une charnière. C’est de cet assemblage que naît le mouvement, le changement, mais de quoi est constituée une année charnière ?

Il faut aussi trois éléments. Déjà, que les contemporains se rendent comptent qu’il se passe quelque chose : c’est une année particulière. Ensuite, il faut que les historiens et les historiennes identifient cette année comme étant remarquable. Enfin, un troisième élément est essentiel pour le fonctionnement de cette année charnière : le fantasme, la fascination et parfois l’imagination. C’est le cas pour l’année 476, la vedette des années de changement, la chute de Rome, mais est-elle une année particulière ou le reflet de la longue décadence d’un Empire décati ?

Nous recevons ce matin Claire Sotinel, professeure d’histoire romaine à l’Université Paris Est Créteil et dirige le Centre de Recherche en Histoire Européenne Comparée. Spécialiste de l’antiquité tardive, elle s’intéresse particulièrement à l’impact des changements religieux sur les sociétés de la Méditerranée occidentale entre le IIIe et le VIe  siècle. Elle est notamment l'auteure de Rome, la fin d’un empire, paru chez Belin en octobre 2019, dans une collection dirigée par Joël Cornette. 

476 est une année qui a bien sûr existé. C'est une année importante où il s'est passé des choses significatives, entre autres la fin, effectivement, d'un gouvernement impérial spécifique à l'Occident. Mais c'est une année qui n'émerge comme un point charnière que très tardivement. C'est une convention, ce qui n'enlève rien à son intérêt. On aurait pu choisir d'autres années, par exemple 555 qui signe la fin de la guerre gothique en Italie. Mais on a choisi 476 parce qu'on a privilégié la fin d'une institution politique qu'on a identifié à la fin d'un moment historique, voire d'une civilisation. On va identifier 476 à la chute de l'Empire romain, alors que ce qui se passe en 476 c'est la déposition du dernier empereur romain d'Occident. Claire Sotinel

Il faut attendre la Renaissance pour que s'impose l'idée qu'il y a eu une chute de l'Empire romain. Car à la Renaissance, en découvrant ou relisant des textes classiques, sans sans les lire de façon chrétienne et sans les lire comme comme des anticipations de textes chrétiens, on découvre l'idée même que l'Antiquité forme une autre civilisation, une civilisation différente que le monde dans lequel ils vivent. S'il y a "renaissance", c'est bien parce qu'on veut faire revivre quelque chose qui a disparu. Donc, à partir du moment où on redécouvre ces textes, on conçoit qu'il y a eu un moment où ils ont disparu et on est obligé de concevoir une chute. On invente donc en même temps, l'idée de civilisation et de fin de civilisation. Claire Sotinel 

Sons diffusés : 

Lecture par Tatiana Werner : 

  • Saint Jérôme, qui travaillait à sa traduction de la Bible en latin, s'effare de la prise de Rome par les Goths en 410, dans son Prologue au commentaire sur Ezechiel, Patrologie latine, 25, 16a.
  • Lettres , I, 8, 2 sq, de Sidoine Apollinaire, en 468 

Extrait du film : Chute de l'Empire romain, réalisé par Anthony Mann, en 1964

Lecture par Jean Frederix : Fin de l’ouvrage d'Edward Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, tome 01 (1819) Traduction par François Guizot.

Musique : Arrivederci Roma, par Tino Rossi

Générique de l'émission : Origami, de Rone 

Intervenants
  • professeure d'histoire romaine à l'Université de Paris-Est Créteil
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