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Portrait de l'artiste James Tissot par Edgar Degas
Épisode 3 :

Le folklore pour comprendre le futur, à Pompidou-Metz

53 min
À retrouver dans l'émission

Qu'est ce que le folklore ? Est-il figé dans le temps ou peut-il être actualisé ? Nous verrons que loin des clichés d’un passéisme suranné et artificiel, les artistes ont pu y trouver une source d’inspiration, aussi bien qu’un objet d’analyse critique ou de contestation...

Paul Sérusier, La guirlande de roses, 1898 Huile sur toile, 194 × 175 cm. Inv. Nr. 10255 Genève, Musée du Petit Palais.
Paul Sérusier, La guirlande de roses, 1898 Huile sur toile, 194 × 175 cm. Inv. Nr. 10255 Genève, Musée du Petit Palais. Crédits : ©akg-images

Le folklore nous plaît, car il nous plonge dans un passé lointain, avec ses traditions transmisses de générations en générations. Il nous plaît aussi car il a beaucoup inspiré les artistes : le folklore est porteur de gestes merveilleux et de foisonnantes  formes de créations. Pourtant, il n’y a pas si longtemps que nous parlons du « folklore », puisque le mot est inventé en 1846, venu de l’anglais évidemment, puisque l’on y retrouve le peuple, folk, et les traditions, lore… les traditions du peuple. Devenu un tantinet péjoratif (ah quel folklore !) le mot avait quelque peu disparu quand il a été remplacé par ethnographie, ou art et traditions populaires.

L’art populaire est essentiel à notre univers culturel et à notre manière d’envisager le monde, un monde riche de sa pluralité de cultures. Le folklore a une histoire et le regard porté sur ces créations a lui aussi une histoire : alors, régalons-nous, le folklore revient en force !

Nous recevons ce matin Jean-Marie Gallais, historien de l’art et responsable du pôle programmation du Centre Pompidou-Metz depuis 2016. Il y signe le commissariat de  l'exposition "Folklore", initialement ouverte au public en mars, elle sera visible dès que la préfecture donnera son accord et sera prolongée jusqu’au 4 octobre au Centre Pompidou Metz.

Le folklore n'est pas définissable. Depuis la création du mot, on a essayé de le définir et personne n'y est parvenu. (...) Parce que c'est une chose de l'ordre du vivant, quelque chose qui évolue. Ce qu'on peut lui trouver comme dénominateur commun c'est évidemment un mode de vie, un mode de pensée qui se différencie d'une culture dominante, quelque chose qui échappe à tout apprentissage scolaire, qui serait plutôt transmis de génération en génération, qui serait de l'ordre du collectif, de l'ordre de l'immatériel, quelque chose qui ne s'incarne pas nécessairement dans un objet. Les objets ne sont que des traces des témoins de ce mode de vie et de ce mode de pensée. Jean-Marie Gallais

On arrive dans cette impossibilité de la définition précise du folklore lorsqu'on est face à beaucoup de "faux folklores" dès le XIXe siècle, c'est à dire dès la création même du mot. Puisque ces savants, qu'on appelle à l'époque les folkloristes, vont aller, avec beaucoup de poésie et d'empirisme, collecter des choses sous forme de sociétés savantes. Ils vont ensuite les partager, collecter des usages, des contes, des costumes... Et on s'aperçoit que assez vite, qu'ils les falsifient un peu. Il faut exagérer le ton, il y a une sorte "d'exotisme de l'intérieur" : on va chercher un autre mais qui est proche de nous, pour lequel il n'est pas nécessaire de voyager. Naît au même moment l'ethnographie pour le monde extra occidental et il faut alors trouver un nom pour cette enquête sur des cultures différentes de la culture dominante mais en Europe. L'une des particularités du mot "folklore" est qu'il définit à la fois un objet, le folklore, mais c'est aussi une discipline, c'est à dire l'étude de cet objet. Jean-Marie Gallais

Paul Sérusier va très tôt partir en Bretagne. La Bretagne à ce moment-là, et notamment le petit village de Pont-Aven, est déjà très connue dans la communauté artistique. Des artistes, notamment américains, s'y sont installés à la fin du XIXe siècle, attirés par cette Bretagne qu'on juge encore très sauvage. Gauguin dit à ce propos : "J'aime la Bretagne, j'y trouve le sauvage, le primitif", et il ajoute cette phrase merveilleuse : "Lorsque mes sabots résonnent sur le sol de granit, j'entends le ton sourd et mat que je cherche en peinture". Et il y a cette idée pour Sérusier comme pour Gauguin et d'autres, et notamment tout le mouvement des Nabis "les prophètes", de trouver en Bretagne quelque chose de très profondément enfoui, une sorte de racine de l'art qui aurait été annihilée par l'industrialisation de la société ailleurs, mais qu'on trouve encore un peu intacte dans les coutumes, dans les costumes, mais aussi dans les paysages. Jean-Marie Gallais

Sons diffusés : 

Lecture par Olivier Martinaud : 

  • Extrait d'A Châteauneuf-du-Faou chez Paul Sérusier, Charles Estienne, Beaux-Arts, 27 juin 1941
  • Extrait de Le sel répandu, de Benjamin Péret, dans Le Surréalisme en 1947. Exposition internationale du surréalisme, dirigé par André Breton et Marcel Duchamp, Galerie Maeght, 1947, p. 21. 

Musique : Lume, Lume de Maria Tanase

Archive : Farandole provençale, Reflets de Provence,  RTF, 1959

Générique de l'émission : Origami de Rone  

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