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Bacchus par  Michelangelo Merisi detto il Caravaggio, vers 1598. Musée des Offices, Florence. (Photo : Musée des Offices/Wikipédia)
Épisode 2 :

Le raki et le sultan, boire dans l’Empire de la vigne

47 min
À retrouver dans l'émission

Vigne, figues, prunes, dattes, céréales, le territoire du monde ottoman offre les matières premières nécessaires à la production d’alcool. Raki, bière et vin y sont consommés plus ou moins discrètement, au gré des interdits et des tolérances politiques et religieuses.

Murat IV, sultan de l’Empire ottoman de 1623 à 1640, dîne avec sa cour (détail d’une miniature). Topkapı Sarayı Müzesi, Istanbul. (Wikipédia)
Murat IV, sultan de l’Empire ottoman de 1623 à 1640, dîne avec sa cour (détail d’une miniature). Topkapı Sarayı Müzesi, Istanbul. (Wikipédia)

Nous allons boire avec le sultan, nous allons boire dans l’Empire ottoman. En 1919, alors qu’il est proche de sa disparition, paraît dans l’Empire ottoman une "Étude sur l'avenir économique de l'Asie mineure", publié par l’Union micrasiatique de Smyrne. Nous apprenons que « la presque totalité étant séchée, la production du raisin est relativement minime » ; « les raisins utilisés pour la vinification proviennent principalement de vignobles des environs de Smyrne ». Quant aux alcools, « la production locale est loin d’être en rapport avec la consommation, surtout pour le raki, consommé par les individus de toutes races et religions, musulmans compris ». Qui boit dans l’Empire ottoman ? Allons partager un verre avec le sultan. Xavier Mauduit

Quelle est la place de l’alcool dans l’Empire ottoman ? A priori, cette question semble paradoxale : elle se heurte à l’interdit religieux. Le Coran condamne ceux qui consomment du vin et boivent jusqu’à l’ivresse. Pourtant, une histoire de l’alcool existe bel et bien dans le monde musulman et ne se résume pas à un strict respect de l’interdit coranique. Il s’agit d’une histoire discrète qui joue avec le pouvoir et ses interdits pour nous entraîner dans le quotidien et le clandestin. Vin, boza, raki sont consommés par les Ottomans à l’ombre d’une taverne, dans le calme de l’espace domestique, au détour d’une “maison de raki”…

Retracer l’histoire de l’alcool dans l’Empire ottoman nous conduit dans une vaste histoire sociale, culturelle et politique. Quelles sont les pratiques liées à l’alcool dans cet espace multiconfessionnel ? Comment le pouvoir se positionne-t-il face à la consommation d’alcool ? Quelles sont les boissons alcoolisées consommées par les Ottomans ? Qui sont les principaux buveurs dans la société ottomane ?

Avec François Georgeon, directeur de recherche émérite au CNRS (laboratoire CETOBaC, Centre d'études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques). Il travaille sur l’Empire ottoman et la République turque. Il est aussi membre du comité de rédaction de la revue Turcica et de l’International Journal of Turkish Studies. Il est notamment l’auteur d’Au pays du raki. Le vin et l’alcool de l’Empire ottoman à la Turquie d’Erdogan (CNRS Éditions, 2021), Le mois le plus long. Ramadan à Istanbul (CNRS Éditions, 2017), avec Hélène Desmet-Grégoire, Cafés d’Orient revisités (CNRS Éditions, 1997) et, avec Fariba Adelkhah Ramadan et politique (CNRS Éditions, 2000). Il a codirigé, avec Nicolas Vatin et Gilles Veinstein, le Dictionnaire de l'Empire ottoman (Fayard, 2015). 

Le système ottoman accorde aux populations non-musulmanes, essentiellement les juifs et les chrétiens, une autonomie qui était suffisamment importante en terme culturel, religieux et économique pour les laisser faire la viticulture et la fabrication du vin. C’est la raison pour laquelle paradoxalement dans cet empire qui est un état musulman on trouve la vigne répandue un peu partout et une consommation de vin importante chez les chrétiens et chez les juifs mais également dans une fraction de la population musulmane. François Georgeon

Sons diffusés :

  • Archive – 1981 – FR3- Le passé en Direct - 1453, Constantinople vient de tomber aux mains des turc. Le Cardinal Isidore témoigne.  
  • Lecture par Marion Malenfant d’un extrait de Civilisation matérielle et capitalisme de Fernand Braudel (1967). 
  • Archive - 21/08/1967 - ORTF – JT de 13H – Carte postale de Turquie.  
  • Lecture par Marion Malenfant d’un poème de Nefî, poète ottoman (fin XVIe - début XVIIe siècle. 
  • Musique – Dario Moreno - Istanbul 
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