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Rue de Rivoli, le 22 mars 2020

Comment reconstruire, inventer, imaginer le monde d’après ?

53 min
À retrouver dans l'émission

#ImagineDemain |L'histoire pour penser l'avenir, pour reconstruire et réinventer : comment les crises ont-elles fait naître des mondes nouveaux, tangibles ou fantasmés ? Le monde d’après est-il un monde nouveau ?

Rue de Rivoli, le 22 mars 2020
Rue de Rivoli, le 22 mars 2020 Crédits : FRANCK FIFE - AFP

Nos ancêtres, eux aussi, ont un jour imaginé leur avenir, qui est notre présent… certains ont vu juste, d’autres se sont trompés, mais toutes les pistes envisagées font sens, c’est le perpétuel questionnement de la nature humaine : que sera l’avenir ? Mar de café, tarot, boules de cristal, tout a été mobilisé… avec des résultats peu probants… Il y a du ludique dans la réflexion intellectuelle qui nous conduit à penser les temps futurs, la littérature d’anticipation et de science fiction sont un régal !

Les historiens et les historiennes, eux, ne prédisent pas l’avenir : regarder le passé pour comprendre le présent est déjà une lourde tâche ! En somme, ce regard en arrière, ce recul dans le temps, permet de savoir où nous en sommes… Il est nécessaire de réfléchir aux expériences du passé pour comprendre la crise que nous traversons, et ce qu’il adviendra quand nous l’aurons traversée… 

Oui, le monde d’après sera-t-il le monde d’avant ou sera-t-il très différent ?

Pour y répondre, Xavier Mauduit s'entretient aujourd'hui avec Pascal Ory, professeur émérite d'histoire à la Sorbonne.

En histoire il n’y a pas de causes, il n’y a que des effets. C’est-à-dire que ce qui est important c’est la manière dont les sociétés vont métamorphoser, traduire, ce qui leur arrive. Une crise économique comme en 1929, une guerre comme en 1914, une pandémie comme en 2020… Ce qui est lourd ce sont les conséquences et ces conséquences évidemment aucun historien, comme aucun prophète, ne peuvent les annoncer sur le coup de l’évènement. Donc il y a une sorte de deuxième évènement qui est cette imprévisibilité des conséquences. Pascal Ory 

La notion de crise est intéressante part son étymologie. « Crisis » dans la médecine grecque, c’est-à-dire la base de toute la médecine occidentale, désigne la phase la plus grave d’une maladie. Et le moment où l’on cesse de limiter la notion de crise à la médecine c’est à peu près le XVIIIe siècle. Jean-Jacques Rousseau dans Émile écrit : « Nous approchons de l’état de crise et du siècle des révolutions ». Mais à l’époque ça ne se disait pas. D’ailleurs « siècle des révolutions » c’est assez prophétique et « état de crise » jusque-là c’était un vocabulaire de médecin. Il est donc intéressant de voir que c’est le siècle des Lumières, des révolutions, qui a besoin du mot nouveau qu’est celui de crise. Pascal Ory 

L'idée que l'histoire est orientée, qu'elle a un sens non pas cyclique ou que ce sens a du sens, c'est évidemment une idée qui est entièrement liée à ce que j'appellerais la révolution chrétienne. Les différentes cultures pré-chrétiennes, les différentes cultures aussi achrétiennes, ne sont pas dans cette perspective orientée. Mais moi, ça ne me gêne pas de dire que jusqu'à la chute du mur de Berlin, l'Occident, comme le monde musulman, ont fonctionné sur cette orientation. Pourquoi la chute du mur de Berlin ? C'est que pour moi, via d'ailleurs le siècle des Lumières, le marxisme a prolongé cette idée que l'histoire avait un sens et ce sens n'était pas le retour, la parousie du sauveur, la fin des temps, c'était le triomphe en l'espèce, nous le disait Marx et Engels, du prolétariat. Or, qu'est ce qui se passe avec la chute du mur de Berlin ? C'est que la grande expérience léniniste rencontre ses limites. Voilà, ce n'est pas du tout un jugement de valeur, c'est un constat. Donc, la chute du mur de Berlin, c'est vraiment pour moi une date importante dans le trouble, peut être un effondrement du sens de l'histoire qui avait été sécularisé par le siècle des Lumières, qui avait été sécularisé par le marxisme léninisme. Et on se retrouve par exemple devant une pandémie. C'est le type même d'évènement des sociétés d'avant, des sociétés qui ne sont plus essentiellement animées par l'orientation. Jusqu'à la chute de Saïgon en 1975, on voit très bien quel peut être le sens de l'histoire depuis la révolution d'octobre. Tout est raccord. Et puis non. La chute de Saïgon et de Phnom Penh, à quelques jours d'intervalle, ce n'était pas la poursuite de l'orientation, c'était le commencement de la fin. Pascal Ory 

Sons diffusés : 

  • Extrait du film La règle du jeu de Jean Renoir, 1939
  • Jean Delumeau, dans Concordance des temps, sur France Culture, en 2009
  • Archives de paroles d’enfants, dans l’émission Au cœur des choses, en 1977
  • Allocutions télévisées du président Emmanuel Macron, le 16 mars 2020 et le 13 avril 2020
  • Les lendemains qui chantent, par la chorale populaire de Paris, en 1937

Générique de l'émission : Origami, de Rone

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Intervenants
  • professeur émérite d’histoire à la Sorbonne
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