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Façade du musée de La Cour d'Or, Metz
Épisode 1 :

Sous nos pieds, la culture

51 min
À retrouver dans l'émission

En quoi les fouilles archéologiques et leur mise en valeur sont constitutives de notre manière d’imaginer les territoires ? Et comment l’archéologie moderne peut-elle montrer que l’empire romain reposait sur une culture commune ?

Visuel de l'exposition « Bâtir un Empire. Une exploration virtuelle des mondes romains » Du 20 décembre 2019 au 8 mars 2020 au musée de la Romanité à Nîmes
Visuel de l'exposition « Bâtir un Empire. Une exploration virtuelle des mondes romains » Du 20 décembre 2019 au 8 mars 2020 au musée de la Romanité à Nîmes

Bouvard et Pécuchet son des personnages admirables. À la fin du XIXe siècle, sous la plume de Gustave Flaubert, ces deux bonhommes sont avides de savoirs. De l’agronomie à la géologie, ils s’adonnent à toutes les sciences, de manière empirique. Les voici qui s’amusent à être archéologues. L’émotion est intense quand ils découvrent un bloc de pierre sculptée, un genre de cuve, un bassin. À coup sûr, l’objet était utilisé pour recueillir le sang ! Bouvard et Pécuchet touchent du doigt les rites païens, le celticisme de Normandie. Ils imaginent même des origines égyptiennes : Séez, dans le département de l’Orne, s’écrit parfois Saïs, comme la ville du Delta. Les Gaulois juraient par le taureau, importation du bœuf Apis. Le nom latin de Bellocastes, qui était celui des gens de Bayeux, vient de Beli Casa, demeure, sanctuaire de Bélus. Bélus et Osiris même divinité, écrit Flaubert dans Bouvard et Pécuchet. Quelle trouvaille ! Le curé du village les corrige : ce bloc de pierre n’est qu’un bénitier, pas si vieux que ça, mais qui n’est plus utilisé. Surtout, il faut le rendre. Bouvard et Pécuchet sont déçus et nous également tant nous aimons l’émotion que suscitent les découvertes archéologiques… 

Nous recevons aujourd'hui Jean-Paul Demoule, archéologue et ancien président de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), professeur émérite à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il est notamment l’auteur de Aux origines, l’archéologie, paru aux éditions de la Découverte, en 2019. 

Il y a deux types de réactions à la suite de découvertes archéologiques. Le public est passionné alors que certains élus locaux ne sont pas contents du tout parce que ça va retarder leur salle polyvalente ou leur surface commerciale et en plus, ils vont devoir payer pour ces fouilles. Au début, au moment de la mise en place de l'Inrap en 2001- 2002, ça a été parfois extrêmement tendu. Cependant l'avantage des hommes politiques, c'est qu'ils sont réalistes et quand ils voient que leurs électeurs sont intéressés c'est là qu'ils se précipitent sur les chantiers portes ouvertes. Par exemple, au départ le maire de Nîmes était très fâché des grandes fouilles du cours Jean-Jaurès, alors que c'était tout un quartier romain intact. Et puis, lorsque l'on a découvert les mosaïques et que les électeurs lui ont dit "Vous allez en faire quoi de ces mosaïques?", on a retrouvé la photo de la mosaïque sur la carte de vœux du maire et l'année d'après il annonçait l'ouverture d'un grand musée.  Jean-Paul Demoule

L'histoire de n'importe quel pays est faite de brassages, de métissages permanents. Il n'y a jamais eu d'arrêt de l'immigration en France, puisqu'après la période des grandes migrations du Moyen Âge il y a eu les Vikings, les Juifs expulsés d'Espagne, les Morisques, les Tziganes dès le XIVe siècle, tous les mercenaires des armées royales qui représentent un entre un tiers et un quart d'étrangers, etc. De même que sont partis les protestants après la révocation de l'édit de Nantes, ceux qui ont colonisé l'Amérique, puis le second empire colonial français. Donc, on est sans arrêt dans la recomposition. La France est l'assimilation plus ou moins forcée de communautés linguistiques, culturelles extrêmement différentes. Jean-Paul Demoule

Pour prolonger la discussion il sera question de l'exposition « Bâtir un Empire » au musée de la Romanité de Nîmes, en compagnie de Vivien Barrière, maître de conférences en Histoire-Archéologie à l’Université de Cergy-Pontoise et conseiller scientifique sur l’exposition et Yves Ubelmann, président et co-fondateur d’Iconem, la société qui a réalisé les relevés numériques des sites projetés au musée. Iconem emploie des ingénieurs, archéologues, historiens, scientifiques, qui contribuent ensemble à la conservation du patrimoine mondial en le numérisant, grâce à des drones notamment, et d’autres technologies spéciales adaptées à ces sites fragiles.

Le but de cette exposition, c'était de montrer différentes facettes de la romanisation, de la romanité. On était parti sur l'idée d'un voyage autour des rives de la Méditerranée, parce qu'il y a quelque chose qui saute aux yeux, c'est le caractère uniforme de ces paysages romains. On voit bien des temples romains à Nîmes, comme on en voit en Afrique, comme on en a dans le monde grec ou en Espagne, mais en même temps, le but était aussi de montrer que derrière ce côté peut être uniforme du paysage, on avait des variantes extrêmement multiples et même parfois des profondes différences, sans briser toutefois cette impression de cohérence qu'on observe en tout cas dans les villes du monde méditerranéen.  Vivien Barrière

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Archives : 

  • « La découverte de Lascaux » dans Chefs-d'oeuvre en péril, réalisation : Pierre de Lagarde, sur Antenne 2, le 26/11/1989
  • Extrait du film Indiana Jones et les aventuriers de l’arche perdue » de STEVEN SPIELBERG
  • François Mitterrand dans le Journal télévisé de France 3 Bourgogne, le 17/09/1985
  • Lecture par André Falcon : extrait de Les antiquités de Rome de Joachim du Bellay 
  • Histoire des gens de Jean Cazenave, ORTF 1ère chaîne, le 09/11/1974

Musique : Tous les chemins mènent à Rome d’Henri Dutillieux, interprété par Anne Queffelec 

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Le conflit israélo-palestinien par les cartes, le témoignage de Khalil Tafakji
Intervenants
  • Archéologue et préhistorien français. Professeur émérite de protohistoire européenne à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, membre honoraire de l'Institut universitaire de France et ancien président de l'Inrap
  • fondateur et CEO de la Startup Iconem
  • maître de conférences en Histoire-Archéologie à l’Université de Cergy-Pontoise
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