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Sarojini Naidu avec le leader nationaliste indien Mahatma Gandhi lors de la Marche du sel pour protester contre le monopole du gouvernement sur la production de sel, en 1930
Épisode 2 :

Aux origines du nationalisme hindou

51 min
À retrouver dans l'émission

Comment le nationalisme hindou s'approprie l’histoire de l’Inde comme celle des hindous, à l’exclusion des autres groupes de la population, et en particulier des musulmans ?

Images d'archives du litige entre Babri Masjid Ram Mandir et Ayodha. Au sommet de la mosquée Babri peu de temps avant sa démolition le 6 décembre 1992 à Ayodhya
Images d'archives du litige entre Babri Masjid Ram Mandir et Ayodha. Au sommet de la mosquée Babri peu de temps avant sa démolition le 6 décembre 1992 à Ayodhya Crédits : Sanjay Sharma / Hindustan Times - Getty

Combien les Indes étaient-elles ? Il y en avait au moins deux, l’Inde occidentale et l’Inde orientale, mais de quel territoire parle-t-on exactement ? Parler des Indes nous conduit en Asie du sud et du sud-est, jusqu’aux Maldives, en Thaïlande, aux Philippines et même en Indonésie. La situation se complique quand Christophe Colomb pense avoir rejoint les Indes en 1492, alors qu’il vient de découvrir l’Amérique. En 1735, Jean-Philippe Rameau présente ses Indes galantes, un ballet héroïque qui nous conduit chez les Turcs, les Perses, les Incas. Les Indes sont plurielles. Elles le sont encore au XIXe siècle, quand le sous-continent indien est rattaché à la Couronne britannique : il est alors question de l’Empire des Indes. 

Alors, pluriel ou singulier ? L’Inde devient l’Inde en 1947, au moment de l’indépendance. Face au Pakistan, la voici singulière. Une Inde qui demeure, malgré tout, plurielle.Pour remonter aux origines du nationalisme hindou, nous recevons ce matin Christophe Jaffrelot, directeur de recherche au CERI-Sciences Po/CNRS, il a dirigé l'ouvrage L’inde contemporaine, aux éditions Pluriel, en 2014 et co-dirigé avec Alain Dieckoff, Repenser le nationalisme, théories et pratiques, paru aux Presses de Science Po, en 2006.

Le nationalisme hindou n'est pas l'hindouisme. Il y a d'autres façons d'être hindou que celles que les nationalistes hindous sont en train d'imposer. Le Mahatma Gandhi, pour ne prendre qu'une figure historique de l'Inde, était certainement très hindou et l'un des adversaires, on peut même dire l'un des ennemis, déclaré des nationalistes hindous dans les rangs desquels est venue son assassin. Christophe Jaffrelot

Il y a eu une cohabitation entre les musulmans et les hindous, certainement, mais encore plus dans bien des cas. Il y a eu des phases et même des domaines où les deux communautés ont effectué une forme de synthèse. Cela remonte justement à l'Empire moghole voire au delà, à travers notamment le soufisme, qui est quand même la variante de l'islam majoritaire en Inde. Les soufis d'un côté, les yogis de l'autre ont eu une conversation religieuse et spirituelle encouragée par de grands empereurs comme Akbar au XVIème siècle. La religion, la spiritualité, voilà un domaine où l'osmose a eu lieu. On retrouve des synthèses dans le domaine artistique, la musique, la peinture, les miniatures, l'architecture. Dieu sait si on avait en un sens une civilisation nouvelle qu'on peut qualifier de hindoustanie ou d'indo-persane à la fin de l'Empire Moghole. Aujourd'hui on est en train d'occulter, de revisité ce qui était quand même une invention née d'une rencontre. Christophe Jaffrelot

Nous serons également en compagnie de Claude Markovits, spécialiste de l'histoire de l'Inde et directeur honoraire de recherche au CNRS, il a co-écrit Les Indes et l’Europe. Histoires connectées XVe-XXIe siècle, paru chez Gallimard, en 2015.

L'Inde a cette spécificité de ne pas avoir connu d'unification impériale d'une manière continue sur des siècles et des siècles. Il y a eu des phases d'unification impériale. La dernière en date, quand les Britanniques arrivent en Inde, c'est l'empire moghole, qui a été créé au XVIème siècle et qui tient jusqu'au XVIIIème, mais qui n'est pas centralisé, qui, en plus de ça, éclate, se fragmente de manière spectaculaire. Les Britanniques ne prennent pas la place des Mogholes et prennent la place d'une quantité de sous ensembles géographiques. Donc, cela contraint considérablement la conscience nationale. Par ailleurs, il y a effectivement des différences de langues, de castes, de religion, de tribu. On a une mosaïque qui ne se connaît pas. Il faudra attendre, non pas seulement que les Britanniques unifie le territoire au plan administratif, mais qu'ils créent le chemin de fer. La langue anglaise et le chemin de fer seront les deux leviers qui permettront à une élite indienne, et non pas à toute l'Inde, de pouvoir communiquer et finalement, de développer une forme de conscience nationale. Plus, le passage par Londres ou par l'Europe, d'où l'on voit mieux l'Inde. Encore une fois, à distance, les choses paraissent plus claires. Claude Markovits

Sons diffusés : 

Archives : 

  • Extrait du film La révolte des cipayes de Laszlo Benedek 
  • Extrait du spectacle Le Sar Rabindranath Duval de Pierre Dac et Francis Blanche 
  • Nouveau statut des Indes, dans Les actualités françaises, le 19/06/1947
  • Emeutes à Ayodhya, dans le Journal Télévisé de 20H sur TF1, le 08/12/1992

Musique : Ramayana par Peni Candra Rini 

Lecture par Olivier Martinaud : Rapport sur l’émeute du Malabar par Moonje, sur la musique : Mirror par Talvin Singh & Niladri Kumar

Chroniques

9H52
4 min

Le Journal de l'histoire

Mythes et re-mythes dans la première trilogie Star Wars

Bibliographie

Repenser le nationalisme : théories et pratiques

Repenser le nationalisme : théories et pratiquesPresses de Sciences Po - Coll. Références. Mondes, 2006

Intervenants
  • directeur de recherche au CERI – Sciences Po et au CNRS, spécialiste de l’Inde
  • Spécialiste de l'histoire de l'Inde, il est directeur de recherche au CNRS.
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