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Bonsaï-cerveau.
Épisode 3 :

Y’a plus de saisons ! Invention d’un discours

52 min
À retrouver dans l'émission

Les récentes évolutions de la situation climatique ont poussé les historiens et les scientifiques à envisager de nouvelles façons de penser notre rapport à la nature. Entre craintes d'apocalypse et rêves de domination, retour sur la longue histoire qui nous lie au climat.

Tempête en mer, peinture d'Ivan Aivazovsky, 1860. Wikipédia
Tempête en mer, peinture d'Ivan Aivazovsky, 1860. Wikipédia

Il n’y a plus de saisons en France ; l’an dernier, la froide température de l’hiver s’est continuée jusqu’au solstice d’été ; cette année, en revanche, l’hiver n’est pas venu, le printemps était éclos dès la fin de janvier ». Le 5 juillet 1846, c’était un dimanche, il est question intempéries dans le journal La Démocratie pacifique – quel titre ! – quand le journaliste Alphonse Toussenel, alors socialiste utopiste, explique comprendre « jusqu’à un certain point que le sceptique désolé, considérant les désordres qui règnent chez nous dans les choses de l’atmosphère, en vienne à se demander si c’est bien la Providence et non pas le hasard qui régit les relations des astres et l'ordre des saisons ». Hasard ou Providence, qui est responsable du climat ? Ah, mon bon Monsieur, ah ma bonne Dame, il n’y a plus d’saisons ! (Xavier Mauduit)

L'inquiétude climatique n'est pas un phénomène nouveau. Bien loin d'être les découvreurs de cette angoisse, nous en sommes bien plutôt les héritiers. De la conquête du Nouveau Monde à l'hygiénisme du XIXe siècle en passant par la Révolution française, cela fait au moins cinq siècles que les sociétés occidentales ont fait du climat une donnée politique, sociale et économique majeure. Que l'on veuille le modeler ou qu'on le craigne, qu'on lui confie tous les espoirs d'une société ou qu'il semble parfaitement impassible, le climat est un acteur à part entière de l'histoire occidentale depuis l'époque moderne. Depuis quelques années, les relations entre l'homme et la nature ont fait émerger un genre historique à part entière, et de nouveaux concepts, comme celui d'anthropocène, qui permettent de mieux comprendre les relations complexes que nous entretenons aujourd'hui avec le monde qui nous entoure et dont l'homme a, en quelques siècles d'activité seulement, irrémédiablement bouleversé le destin. 

Avec Jean-Baptiste Fressoz, historien, chercheur au CNRS, auteur de L’Apocalypse joyeuse. Une histoire du risque technologique (Seuil, 2012) et, avec Christophe Bonneuil, de L’Événement Anthropocène. La Terre, l’histoire et nous (Seuil, 2016).

Avec nous aussi, Fabien Locher, historien, chercheur au CNRS, il a codirigé avec Frédéric Graber  Posséder la nature. Environnement et propriété dans l’histoire (Éditions Amsterdam, 2018). Il est l'auteur de Le Savant et la Tempête. Etudier l’atmosphère et prévoir le temps au XIXe siècle (Presses Universitaires de Rennes, 2008).

Tous deux publient, Les Révoltes du ciel, Une histoire du changement climatique XVe-XXe siècle (Le Seuil, 2020)

Dès la fin du XVIIIe siècle, on pose les bases de la climatologie historique

Il y a énormément de recherches faites par les scientifiques à la fin du XVIIIe siècle. À l'Académie des sciences à Paris on pose les bases de la climatologie historique et, l'enjeu, c'est d'étudier rigoureusement l'évolution à moyen terme sur les temps historiques du climat Au-delà de ce discours sur "y'a plus de saisons", Les scientifiques étudient l'évolution des glaciers, en particulier des glaciers suisses, ils vont étudier les changements de l'étagement de la végétation en se demandant par exemple "comment se fait-il qu'on trouve des restes d'arbres à des altitudes où ce type d'arbres ne peut plus pousser ?". Ils vont étudier toutes sortes de traces. Il y a donc énormément de recherches de type de climatologie historique qui sont posées dès la fin du XVIIIe siècle pour sortir un peu de cette impression vague, d'"il n'y a plus de saison". Il y a énormément de savoirs produit dès la fin du XVIIIe siècle car à cette époque le bulletin météorologique c'est vraiment quelque chose d'essentiel parce qu'on va parler des prévisions de récolte, du gel de la Seine qui empêche la circulation des marchandises, de la Seine trop basse qui pose un problème pour le bon fonctionnement des moulins... Le climat est alors un fait social total beaucoup plus vital que pour nous actuellement. (Jean Baptiste Fressoz)

L'histoire du changement climatique, une histoire hautement politique

On a fait une histoire des savoirs sur le changement climatique mais c'est une histoire politique car la question des changements climatiques et des changements climatiques causés par l'homme étaient des thématiques discutées dans l'espace public au XVIIIe et XIXe siècle et des enjeux politiques dont on parlait au parlement, qui agitaient les foules. C'est le cas notamment dans Les années 1815 - 1820 avec l'explosion d'un grand volcan, le Tambora. Les saisons sont particulièrement mauvaises pour l'agriculture en Europe et là on voit des mouvements insurrectionnels, des discours qui émergent disant que le climat est en train de changer pour le pire et qu'on va tendanciellement vers une catastrophe climatique. Pour les régimes politiques en place, c'est un enjeu fondamental d'intervenir dans ce débat, d'essayer de rassurer les populations. Des savants sont mobilisés pour expliquer que l'ordre naturel est stable, que le marché des grains va réguler les choses et que l'on n'aura pas la catastrophe climatique que certains annoncent. Il y a une histoire longue des pensées du changement climatique et des changements climatiques causés par l'homme et cette histoire est intégralement politique elle est vraiment ancrée dans des luttes sociales fondamentales sur les siècles étudiés. (Fabien Locher)

Sons diffusés

  • Archive - France 3 - Les mystères de la terre - Micro trottoir - L'opinion des français sur le changement de climat en 1977. 
  • Archive - 30/04/1978 -  Inter sans frontières - Il n'y a plus de saisons ou les caprices du temps - Lucien Barnier, journaliste, spécialiste des questions scientifiques. 
  • Lecture par Olivier Martinaud d'un extrait de Harmonie hydrovégétale et météorologique (1802), ouvrage de François-Antoine Rauch. 
  • Pierre Desproges  - La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède - « Commémorons n'importe quoi » (1982 - 1984).
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Intervenants
  • historien des sciences, des techniques et de l'environnement
  • Historien des sciences, chargé de recherche au CNRS, spécialiste de l'histoire environnementale, des sciences et des techniques.
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