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Bonsaï-cerveau.
Épisode 4 :

Écrire les grands espaces, l’oeuvre au vert

52 min
À retrouver dans l'émission

Au XIXe siècle, Thoreau, Chateaubriand ou encore Tocqueville sont partis en quête des espaces inconnus du nouveau monde. Ils ont placé la nature au centre de leurs oeuvres et ils ont donné naissance à un genre littéraire, le nature writing : la nature en grand !

Albert Bierstadt, "The Last of the Buffalo", 1888, The National Gallery of Art, Washington
Albert Bierstadt, "The Last of the Buffalo", 1888, The National Gallery of Art, Washington Crédits : Corcoran Collection (Gift of Mary Stewart Bierstadt [Mrs. Albert Bierstadt])

Aux XVIIe et XIXe  siècles, les États-Unis, encore marqués par un combat pour l'indépendance, deviennent le lieu d'une folle course à la conquête de l'Ouest. Le Nouveau Monde encore inexploité est progressivement exploré par les pionniers qui repoussent tous les jours la frontière entre la civilisation et le « sauvage ». C'est cette découverte de la wilderness, ces espaces naturels encore inconnus, qui va pousser des naturalistes, écrivains, philosophes, à s'aventurer dans l'Amérique indomptée. De leurs écrits naît un genre particulier de littérature – le nature writing – qui prend non pas la nature comme décor, mais comme objet principal. De William Bartram à François-René de Chateaubriand, en passant par Alexis de Tocqueville et Henry David Thoreau, nous partons aujourd'hui aux origines de l'écriture de la nature.

Avec Sébastien Baudoin, professeur de khâgne et d’hypokhâgne à Paris, spécialiste de Chateaubriand et de la question du paysage littéraire. Il a publié Poétique du paysage dans l’œuvre de Chateaubriand (Classiques Garnier, 2011) et édité deux ouvrages de Chateaubriand, Essai sur la littérature anglaise (STFM/Garnier, 2013) et Voyage en Amérique (Gallimard, 2019). Il est l'auteur de Aux origines du nature writing (Le Mot et le Reste, 2020). 

Avec nous aussi, François Specq, professeur de littérature des États-Unis à l’École Normale Supérieure de Lyon et chercheur au sein du laboratoire IHRIM. Ses travaux portent sur la littérature américaine du XIXe siècle et les rapports entre littérature et environnement. Il est notamment l’auteur de Habiter la frontière. L’humanisme sauvage de Henry David Thoreau, étude jointe à la traduction qu’il a faite des Forêts du Maine (Éditions Rue d’Ulm, 2004) et de Henry David Thoreau et le “nature writing” (revue TDC, 2019), et il a co-dirigé Thoreau Beyond Borders (University of Massachusetts Press, 2020).

Les "instituteurs sauvages" de François-René de Chateaubriand

Si l'on regarde le parcours biographique de Chateaubriand et sa vie telle qu'elle est représentée dans les Mémoires d'outre-tombe, on se rend compte qu'il se représente dans sa prime jeunesse en proie aux éléments. Il est fortement attiré par la forêt, l'océan qu'il appelle ses "instituteurs sauvages". Il se représente volontiers comme un jeune homme épris de liberté, un petit sauvageon sur la grève de Saint-Malo ou dans les bois de Combourg. Il est épris de liberté, je crois que c'est surtout cela qui l'a poussé à aller en Amérique, la liberté, parce qu'en France c'était particulièrement délicat pour les nobles à cette époque-là, le climat était très angoissant. Ce qui l'a poussé à aller en Amérique aussi, c'est Chrétien-Guillaume Malesherbes, qui l'a initié à la botanique, qui l'a fait rêver sur des ouvrages de voyage qu'il avait dans sa bibliothèque. Il a agi à la manière d'un père de substitution, pour lui donner le goût des voyages et de la nature. (Sébastien Baudouin)

La démarche quasi métaphysique de Thoreau

Dans la démarche de l'écrivain Thoreau, Il y a une quête de ce qui est devenu invisible à force d'être le monde qui nous entoure au quotidien et qui est soumis à nos préconceptions, à nos obligations, à un désir d'emprise qui tient à la manière dont chaque individu au quotidien doit mener telle ou telle action. Effectivement cette quête c'est celle d'arriver à se dépouiller de ce qui conditionne ou préconditionne notre rapport au monde. Il s'agit en quelque sorte de se perdre de vue dans ce que l'on voit. Le travail de vision par son intensité, par son développement, et par le fait surtout qu'il est repris chaque jour. Il est très important de percevoir que cette ambition de taureau était une entreprise quotidienne, ce n'est pas quelque chose qui relevait d'un loisir occasionnel, c'était vraiment une démarche qui engageait toute son existence et une démarche qu'on peut qualifier de quasi métaphysique, pas du tout par ce qu'elle énonce, ce n'est en aucun cas au-delà des choses, mais par la nature même de son engagement, engagement très fort qui mène imagination, réflexion et observation. (François Specq)

Chroniques
9H52
4 min
Le Journal de l'histoire
Protéger l’environnement extra-terrestre, une histoire de guerre froide
Intervenants
  • professeur agrégé de lettres modernes, enseignant en CPGE à Paris
  • Professeur de littérature des États-Unis à l’École Normale Supérieure de Lyon et chercheur au sein du laboratoire IHRIM
L'équipe
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