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Giuseppe Castiglione, Vue du salon carré au musée du Louvre, 1861. Musée du Louvre. (Wikimédia)
Épisode 2 :

Les musées en temps de guerre

51 min
À retrouver dans l'émission

Les musées et leurs collections sont porteurs d’une identité collective et sources de convoitises. En temps de guerre, ils deviennent la cible de pillages, de destructions et de confiscations abusives. Comment les musées traversent-ils les guerres ?

Des Monuments men exposent "les Vieilles" de Goya en 1945. Caché au château de Sourches, près du Mans le tableau retrouvera le Palais des Beaux-Arts de Lille après la guerre. (Wikimédia)
Des Monuments men exposent "les Vieilles" de Goya en 1945. Caché au château de Sourches, près du Mans le tableau retrouvera le Palais des Beaux-Arts de Lille après la guerre. (Wikimédia)

Ne vous êtes-vous jamais posé cette terrible question : si jour je devais – quelle horreur ! – quitter précipitamment mon appartement ou ma maison, qu’emporter en priorité ? En cas d’incendie ou d’inondation, le mieux est des fuir en laissant tout derrière soi, pour sauver sa peau, mais tout de même, s’il fallait emporter quelque chose ? Les bijoux ? Les papiers d’identité ? Les photos de famille ? Le doudou du petit dernier ? Et pourquoi pas les œuvres complètes de Victor Hugo, reliées, en pleine peau, le dos à cinq nerfs, sertis de filets dorés et ornés de doubles caissons dorés : 40 magnifiques volumes ! Le choix est difficile, mais il faut choisir. Imaginer la terreur des conservateurs de musée au moment d’évacuer leurs collections : quelles œuvres choisir en priorité ? Celle-ci ? Celle-là ? Cette autre-là ? Le conservateur est saisi de panique, il court dans les salles de son musée, angoissé au moment d’évacuer les œuvres. Vous imaginez le tableau ! Xavier Mauduit

Les destructions récentes de collections muséales et de sites historiques, notamment à Bagdad ou à Palmyre, nous font prendre conscience de l’actualité d’une nécessaire protection du patrimoine artistique et culturel. Le Cours de l’histoire retrace les grandes étapes de l’histoire du sauvetage des collections de musées, de la première évacuation romanesque du Louvre en 1870 aux  pillages de la Seconde Guerre mondiale,  la Convention de la Haye en 1954 à l’action du Bouclier Bleu. Ces détours historiques donnent de la profondeur à ce sujet afin de mieux comprendre les enjeux de la protection des collections en temps de guerre : quelles œuvres sauver ? Où les entreposer ? Comment les transporter ? Comment assurer leur conservation ?

Avec Arnaud Bertinet, maître de conférences en histoire du patrimoine et archives visuelles à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il est notamment l'auteur de Les musées de Napoléon III, Une institution pour les arts, 1849-1872 (Mare & Martin, 2015) et Des musées de Metz à la Cour d’Or, histoire des collections, reflets d’un territoire (Snoeck, 2018).

Avec nous aussi, Patrick Gourlay, professeur d’histoire, spécialiste de l’histoire politique contemporaine de la Bretagne. Il est l’auteur de Le Louvre au secret - Brest, 1870 : des chefs-d'œuvre à l'Arsenal (Locus Solus, 2020).  

Ainsi que Jocelyne Deschaux, archiviste-paléographe et conservatrice en chef des bibliothèques. Elle est présidente du Comité français du Bouclier bleu (CFBB) qui a pour mission d'œuvrer à la protection du patrimoine culturel en cas de catastrophes d’origine humaine ou naturelle.

L'évacuation des oeuvres du Louvre en 1870

À l'origine, on dresse une liste de 760 œuvres qu'on va commencer chaque jour à mettre en caisse. Les archives conservent l'ensemble des fiches qui ont été faites à l'époque par les conservateurs. On va essentiellement faire des choix autour des œuvres des collections du Louvre les plus importantes pour les conservateurs de l'époque : les collections italiennes, les collections françaises, les collections de l'École du Nord, essentiellement et exclusivement des peintures dans un premier temps. La seule sculpture évacuée à l'époque est la Vénus de Milo qui est évacuée non pas à Brest mais dans les caves de la préfecture de police à Paris, avec les événements de la Commune, c'était celle qui était le plus en danger à l'époque. On fait des choix et, ce qui est intéressant, c'est que cela nous permet d'avoir une vision de l'histoire de l'art de l'époque et de se rendre compte que les choix des conservateurs de 1870 ne sont pas les choix des conservateurs de 1914 ou de 1940. Arnaud Bertinet

Et si la Joconde de Quimper était celle du Louvre ?

L'épisode du séjour des œuvres du Louvre à Brest en 1870 est largement oublié mais il est évoqué de nouveau en 1911 quand la Joconde est volée et que les conservateurs du Louvre imaginent d'emprunter la Joconde de Quimper, une copie contemporaine de la Joconde du Louvre, pour masquer le vol le temps de l'enquête. L'idée ne fonctionne pas car il est trop tard, le vol est connu mais, cette copie quimpéroise amène à rappeler le séjour brestois de la Joconde en 1870. En 1926 le journal la Dépêche de Brest s'interroge : "Et si la Joconde exposée à Quimper depuis 1872 était en réalité la Joconde du Louvre habilement substituée dans l'arsenal lors du séjour brestois des œuvres ?" On peut y voir un fantasme de Finistériens qui alimente une sorte de mythe, de légende. Patrick Gourlay

Il est essentiel de réparer un plan de sauvegarde en amont

Nous engageons l'ensemble des professionnels du patrimoine à avoir cette réflexion sur la priorité des œuvres à sauver parce que quand on doit faire une sélection dans la panique, forcément, elle n'est pas bien faite. Dans le cas par exemple d'un incendie qui concernerait un établissement patrimonial qui n'a pas préparé ce que l'on appelle un plan de sauvegarde culturel, ce serait les pompiers qui devraient choisir les œuvres à évacuer. Évidemment il ne ferait pas de manière scientifique. Donc, ce que l'on dit au Bouclier bleu C'est qu'il faut réfléchir en amont, monter son plan de sauvegarde en amont. Jocelyne Deschaux

Sons diffusés :

  • Archive - 1958 - RTF - Jean Renoir parle de son père pendant la guerre de 1870. 
  • Lecture par Élodie Hubert du Journal des Goncourt du 2 septembre 1870 d'Edmond et Jules de Goncourt.
  • Lecture par Élodie Hubert des Souvenirs de l'exode du Louvre 1940-1945 de Germain Bazin
  • Archive - O1/01/1959 - RTF - André Chanson, conservateur au Louvre évoque le 1er de l'an 1943.
  • Archive - 07/03/2003 - TF1 - Jaber Khalil Ibrahim, conservateur parle de la protection du musée de Bagdad. 
  • Musique - Barbara - La Joconde
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Intervenants
  • Archiviste-paléographe et conservateur en chef des bibliothèques
  • maître de conférences en histoire de l’art et du patrimoine à l’université Paris 1
  • Professeur d'histoire-géographie
L'équipe
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