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Giuseppe Castiglione, Vue du salon carré au musée du Louvre, 1861. Musée du Louvre. (Wikimédia)
Épisode 3 :

Voir et montrer, l'art d'exposer les œuvres

51 min
À retrouver dans l'émission

Aujourd'hui la manière d'exposer les œuvres n'est plus la même qu'au XIXe siècle, sans doute parce que le regard a changé. Entre mise en valeur, rencontre du public, contextualisation, conservation et respect des lieux, la muséographie s'inscrit dans son temps et dans l'histoire des sensibilités.

Exposition internationale du surréalisme, 17 janvier - 24 février 1938 à la galerie des Beaux-Arts de Georges Wildenstein au 140, rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris. Performance d'Hélène Vanel.
Exposition internationale du surréalisme, 17 janvier - 24 février 1938 à la galerie des Beaux-Arts de Georges Wildenstein au 140, rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris. Performance d'Hélène Vanel. Crédits : Getty

Le Vingtième siècle, ouvrage futuriste proposé par de génial Albert Robida en 1883, est une source inépuisable de plaisir. Ainsi, à la fin du XIXe siècle, il imagine une visite au Louvre en 1952, dans « un charmant et élégant tramway, mû par l'électricité, [qui] court maintenant sur des rails à travers toutes les galeries du musée. Partant toutes les heures de la galerie des Antiques, le tramway, après avoir traversé toutes les salles du rez-de-chaussée, monte par des pentes préparées au premier étage, commence par la galerie des Maîtres primitifs, arrive an grand salon de la Renaissance, parcourt les galeries des écoles Italienne, Espagnole, Hollandaise, Allemande, suit doucement et religieusement la grande galerie de l'école Française et bifurque ensuite pour monter, par une pente adoucie, au second étage, réservé à la peinture moderne ». Robida ajoute : « Ce voyage à travers les Arts dure une heure à peine. En une heure, les visiteurs ont parcouru toute l'histoire des Beaux-Arts, depuis les superbes époques grecques et romaines jusqu'à la grande révolution des modernistes ou des photopeintres ». La vision de Robida est erronée, il n’y a pas encore de tramway dans les galeries du Louvre, sinon les wagons des groupes de touristes. Xavier Mauduit

Une pièce aux murs blancs et lisses, de la lumière, des œuvres isolées les unes des autres et des indications minimalistes : bienvenue dans le “white cube”. Ce type de mise en scène théorisé par Brian O'Doherty est le modèle dominant dans les musées du monde entier depuis les années 1970 ; il ne résume pourtant pas, loin s’en faut, l’histoire de l’exposition. 

Dans les trésors médiévaux, les cabinets de curiosités du XVIIe siècle, ou les expositions du Salon du XIXe siècle, c’est l’abondance qui prime, quand les murs sont remplis du sol au plafond ! Au fur et à mesure que l’artiste s’émancipe des sphères du pouvoir pour se rapprocher des galeristes, l’accent est mis sur le style, la cohérence, le manifeste. Dans les années 1970, l’exposition se fait idée ; dans les années 1980, avec l’émergence de la figure du curateur et de la curatrice, elle se fait point de vue. 

Quelles idéologies se sont cachées  - et se cachent encore -  derrière la manière dont nous choisissons de montrer des objets ? Comment la forme même des expositions a-t-elle pu influer sur la production artistique ? Et quel avenir pour le format de l’exposition, rouage central du fonctionnement économique des musées ? 

Nous en parlons avec nos invités :

Noémie Étienne, historienne de l'art, professeure à l'Université de Berne. Elle est autrice de Les autres et les Ancêtres. Les dioramas de Franz Boas et d'Arthur C. Parker à New York, 1900 (Presses du réel, 2020). 

Et François Mairesse, muséologue, professeur ordinaire à l'Université de Paris 3 - Sorbonne nouvelle, ancien directeur du musée royal de Mariemont en Belgique. Il est notamment auteur de Le culte des musées (Académie royale de Belgique, 2014), coauteur avec Serge Chaumier de  La médiation culturelle (Armand Colin, 2017) et a dirigé avec avec André Desvallées le Dictionnaire encyclopédique de muséologie (Armand Colin, 2011). 

Nous faisons également un détour par les dioramas du Musée américain d'histoire naturelle de New York et du New York State Museum à Albany. 

Tout ce que l'on voit dans les musées sont des choses qui ne sont pas forcément faites pour y être, qui existaient au préalable dans un tout plus ou moins cohérent et qui sont par la suite extraites et remontrées, ré-exposées. Les manières dont on va ré-exposer, remettre en situation vont différer complètement et ces choix ne sont pas neutres, ils sont des choix politiques au sens large. Noémie Étienne

Ce que l'on observe durant tout le XXe siècle c'est que de plus en plus d'artistes ou d'architectes s'intéressent au dispositif muséal et qu'ils vont chercher à s'y investir de manière importante. C'est ce qui va donner lieu à une muséographie beaucoup plus élaborée avec une expérience ultime comme celle des Nymphéas (de Claude Monet) mais, globalement, c'est aussi ce que l'on va observer à travers la logique de l'installation. François Mairesse

Sons diffusés : 

  • Archive - 31/10/1961 - Daniel Henri Kahnweiller, collectionneur et marchand d'art. 
  • Archive - France Culture - Extrait de l'émission Une vie, une oeuvre - Claude Monet. 
  • Archive - 1958 - Des enfants visitent le Muséum d'histoire naturelle à Paris. 
  • Archive - 05/04/1955 - Actualités françaises - Exposition 50 ans d'art aux Etat-Unis
  • Archive - 15/11/1975 - FR3 Rhône Alpes - Le Musée gallo-romain de Fourvière. Bernard Zehrfuss, architecte des bâtiments civils et des palais nationaux. 
  • Archive - Extrait du documentaire Daguerre ou la naissance de la photographie (1964). L'invention du diorama. 
  • Extrait du film Bande à part de Jean-Luc Godard. 

Chroniques

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3 min

Le Journal de l'histoire

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